Gabriel, l’archange de l’Annonciation

Publié le 24 Mar 2020
Gabriel, l'archange de l'Annonciation L'Homme Nouveau

Les plus grands prophètes d’Israël, ses plus redoutables chefs de guerre n’avaient osé le regarder en face et se voilaient le visage faute de pouvoir soutenir la gloire divine qui irradiait de l’Archange. Pourtant, en ces temps qui étaient les derniers, Gabriel, dont le nom signifie « Dieu est force Â», se heurtait, dans ses missions sur terre, à quelques problèmes. Il y avait eu, six mois plus tôt, la réaction irritée et grognonne du prêtre Zacharie qui, lorsqu’il lui était apparu dans le Temple afin de lui annoncer que, contre toute attente, son épouse Élisabeth allait lui donner enfin le fils que ce couple âgé n’espérait plus, lui avait répondu, au lieu de se réjouir : « Je suis un vieil homme et ma femme est vieille. Â», façon de dire qu’il ne croyait pas que la toute puissance divine pouvait rendre féconde une épouse stérile aux cheveux blancs … Irrité, Gabriel avait frappé de mutisme l’incrédule jusqu’à la naissance du fils annoncé. Les anges n’aiment pas qu’on mette leur parole, qui est celle de Dieu, en doute et peuvent se montrer susceptibles, non pour eux mais pour Celui qui les envoie.

En ce matin de printemps galiléen, Gabriel savait qu’il ne pourrait pas recourir à ces moyens-là et, pour la première fois de son éternité, il se sentait embarrassé … Dieu, honneur insigne, révélateur du très haut rang que ce prince angélique occupait à la cour céleste, lui avait confié la mission qui changerait la face du monde : aller annoncer à la nouvelle Ève qu’elle était la femme promise dès la Genèse, celle qui écraserait la tête du Serpent et mettrait fin à la malédiction qui frappait depuis le genre humain. Et voilà que l’ambassadeur céleste, presque écrasé par l’immensité de son rôle, ne trouvait plus ses mots et se demandait, ainsi que le dirait un jour saint André de Crète dans un texte inspiré, comment aborder la jeune fille et que lui dire sans l’effrayer ni lui manquer de respect … 

Gabriel a-t-il, comme le pensait le théologien crétois, choisi de frapper à la porte de Nazareth ? Ou, comme les peintres le représenteraient, avait-il surgi, éblouissant, dans la chambre où se tenait Marie ? Ce qui est sûr, c’est qu’il l’a très poliment abordée d’un salut ineffable : « Salut, Pleine de grâce Â».

Le culte des anges et des archanges s’est estompé au long du XXe siècle, au point qu’au lendemain de Vatican II, les fêtes angéliques disparurent du nouveau calendrier, rassemblées dans la solennité du 29 septembre, date de la saint Michel romaine, institué par le pape Grégoire le Grand pour remercier l’Archange d’avoir, en 590, arrêté, à l’issue d’une procession mariale, la peste qui dévastait la Ville. C’en fut fini de la Saint Michel au Mont Gargan, le 8 mai, de la Saint Michel du Mont au péril de la mer, le 16 octobre, de la fête des saints anges gardiens, le 2 octobre, de la saint Raphaël, le 24 du même mois, et de la saint Gabriel, le 24 mars.

Est-il bien raisonnable de s’être ainsi privé du secours de ces esprits célestes dont le Père Lamy, qui vivait dans leur intimité, disait qu’ils « nous aimaient comme des petits frères indigents Â» ? Sans doute pas.

En cette veille de l’Annonciation, il est bon de porter nos regards vers le Messager de la Bonne Nouvelle, Gabriel, parfois regardé comme l’Ange gardien de Notre-Dame, le chevalier servant qui jamais ne quitte sa Reine. Présent à ses côtés, lors des apparitions de l’Île-Bouchard en 1947, recueilli et silencieux, il demeure le mieux capable de lui redire de notre part les mots que, le premier, il lui adressa : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce Â». Personne ne connaît mieux que lui les grandeurs et les gloires de sa Souveraine, et personne n’est plus à même de nous les communiquer. Honorer Gabriel, c’est encore honorer Marie. Le savent les auteurs d’un petit livre L’Immaculée et saint Gabriel (éditions bénédictines, 72 p. 6 €) qui regroupe les plus belles pages, les plus belles prières évoquant le mystère de l’Annonciation et l’Archange messager. En ces heures étranges, où les plus hautes autorités de l’État abolissent l’exercice public de tous les cultes mais annoncent la reconstruction de la société française autour de « la philosophie Â» maçonnique, redisons avec confiance la prière que le Père Lamy rédigea, voilà plus d’un siècle, en des circonstances tragiques pour la France et le monde :

« N’oubliez pas vos saintes promesses, ô Marie, de nous secourir dans l’extrême nécessité où nous réduit la haine de Lucifer et de tous les anges révoltés qui travaillent de concert avec lui à la perte de nos âmes ! Vous êtes notre secours et notre suprême espérance dans cette lutte sans trêve ni merci pour notre faiblesse. Que le passé soit le réconfort du moment présent et la garantie de la victoire finale pour l’avenir ! Satan vous a toujours combattue mais vous l’avez toujours vaincu. Vierge puissante, couvrez-nous de votre maternelle protection. Amen ! Â»

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