Jeunes lecteurs : que lire ?

Publié le 02 Oct 2021
Jeunes lecteurs : que lire ? L'Homme Nouveau

Le casse-tête n’est pas nouveau. Que donner à lire aux petits, aux enfants, aux adolescents quand, au risque de leur mettre entre les mains ce qui ne devrait pas y tomber, s’ajoutent le désintérêt croissant pour la lecture, le manque de vocabulaire et tout simplement la médiocrité littéraire de trop d’ouvrages ? Voici, classés par âge, quelques titres aux mérites divers.

Les éditions Coop Breizh publient, à l’intention des enfants de trois ou quatre ans, de charmants petits albums agréablement illustrés qui racontent de vraies histoires, le plus souvent, comme pour ces deux titres signés Christophe Boncens, inspirés du légendaire breton.

le gardien de phare contes de la mer

Meven, un jeune pêcheur victime d’une tempête, est drossé à la côte sur une île qui ne figure sur aucune carte du littoral breton et dont le phare, bien visible pourtant n’était pas éclairé la nuit précédente … Pour cause : c’est là que les fées de l’océan ont décidé d’entreposer leurs trésors, rendant l’endroit et ses parages invisibles. La féerique fortune entreposée là est sous la garde d’un redoutable fantôme, celui du dernier imprudent à s’être aventuré dans le phare profitant de la permission accordée tous les cinq ans au « Gardien » de prendre l’air.

Erwan, le mauvais garçon de l’île, aimerait faire main basse sur le magot des fées mais il a besoin d’un complice. Meven, désireux de racheter un bateau, succombera-t-il aux fallacieuses promesses du beau parleur ou les beaux yeux de Yanna, la jeune fille qui l’a recueilli après son naufrage, l’arracheront-ils à cette dangereuse tentation ?

Christophe Boncens revisite, dans ses Contes de la mer, les grands thèmes du folklore breton en les mettant à la portée des enfants d’aujourd’hui. (Le gardien de phare. collection Béluga. Coop Breizh. 40 p. 10 €.)

C’est assez réussi. Tout comme les illustrations naïves, aux couleurs vives ou acidulées, qui devraient plaire aux plus petits. Tout comme, du même auteur, même éditeur et même prix, Le monstre de l’océan.

le monstre de l ocean contes de la mer

Le jour de ses 16 ans, Madina apprend de sa grand-mère la vérité sur sa naissance : elle n’est pas orpheline comme elle le croyait mais née du mariage interdit d’un jeune pêcheur et d’une sirène. Sous le coup d’une malédiction lancée par les Morgans, ses parents ont dû fuir loin de toute mer. Quant à elle, son seul espoir d’échapper à un sort tragique est de garder toujours sur elle, à compter de son seizième anniversaire, le précieux talisman offert par la reine de l’océan ; si jamais elle venait à s’en séparer ou le perdre, un redoutable monstre surgirait des abysses pour la dévorer et tout détruire du monde où elle vit … Hélas, une nuit, un voleur s’introduit dans sa chambre et dérobe son précieux pendentif. Aussitôt, les éléments se déchaînent et un dragon aborde le rivage. La jeune fille n’a plus qu’un espoir : obtenir de sa marraine, la reine de l’océan, un moyen de contrer le péril.

Voilà un joli conte, original et raconté avec beaucoup de grâce. Les grands dessins colorés, alliant réalisme et fantaisie, sont pleins de charme. Quant au monstre de l’océan, ce joli dragon mauve ferait une délicieuse peluche !

anubis et les pilleurs de tombe

Grand émoi au village de Set Maat en Égypte : le pharaon Toutankhamon vient de mourir à 17 ans dans des circonstances suspectes mais le régicide probable inquiète moins les villageois que l’inexistence de la tombe royale. Le trop jeune souverain n’avait rien prévu pour ses obsèques ! Il va falloir improviser une sépulture digne de lui dans des délais intenables, défi que les habitants de Set Maat, spécialisés dans la confection et l’ornement des tombeaux, vont devoir relever sous peine de sanctions.

Pour le jeune Néfer et Satis, sa jumelle, les enfants du fresquiste, l’occasion est belle, à dix ans, de s’initier au métier. Le « stage », hélas, va mal se passer. Le voleur qui, depuis quelques mois, dérobe aux villageois leurs pauvres richesses a décidé de profiter de l’occasion pour s’enrichir. En dépit d’une surveillance de chaque instant, nombre d’objets précieux destinés à la tombe royale disparaissent jour après jour, à la fureur de l’envoyé gouvernemental, et les bastonnades se multiplient. Soupçonnés, les jumeaux ne voient qu’une solution : démasquer le vrai coupable. Pour cela, ils ont un allié de poids : un mystérieux chacal noir, en qui ils ont tout de suite reconnu le dieu Anubis.

Viviane Koenig signe, avec ce volume de la série Les petits détectives de l’Antiquité, intitulé Anubis et les pilleurs de tombe (Plein Vent ; 110 p ; 8,50 €.) une honnête introduction à l’histoire de l’Égypte ancienne mais l’on reste ahuri en comprenant que ce roman, que l’on aurait lu sans difficulté à sept ans, s’adresse à des enfants de 8 ans et plus … Quant à savoir s’il est justifié d’introduire dans le récit une divinité païenne présentée comme bonne et bienfaisante, c’est une autre affaire et qui témoigne d’un recul certain vis-à-vis du catholicisme, dicté probablement par la crainte d’effrayer une société toujours plus agnostique, voire franchement hostile.

C’est le même genre de reproches qu’il faut adresser, en dépit d’authentiques qualités, au second volume de la série Enquêtes aux jardins de Guillaume Le Cornec, Les Pommes de l’apocalypse (Le Rocher. 265 p. 12,9 €.)

les pommes de l apocalypse

Bien qu’encore adolescents, Emma et Lucas ont été recrutés par la très prestigieuse et très secrète Guilde des Jardins du Roi, une association scientifique de haut niveau qui s’est fixée pour mission de défendre la nature et la biodiversité contre tous ceux qui les attaquent. Devenus champions du close combat aussi bien que fins botanistes, les deux jeunes gens rêvent d’une nouvelle mission à hauts risques, comme celle qui les avait opposés à une redoutable multinationale. Ce que leur propose leur mentor est apparemment bien moins excitant : participer à Rouen à l’élaboration d’une exposition consacrée aux pommes … En réalité, sous cette étiquette officielle se cache une enquête difficile : malgré un superbe printemps, les pommeraies normandes dépérissent sans raison. Sachant le marché de la pomme l’un des plus lucratifs au monde, une firme aurait-elle décidé de s’emparer du monopole en détruisant la concurrence ?

Le roman est bien ficelé, l’intrigue possède ce qu’il faut de rebondissements. Cela dit, la lutte écologique, si méritoire soit-elle, doit-elle être présentée comme un but à atteindre par tous les moyens ? Est-il souhaitable, même si cela correspond aux mœurs actuelles et si cela est dit avec discrétion, de présenter des adolescents qui ont « une histoire » ? Quant au monde des adultes et de la famille, ils sont caricaturaux, voire odieux. Quand on sait combien de jeunes manquent de références parentales, ou simplement adultes, on peut regretter ce choix.

C’est avec soulagement, après cela, que l’on ouvre le roman d’Anne Kurian, Les Gardiens du papyrus (Quasar ; 185 p ; 14 €.).

Les gardiens du papyrus

Un futur lointain, ou pas … Une immense catastrophe écologique a effacé de la surface de la Terre toute trace de civilisation et anéanti presque toute la population mondiale. Les rares survivants ont recréé une société primitive, en rupture délibérée avec les technologies qui conduisirent à la catastrophe. Dans ce monde d’après, l’homme n’est que toléré par la nature. Arts, littérature, science, toute trace du monde d’avant a été bannie, pourchassée, détruite, pour donner naissance à une humanité coupée de ses racines. Les religions ont été supprimées. Dieu, la foi, les questions métaphysiques n’ont pas leur place dans cet univers dont l’apparente harmonie dissimule la féroce tyrannie des Asters, qui conservent pour eux les anciennes connaissances.

Pourtant, en dépit de toutes les précautions prises, un jour, deux jeunes Asters, les plus doués, les plus brillants, Jed et Dana, découvrent l’ineffable secret banni de leur univers : Dieu. Pour sauver un mystérieux papyrus, écrit dans une langue que personne ne comprend plus, le couple prend le maquis, emportant avec lui une graine d’espérance semée au fil de ses pérégrinations. Arrêtés, ils sont finalement mis à mort. Le danger n’en reste pas moins grand pour les Asters : avant de périr, les deux rebelles ont caché le « Livre » et seul leurs descendants peuvent le retrouver.

Pour Lophura et son frère Narval, élevés dans le clan des pêcheurs au bord de l’océan, orphelins trop jeunes, une seule question se pose : que signifient les étranges carnets laissés par leur mère et cette phrase absconse : « Il a souffert sous Ponce Pilate ». La curiosité des adolescents se révélera dangereuse et les obligera à quitter leur vie paisible, en quête du plus précieux des biens : la Vérité. Car, qu’ils le veuillent ou non, ils sont les enfants de Jed et de Dana, « les gardiens du papyrus », dernière lumière d’une humanité en perdition.

Anne Kurian fait preuve d’une jolie fantaisie avec ce petit roman de science-fiction chrétien qui résonne curieusement avec l’actualité et les dérives actuelles de nos sociétés. Certes, on pourrait lui reprocher de ne pas aller au bout de son intrigue, de ne pas dire ce qu’il en sera d’une renaissance du christianisme dans cet univers épouvantable mais elle ouvre déjà talentueusement quelques intéressantes pistes de réflexion.

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