Birmanie : un soulèvement généralisé contre le pouvoir établi

Publié le 26 Déc 2023
Birmanie

Aung San Suu Kyi, symbole de la résistance au pouvoir, prix Nobel de la paix en 1991, arrêtée en février 2021. © Claude TRUONG-NGOC

Depuis deux mois, la Birmanie fait face à un conflit généralisé de la population rebelle face au pouvoir établi et à l’armée, rendu possible par une coordination des mouvements.

  Le 27 octobre, dans le nord-est du Myanmar, pays connu aussi sous le nom de Birmanie, une coordination de mouvements rebelles a lancé une offensive militaire, dénommée « Opération 1027 ». Cette coordination porte le nom d’Alliance des Trois Frères, trois organisations la formant.  Pour la première fois, l’armée, qui tient les rênes du pays, se trouve en difficulté face à un soulèvement. Les experts occidentaux pensent possible un scénario du type de la révolution syrienne de 2011, tant les militaires au pouvoir sont exécrés en raison de leurs exactions contre la population.  Or, si celle-ci est constituée à 70 ou 75 % de Birmans, ou Bamas, le pays s’est constitué au cours des siècles grâce à l’annexion de régions dominées par des groupes ethniques différenciés. Ces derniers forment autant de minorités qui aspirent depuis longtemps à s’affranchir de la tutelle de la majorité birmane.  Promettant un apaisement des tensions, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, avec la fin de l’autorité coloniale britannique, un régime démocratique s’installa au Myanmar. Très vite néanmoins, soutenues par la Chine frontalière du pays, des insurrections éclatèrent. En 1962, le général Ne Win profita de cette instabilité pour prendre un pouvoir que les militaires n’ont jamais vraiment quitté depuis.   

Les militaires inquiets

Un semblant de libéralisation a pourtant lieu en 2010 : Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix (en 1991) et fille du héros de l’indépendance, voit son assignation à résidence levée. En novembre 2015, son parti remporte haut la main les élections législatives, et le 6 avril 2016 elle reçoit un titre correspondant à la position de Premier ministre.  Mais ses succès électoraux répétés inquiètent les militaires. Le 1er février 2021, elle est à nouveau arrêtée et l’armée, confisquant le pouvoir par la force, déclare l’état d’urgence. Dès le lendemain, un mouvement de désobéissance civile se met en place et d’immenses manifestations occupent la rue. L’armée tire à balles réelles. À la mi-avril, on compte plus de 700 morts victimes de ces tirs. Le 25 juillet, quatre personnes sont exécutées, dont un député élu en 2015.  Depuis, la situation ne cesse de se dégrader. Dans un communiqué daté du 26 septembre 2023,…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Alain Chevalérias

Ce contenu pourrait vous intéresser

International

Quel avenir pour l’Iran ?

Un président américain dont les moyens restent limités, sans troupes engagées au sol, des Iraniens prêts à une lutte à mort, des conséquences économiques du blocage du golfe Persique se révélant vite douloureuses, des suites politiques restant hasardeuses : l'issue du conflit en cours entre l'Iran, les États-Unis et Israël demeure très incertaine...

+

Iran
ChroniquesInternational

La guerre : quand le droit empêche de voir la justice

C’est logique ! de François-Marie Portes | Un texto, une phrase peuvent parfois déclencher des montagnes de commentaires. Celui de Donald Trump concernant la paix a fait couler beaucoup d'encre. Il a surtout rappelé que la paix ne repose que sur la volonté de quelques dirigeants, et la fragilité d'un « droit international » qui ne repose, lui, sur rien. La paix et la justice doivent bien être les seules fins poursuivies.

+

guerre paix justice