Pendant plusieurs années, une équipe de chercheurs a tenté de recréer la formule d’un parfum caché dans le Cantique des cantiques. En associant parfumerie, exégèse, mathématique et guématrie (numérologie hébraïque), ils sont parvenus à un mystérieux parfum, aujourd’hui commercialisé.
Depuis des siècles, les hommes scrutent les textes sacrés comme des réservoirs de secrets, avec l’espoir d’y déceler, sous le voile de la lettre, des savoirs dissimulés et de mystérieux procédés d’alchimie, tels l’élixir de jouvence ou la pierre philosophale. C’est actuellement le Cantique des cantiques, texte d’une densité énigmatique rare, traditionnellement attribué à Salomon, qui est au cœur de nouvelles recherches visant à mettre au jour la recette dissimulée d’un parfum disparu. Ce livre biblique, dialogue riche et sensuel entre deux amants, est notamment interprété par saint Bernard comme l’allégorie du chant d’amour unissant le Christ à son Église. On y découvre une langue aux accents suaves exaltant la beauté de la création et mobilisant l’ensemble des sens : le goût, la vue, l’ouïe, le toucher et l’odorat. C’est ce dernier sens qui a retenu l’attention d’un étonnant trio composé d’un dominicain, d’un mathématicien et d’un parfumeur. Une édition botanique du cantique Le premier, le père Olivier-Thomas Venard, docteur en lettres et en théologie, dirige un vaste programme de recherches intitulé La Bible en ses traditions visant à compiler, pour chaque verset de la Bible, une glose historique, artistique, liturgique et philosophique d’une impressionnante érudition. Dans le cadre de cette recherche, il s’était lancé dans une édition botanique du Cantique des cantiques consistant à récolter et à identifier les graines des nombreuses plantes mentionnées (près du quart des 111 espèces évoquées dans la Bible). C’est dans cette liste que le parfumeur Alexandre Helwani a cru reconnaître la trace d’une formule olfactive à reconstituer. Encore fallait-il déterminer la proportion de chaque essence pour que la composition puisse véritablement prendre forme. C’est alors qu’entrent en scène le mathématicien Laurent Derobert et le rabbin Marc-Alain Ouaknin, ce dernier étant spécialiste de la guématrie, une tradition kabbalistique consistant à associer à chaque lettre hébraïque une valeur numérique dans le but de décrypter des interprétations cachées. Ainsi leur science a-t-elle permis de déterminer les proportions des différentes fragrances de ce parfum qui fait intervenir des ingrédients très rares, parfois quasiment disparus comme le baume d’Ein Gedi, ou des plantes très inhabituelles comme la mandragore, habituellement considérée comme un poison et porteuse d’un symbolisme assez…







