Les Grandes Hérésies : l’actualité de Hilaire Belloc

Publié le 26 Oct 2022

Entretien avec Benjamin Ferrando, traducteur de Hilaire Belloc  

Vous venez pour la première fois de traduire en français Les Grandes Hérésies de Hilaire Belloc. Quel est l’apport principal de cet ouvrage ?

Étant la première traduction française d’un livre majeur de Belloc depuis près d’un siècle, il a le mérite de faire entendre la voix d’un auteur à la fois méconnu et oublié ; un homme dont le propos n’a pas pris une ride. Plus particulièrement, cet ouvrage offre sans doute la meilleure synthèse jamais publiée sur le phénomène hérétique.

Quelle définition Hilaire Belloc donne-t-il de l’hérésie et qu’est-ce qui l’a conduit à écrire sur un tel sujet ?

Il définit l’hérésie comme « l’entreprise de déconstruction d’un corps de doctrine unifié et homogène par négation d’un élément inséparable de l’ensemble ». Ainsi, l’hérétique opère un choix ; en niant tel ou tel point d’un corpus doctrinal, il rompt son unité et altère son équilibre. Convaincu que les questions religieuses sont le moteur des grandes transformations humaines, Belloc pensait l’histoire de l’Église comme une succession d’affrontements. Son livre est une exhortation à continuer le combat, faute de quoi notre société risque de devenir inhumaine.

Présente-t-il un aperçu global des hérésies ou s’attarde-t-il plus spécifiquement sur certaines d’entre elles ? Et dans ce cas, quel a été son critère de choix ?

Belloc retient cinq grandes hérésies : l’hérésie arienne, qui émerge au cours du IVe siècle et qui accompagne la chute de l’Empire romain ; l’hérésie mahométane, c’est-à-dire l’islam ; l’hérésie albigeoise, que nous appelons aussi « cathare » ; l’hérésie protestante ; enfin, ce qu’il nomme la « phase moderne », dont nous ne sommes pas sortis. Il a arrêté ce choix pour leur caractère représentatif : chacune présentant une disposition d’esprit particulière, à une époque décisive. Ajoutons qu’il connaissait parfaitement chacune de ces périodes historiques.

De manière surprenante, Hilaire Belloc consacre tout un chapitre à « l’hérésie de Mahomet ». Mais en quoi peut-on qualifier l’islam d’hérésie chrétienne ?

L’islam reprend à son compte nombre d’éléments de la doctrine chrétienne. Il en propose une version simplifiée tout en rejetant les mystères de l’Incarnation et de la Trinité. Témoin de son émergence, saint Jean Damascène avait le premier défini l’islam comme une hérésie, suivi par des générations de chrétiens. Cela dit, il s’agit d’une hérésie exceptionnelle, tout extérieure, qui a progressé par l’épée et par un certain réformisme…

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Philippe Maxence

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