L’été en musique avec… Gioacchino Rossini

Publié le 23 Août 2017
L'été en musique avec… Gioacchino Rossini L'Homme Nouveau

Sa vie fut comparable à l’un de ses célèbres crescendi. Après des triomphes éclatants il choisit, en effet, de vivre une retraite précoce en France. Au monde il lègue une musique singulière, empreinte de gaîté.

En plein milieu du romantisme nous parvient d’Italie un Scapin de la scène lyrique: Gioacchino Rossini (1792-1868), né à Pesaro sur l’Adriatique. Son père, un petit fonctionnaire de la ville, jouait du cor ou de la trompette dans l’orchestre municipal et sa mère, fille de boulanger, était cantatrice. Doué d’une grande facilité au travail doublé d’une rapidité vertigineuse, le jeune Rossini ne cesse de composer depuis l’aube de son adolescence. À 14 ans, il écrit son premier opéra. Élève au lycée musical de Bologne, il doit subvenir très tôt à ses propres besoins par de menus travaux de copiste ou de répétiteur, tout en étudiant seul les quatuors de Haydn et de Mozart. Ses professeurs le lui reprocheront du reste en l’affublant du surnom de Tedeschino (« Petit Allemand »). À 18 ans, sans un sou en poche, il réussit à faire jouer à Rome son premier opéra bouffe. À 23 ans, on compte quinze opéras à son nom, ainsi que des pages de tous les genres musicaux qui lui passent par la tête.

Le Barbier

Enfin en 1816, c’est à 24 ans qu’il commet un vrai chef-d’œuvre, Le Barbier de Séville, dont la musique fut composée, dit-on, en l’espace de quinze jours. L’œuvre, basée sur la pièce de Beaumarchais, est comme un tourbillon de vie à l’image du jeune musicien qui compose le merveilleux sextuor du deuxième acte en seulement deux heures! Et désormais, son nom devient le plus populaire de la musique italienne. Rossini exécute des commandes qui lui viennent de partout en Europe. Il se rend à Vienne pour rencontrer Beethoven; puis, avant de s’installer à Paris, il part pour l’Angleterre où la fortune lui sourit, grâce au charme et à l’enchantement de ses partitions.

Malgré tant de succès, Rossini ne se prend nullement au sérieux. C’est avec une désinvolture élégante qu’il compose, ce qui fait l’admiration de tous. Il est évident qu’il n’écrit pas comme Mozart, mais il sait mettre en valeur ce qui est spécifiquement italien, en le fusionnant à la rigoureuse méthode allemande. Stendhal, son biographe, le définit comme le « Voltaire de la musique » à cause de son ironie pointue envers ses personnages et sa tendance à « trop bien observer l’humanité». Riche à 37 ans, Rossini se retire pour se reposer sur ses lauriers, cultiver l’amitié des grands de ce monde et se consacrer à son violon d’Ingres: la gastronomie. Auteur d’un livre de cuisine, il invente des recettes, sans cesser de répandre son grand sens de l’humour. Malgré tant de légèreté, il compose quarante opéras, dont les plus célèbres – Le Barbier de Séville, La Pie voleuse et Guillaume Tell – occupent encore régulièrement l’affiche. Il produit une foule de brillantes ouvertures, une vingtaine d’oratorios et de cantates ainsi que des pièces vocales et instrumentales pleines de verve et de vivacité.

Sur le tard, il confie au jeune Richard Wagner venu lui rendre visite à Paris: « J’avais de la facilité, j’aurais pu faire quelque chose!» Il ne néglige pas non plus la musique religieuse: pièces, prières et messes; puis il compose un admirable Stabat Mater pour un prélat espagnol. Vers la fin de sa vie, il fait jouer sa Petite Messe solennelle,

« dédiée à Dieu le Père, en s’excusant auprès de lui des réminiscences de l’opéra bouffe qu’il y trouverait ».

L’œuvre de Rossini imposa en son temps un style de chant nouveau, fait de virtuosité et du développement des passages orchestraux qui les accompagnent. Dans le vaste champ de la musique, à l’image de l’immense variété présente dans la Création, son œuvre occupe une place singulière: Rossini nous réjouit et nous fait rire, comme le Sganarelle de Molière devenu médecin malgré lui. Par la bonne humeur et la détente, il nous révèle à nous-mêmes, tels que nous sommes. Balzac écrivit de lui:

« Cette musique donne de l’espérance aux cœurs les plus endormis. »

cabaud

Pour aller plus loin :
Judith Cabaud
En route vers l’infini, musique et foi (portraits de musicieux)
Éditions de L’Homme Nouveau, 268 pages, 19 €

Ce contenu pourrait vous intéresser

A la uneCulture

Que la Croix demeure ! Les aventures de SOS Calvaires, et autres récits

Recensions adultes | La Rédaction de L'Homme Nouveau vous propose une page culture, avec un choix de quelques récits comme Que la Croix demeure ! SOS Calvaires au secours du patrimoine ou bien Des gens sans importance. Petits récits du grand âge, ou encore En Provence sur les traces de Marie Madeleine, mais aussi quelques livres religieux, essais, CD ou DVD. Paru dans le n° 1810.

+

livres
Culture

Charette revisité

ENTRETIEN | Revenue sur le devant de la scène au moment de la sortie du film Vaincre ou Mourir, la figure de Charette, général de la Vendée militaire, vient de faire l’objet d’une nouvelle biographie par Anne Bernet. Entretien avec l’auteur sur un personnage clé de l’épopée contre-révolutionnaire, passionnant, controversé, héroïque et qui cache encore quelques mystères.

+

charette
CultureLectures

Le choix de votre quinzaine : Maggie Smith à Lourdes

Recension adultes | Le Club des Miracles raconte le périple jusqu'à Lourdes de quatre irlandaises (dont Maggie Smith), qui aspirent toutes à un miracle. Dans cette page de recension retrouvez aussi des livres de spiritualité, un essai sur Simon Leys, un CD de Lang Lang et quelques autres sélections. Paru dans le n° 1809.

+

Maggie Smith
CultureLectures

Faire découvrir aux enfants sainte Faustine et la Miséricorde Divine

Recension jeunesse | La rédaction de L’Homme Nouveau vous propose une page recension de lectures jeunesse, avec un choix éclairé de quelques histoires à lire ou faire lire, et autres activités. Le livre Carlo Acutis et les miracles eucharistiques n'est pas une ultime biographie, mais raconte et explique sa grande exposition sur les miracles eucharistiques.Paru dans le n°1809.

+

Carlo Acutis garçon lecture
Culture

L’exposition : Un œil passionné. Douze ans d’acquisitions de Ger Luijten

La Fondation Custodia, un lieu unique dans Paris, un peu confidentiel, où sont présentées des expositions remarquables, rend hommage à son précédent directeur Ger Luijten, disparu prématurément en décembre 2022. Cet homme passionné, érudit et fin connaisseur a toujours cherché à être fidèle à l’esprit du grand collectionneur Frits Lugt (1884-1970) à l’origine de cette Fondation. Pendant douze années il dirigea ce lieu et mena une politique d’acquisition intense. Environ 10 000 œuvres sont entrées dans les collections de ce superbe hôtel particulier. Une sélection de 140 œuvres est proposée au regard du visiteur.

+

Ger Luijten