Avortement : il est urgent de remonter à la source

Publié le 29 Mar 2024
constitutionnalisation avortement

Sans aucun doute, cette défaite pour la vie aura des conséquences dans les mois ou les années à venir. © Peter Potrowl / CC 4.0

Éditorial paru dans la lettre Reconstruire n°34 (mars 2024). 

 

Le lundi 4 mars, le droit à l’avortement est officiellement entré dans la Constitution de la République française. Votée en 1975 comme une dépénalisation et une exception, la loi libéralisant l’avortement s’est muée au fil du temps en un véritable droit positif dont la remise en cause s’est vue de plus en plus entravée.

 

Une manœuvre politicienne

Le 24 juin 2022, la cour suprême des États-Unis d’Amérique a annulé l’arrêt Roe vs Wade qui permettait l’avortement sur l’ensemble du territoire de ce pays. Cette mesure historique n’interdisait pas l’avortement mais elle renvoyait la décision de l’autoriser ou non à chaque État.

Prétextant une attaque universelle contre les droits des femmes, des responsables politiques français avaient alors demandé l’inscription du droit à l’avortement dans la Constitution. Ce processus a abouti en ce mois de mars 2024, laissant abasourdis les militants en faveur de l’accueil de la vie qui, depuis 1975, vont en France de défaite en défaite, malgré le renouvellement constant d’une base militante dont la jeunesse et l’enthousiasme frappent les observateurs honnêtes.

Sans aucun doute, cette défaite pour la vie et pour le militantisme anti-avortement aura des conséquences dans les mois ou les années à venir. Un examen de conscience et une remise en cause des méthodes employées et de la doctrine sur laquelle se fonde ce combat sont nécessaires.

 

Tyrannie et système politique

Dans l’encyclique Evangelium vitae, Jean-Paul II écrivait notamment : « Lorsqu’une majorité parlementaire ou sociale décrète la légitimité de la suppression de la vie humaine non encore née, même à certaines conditions, ne prend-elle pas une décision “tyrannique” envers l’être humain le plus faible et sans défense ? » (n. 70). La France est, plus que jamais, dans ce cas. En prendre conscience et en percevoir toutes les implications est certainement le premier pas à poser aujourd’hui.

Dans le même numéro, le Pape poursuivait : « En réalité, la démocratie ne peut être élevée au rang d’un mythe, au point de devenir un substitut de la moralité ou d’être la panacée de l’immoralité. Fondamentalement, elle est un “système” et, comme tel, un instrument et non pas une fin. Son caractère “moral” n’est pas automatique, mais dépend de la conformité à la loi morale, à laquelle la démocratie doit être soumise comme tout comportement humain : il dépend donc de la moralité des fins poursuivies et des moyens utilisés. »

 

La logique du système

En tant que système, la démocratie moderne déploie une logique et les effets de cette logique. Dès la première ligne du préambule de l’actuelle Constitution de la République française, celle-ci renvoie « aux Droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946 ». Elle affirme en son article trois que « La souveraineté nationale appartient au peuple ». (À suivre page 2)

Dans la déclaration des droits de l’homme de 1789, qui reste donc la charte fondamentale de la République française, l’article 3 stipule que « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. » Cette affirmation est complétée par celle contenue dans l’article 6 : « La Loi est l’expression de la volonté générale. »

 

Pas de loi et d’autorité supérieures

Dès lors que la souveraineté appartient au peuple, toute idée de loi supérieure, naturelle, morale et religieuse, est renvoyée au libre choix de celui-ci. Comme souverain, c’est à lui de proclamer ce qui vrai ou faux, juste ou injuste, bien ou mal. Le « relativisme éthique », dénoncé par les derniers papes, est au fondement même de la démocratie moderne. À défaut de bien le saisir, on s’épuise à remettre en cause les effets d’un système politique dont les fondements même sont intrinsèquement pervers.

La décision de faire entrer le droit à l’avortement dans la Constitution répond bien sûr à une manœuvre politicienne. Celle-ci se lave dans le sang des innocents de son refus de reconnaître une autorité supérieure à celle des hommes. Mais cette décision est aussi un effet logique du système politique dans lequel elle voit le jour tout comme la destruction des Juifs était un effet logique du système politique nazi ou l’éradication par l’utilisation de la force productive des opposants un effet logique du système soviétique.

On ne peut et on ne pourra pas s’opposer sérieusement à l’avortement sans remettre en cause le système politique qui l’a légalisé et sanctuarisé dans la Constitution. Cette affirmation implique de notre part une véritable conversion intellectuelle qui nécessite de sortir du conformisme social et moral et d’œuvrer en remontant aux causes. En sommes-nous capables ?

 

>> à lire également : Une loi pure dans la Constitution…

Stephen Vallet

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