Noël aigre-doux

Publié le 22 Déc 2021
Noël aigre-doux L'Homme Nouveau

Est-ce la fâcheuse ambiance des deux années écoulées, la colère et les frustrations trop longtemps rentrées, l’atmosphère délétère qui nous entoure ?  L’ambiance, en dépit des efforts des marchands pour lesquels « les fêtes » comme ils disent, consistent à bâfrer et dépenser un maximum d’argent pour des cadeaux que leurs destinataires revendront en ligne le lendemain, ce qui devrait inciter à ne plus rien offrir, sinon à des gens dont on peut contrôler ce qu’ils feront de v   os largesses, sinon, autant se gâter tout seul au lieu d’enrichir des ingrats, n’est pas à la joie. Même pas chez les catholiques sur lesquels pèse une menace terroriste accrue et qui, quand ils sont attachés à l’ancienne forme du rit romain, se voient, à l’instar de ces sales égoïstes de non vaccinés, sommer de s’aligner sur le troupeau et d’entendre la messe en français. 

Si, malgré tout, vous restez d’humeur à faire des présents et à en chercher qui auraient un vague rapport avec la Nativité, vous découvrirez que la chose devient de plus en plus difficile, déchristianisation oblige. Encore, sauf exception, ne contribueront-ils pas outre mesure à vous remonter le moral et à vous introduire dans la liesse de la sainte nuit.

Commençons par le plus réjouissant, le délicieux petit film d’animation de Timothy Reckart, L’étoile de Noël (Saje Distribution. 1h22).

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Que nous sommes chez les fous, nous le savons depuis un moment, et ce merveilleux, cet innocent dessin animé en fournit la preuve puisque, voilà deux ans, des institutrices se crurent obligées, au nom de la sainte laïcité, de faire un scandale et d’évacuer en toute hâte les enfants qu’elles avaient emmenés le voir, en découvrant qu’il s’agissait de l’histoire de la Nativité … Et quoi d’autre, avec un titre pareil ? On se le demande !

Car, vous l’aurez compris, et c’est tout le scandale de l’affaire, il s’agit bel et bien d’un film chrétien, sinon catholique, puisque, pour ne pas peiner nos frères séparés, les réalisateurs ont entouré d’un flou artistique les conséquences du mystère de l’Immaculée Conception, qui préserva Notre-Dame de la malédiction de nos premiers parents et lui épargna d’enfanter dans la douleur.

Donc, nous sommes à Nazareth, où une petite gerbille voleuse et gourmande est témoin de l’Annonciation, prétexte à une scène exquise. Bien que le rongeur soit incapable de garder ce grand secret, la révélation d’une prochaine naissance miraculeuse n’intéresse guère le petit âne du moulin à huile, condamné à tourner encore et encore, sans jamais voir la lumière du jour, la meule du pressoir. L’ânon n’a qu’un objectif : s’évader et rejoindre la caravane royale qui passe parfois près du village afin d’entrer au service du roi.

Mais l’évasion tourne court, l’animal, blessé, trouve refuge chez un jeune couple en attente de son premier enfant. Bô saura-t-il choisir entre l’affection de Marie et ses ambitions qui le poussent à fuir son modeste asile à la première occasion ? 

Lorsque trois mages d’Orient débarquent à Jérusalem pour s’enquérir du lieu de naissance du Messie et qu’Hérode jette ses sbires aux trousses du vrai roi des Juifs, la survie de la Mère et de l’Enfant repose sur le petit animal têtu. Réalisera-t-il son rêve de devenir âne royal, ou ira-t-il prévenir sa tendre maîtresse du danger qui la menace ?

Aidé par un pigeon déjanté, une brebis en rupture de troupeau, les chameaux des Mages, Bô parviendra-t-il à semer les molosses d’Hérode et leur maître-chien avant qu’ils dévorent le nouveau-né ? Saura-t-il s’oublier assez pour aller au bout de sa quête ?

L’idée est originale, traitée avec un grand respect de l’évangile et des croyants. Les dessins sont jolis, de bon goût, les couleurs éclatantes. Le résultat, profondément touchant, s’adresse certes aux enfants, mais aussi aux adultes qui se laisseront séduire par un résultat spécialement heureux. Ce sera l’une des rares douceurs de cette sélection …

Un éblouissement de couleurs, telle est l’impression que procure Merveilleuses légendes de Bretagne, Noël (Coop Breizh. 73 p ; 17 €) de Fanny Cheval.

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Alors que tant d’illustrateurs pour enfants choisissent le laid, le sale, le choquant, cet album, sans manquer d’originalité ni de hardiesse créative, offre à chaque page un vrai plaisir visuel : enchantement d’une rue du vieux Rennes sous la neige ; scènes hivernales charmantes ; petites créatures fantastiques ou étranges rendues avec tendresse et talent. Tel est le premier atout de ces contes de Noël pour les petits.

Le second est dans le choix des histoires où les vertus chrétiennes restent présentes et rappellent la nécessité du partage et de la charité. L’on croise un petit ramoneur maltraité tombé dans une cheminée pour trouver le foyer qu’il n’espérait plus ; une jeune fille coquette que son goût des jolis sabots manque entraîner vers l’enfer ; un miséreux châtié de n’avoir pas su faire bon usage des cadeaux de la Providence et partager la fortune que le Ciel lui avait octroyée ; un chevalier récompensé de sa charité et un prêtre, touché du dénuement d’une pauvresse, laisser, par humilité, croire à l’origine miraculeuse de ses largesses.

Tout cela est charmant, mais jamais niais puisque les mauvaises actions trouvent leur punition, sévère, et parfaitement moral, ce qui devient rare, hélas, dans la littérature enfantine

Restons chez le même éditeur, qui réserve souvent d’excellentes surprises avec un CD, Noël en Bretagne, rassemblant quinze chants traditionnels, souvent en breton, parfois traduits du français, tel Nous voici dans la ville.

cd noel en bretagne

L’on y trouve des pièces charmantes : une cantilène à la Vierge Marie, une très ancienne gwerz en l’honneur de Notre-Dame de justesse sauvée de l’oubli, Heol Noz (Soleil nocturne) qui célèbre l’étoile, Noël nouvelet, C’était à l’heure de minuit, qui se chante curieusement sur l’air du O filii et filiae pascal, quelques textes d’une profonde poésie aussi, La neige sur l’archipel, Tissage de lune. Les interprètes, Denez, Mathieu Hamon, Annie Ebrel, Aziliz Manrow, Quentin Morvan, Piala Louis, Jéremy Kerno et Rosemary Standley sont excellents mais, dans tout cela, subsiste un fond de tristesse et de mélancolie trop accordé, peut-être, à nos états d’âme actuels.

L’on en dira autant des Noëls de France (Via Romana. 265 p. 22 €.) de Thibaud Dubois . 

noels de france

Ce n’est pas un livre pour enfants que celui-ci. S’y trouvent en effet beaucoup  de poèmes et de noëls anciens dont la langue, la pensée, la densité théologique, échapperont aux plus jeunes, et, soyons lucides, à bon nombre de plus âgés aussi. Quant aux textes en prose, ils sont plus souvent noirs que roses et teintés d’amertume. Il y est question d’amoureux réunis dans le trépas pour avoir été soumis à des épreuves impossibles, d’orphelins morts de froid ou maltraités, de mauvais pauvres qui ne surent bien user des libéralités divines, de filles perdues revenues repentantes réclamer le pardon familial, d’un pasteur protestant à la veillée de la Nativité gâchée par un ivrogne, de possédée exorcisée. Signés Allais, Maupassant, La Varende, Bernanos, Péguy, Rostand, Maxime du Camp, ou d’auteurs mineurs et méconnus, ce qui ne signifie pas d’obligation sans talent, ces textes, malgré une morale chrétienne, ou qui se voudrait telle, sont rien moins que réconfortants et, à vrai dire, trop bien appropriés aux vilains temps que nous vivons.

Et, si, au demeurant, vous souhaitez comprendre ce que signifie Noël aujourd’hui pour une majorité de nos contemporains, lisez N’oublie pas mon petit soulier (Le Masque. 310 p ; 8 €.) de Gabriel Katz.

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Comédien raté, beau gosse perpétuellement fauché, dans l’éternelle attente du grand rôle qui ne viendra jamais, Benjamin Varenne ne résiste pas aux jolies filles. En ce mois de décembre, réduit, afin de payer son loyer, à jouer les Pères Noël dans un grand magasin parisien, il rêve d’une autre vie, vœu qui paraît exaucé lorsque son regard croise celui de Victoire, vingt ans, silhouette de mannequin, apparemment très riche, et très réceptive à ses yeux de braise.

Ce que Benjamin ignore, c’est que Victoire est la maîtresse d’un mafieux albanais dont la générosité financière s’accompagne d’une jalousie féroce et meurtrière. Embarqué malgré lui dans les combines douteuses de la jeune personne, assassin, par maladresse, de la belle-mère de sa douce, accusé d’enlèvement, la police aux trousses, jeté en prison, obligé, pour être libéré, de servir d’appât aux services spéciaux, Benjamin passera les fêtes les plus folles de sa vie, qui s’achèveront en apothéose sur une plage de Thaïlande. Car il n’y a qu’un pas entre le rêve et le cauchemar quand une bande de tueurs veut votre peau …

C’est drôle, oui, par moments, le rythme est enlevé et l’on a envie de savoir comment le héros se sortira de la mélasse où l’ont précipité ses hormones. De là à crier au génie, il y a un pas … Reste une évidence : Noël, pour une foule de gens, ce n’est pas la naissance d’un Enfant sur la paille d’une étable, ni la venue d’un Dieu pour effacer la tache originelle et de Son Père apaiser le courroux …

Étonnez-vous, après cela, que le COVID ait provoqué une pareille panique dans notre société matérialiste.

Joyeux Noël quand même …

 

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