Le Liban entre dialogue interreligieux et tensions politiques

Publié le 16 Juil 2023
liban

L’arabisation de l’identité libanaise et l’affaiblissement concomitant des chrétiens libanais, de surcroît divisés, met en évidence les limites du dialogue interreligieux entre islam et christianisme au Liban. Néanmoins ce dialogue, plutôt politique, assure la paix sociale dans ce pays qui concentre encore la plus forte présence chrétienne au Moyen-Orient.   Depuis son élection à la présidence du pays en 2016, le Président libanais et ancien chef de l’armée libanaise, Michel Aoun, souhaite que le Liban devienne un lieu de dialogue des religions et des civilisations. Les personnes familières avec le pays du Cèdre comprendront que le dialogue des religions signifie, avant tout, un dialogue entre les chrétiens et les musulmans qui forment, tous les deux, la base de la mosaïque de la population libanaise. Le Liban possède en effet une constitution unique reposant sur les confessions qui garantit à chaque religion sa place dans la vie politique et sociale. Mais que signifie alors ce dialogue interreligieux ? Quelle est sa finalité ? Est-il vraiment nécessaire ? Peut-il être un modèle pour les autres pays ? Une identité fragile L’éclatement des frontières, les migrations et la mondialisation sont les principaux facteurs, parmi d’autres, qui ont rendu difficile la simple définition de l’identité. Si parler aujourd’hui d’identité, peu importe laquelle, est devenue une chose difficile et même souvent taboue, l’identité libanaise pose encore plus de problèmes. Bien qu’elle soit rentrée dans l’inconscient collectif national et international, l’identité libanaise reste un sujet de discorde entre Libanais. Certains se considèrent comme « Arabes », d’autres comme « Phéniciens » alors que certains préfèrent s’identifier comme « Orientaux » : les Libanais ne sont clairement pas d’accord sur la définition de leur identité. L’histoire récente du Liban permet, à elle seule, de révéler une grande partie de la complexité de l’identité libanaise, sans parler aussi de la complexité de la psychologie des Libanais. À la chute de l’Empire ottoman à la fin de la Première Guerre mondiale, les Libanais se trouvaient sans une identité bien définie, encore moins avec un pays bien délimité. C’est avec le début du mandat français que la question de l’identité a commencé à jaillir clairement dans les discussions des Libanais. Deux grands courants les divisaient. Le premier, majoritairement formé des musulmans, consistait à souligner l’identité arabe du Liban. Ce courant s’appuyait sur les liens historiques, linguistiques et religieux que le Liban possède avec les pays voisins en particulier et le monde arabe en général. Très vite,…

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Georgio Rahal, Docteur en Philosophie : Religions et Systèmes de Pensée (EPHE). Professeur d’arabe, d’histoire médiévale de l’islam et d’islamologie à l’Institut Catholique de Toulouse.

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