Mariage blanc avec le gouvernement cubain

Publié le 17 Fév 2016
Mariage blanc avec le gouvernement cubain L'Homme Nouveau

En ce début du mois de février, avec Raul Castro, c’était la première visite en France d’un chef d’État cubain depuis 1959, date de la révolution castriste. À l’Élysée, on a mis les petits plats dans les grands.

Il fallait un peu de miel pour faire passer l’âpreté du breuvage d’un régime qui a bien mauvaise cote. Comme souvent, l’argent a apporté ses vertus adoucissantes. Le Club de Paris, groupe de créanciers publics (1) de ­l’État cubain, a annulé 7,7 milliards de la dette de ce pays.

Au profit de l’économie française ?

Pour les 470 millions de dollars restants, une partie sera remboursée, le reste, 230 millions, va alimenter un fonds qui « servira à accélérer les projets franco-cubains à Cuba en finançant une part des coûts locaux ». ­Cela aidera à concrétiser l’autre volet, les intérêts économiques français.

En effet, après l’échec retentissant du système communiste, La Havane dit vouloir entrer dans l’économie de marché. Très bien, même si les progrès se concrétisent à doses homéopathiques. Aujourd’hui, les micro-entreprises nées d’une timide libéralisation ne concernent que 10 % de la population active et l’État reste le principal employeur.

Les Français ne voulaient cependant pas manquer de saisir une part du gâteau. Au total, ce sont une douzaine d’accords qui ont été signés. En outre, des entreprises comme Pernod Ricard et Accor font déjà la cour à La Havane, lorgnant sur les possibilités touristiques de l’île quand, en Afrique du Nord, sous la menace terroriste, le marché se tarit. D’autres sociétés espèrent elles aussi se placer, comme Total, Alstom ou Alcatel-Lucent.

Bénéfices et dictature cubaine

Il y a cependant un hic. Quand nous annulons une dette publique, celle de Cuba en l’occurrence, c’est un manque à gagner pour l’État. En clair, le contribuable est lésé puisqu’il comble la perte avec ses impôts. En revanche, les entreprises qui décrocheront des marchés engrangent des bénéfices, apparaissant comme gagnantes. Cela revient donc à convertir de l’argent de l’État en profits privés. Certes pour le plus grand bien de tous quand les entreprises concernées payent leurs impôts en France… ce qui n’est pas toujours le cas.

Nous n’allons pas, par ailleurs, jouer aux parangons de vertu, sachant que nous commerçons avec nombre de pays aux performances peu flatteuses en matière de droits de l’homme. Il convient néanmoins de rappeler celles de Cuba, pour lesquelles la gauche française se montre singulièrement tolérante.

Depuis 1959, un million 200 000 Cubains, 10 % de la population actuelle, ont préféré s’enfuir sur des coques de noix au risque de leur vie plutôt que de subir la dictature castriste. Remontant à 1959, on estime à au moins 15 000 le nombre d’exécutions d’opposants, sans parler des preuves de tortures et de maltraitances des prisonniers. Amnesty International a en outre publié des preuves de recours abusifs à la psychiatrie contre les opposants politiques, à l’hôpital Gustavo Machin de Santiago de Cuba.

Suite au réchauffement des relations avec les États-Unis dès 2009, on aurait pu attendre un plus grand respect des principales libertés par le régime castriste. Il semble qu’il n’en soit rien. Certes, le 8 janvier 2015, Amnesty International se réjouissait de la libération de neuf opposants, mais ajoutait : « Nous avons reçu des informations très inquiétantes faisant état d’une augmentation des mesures de harcèlement et des détentions de courte durée visant des dissidents en 2014. »

Alors oui au pragmatisme politique, mais sans oublier que Cuba a plus besoin de nous économiquement que nous n’avons besoin d’elle. Rien ne nous oblige à fermer les yeux.

1. Ils sont 14 États dont les principaux sont la France, l’Espagne, le Japon et l’Italie.

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