Notre quinzaine : L’Europe, c’est Notre-Dame de Paris

Publié le 17 Mai 2019
Notre quinzaine : L’Europe, c’est Notre-Dame de Paris L'Homme Nouveau

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Europe a un sérieux mal de crâne. À quelques jours des élections des députés européens, la vieille idée européenne ne fait plus rêver. Signe d’affrontement électoral, – dis-moi quelle Europe tu espères, je te dirais qui tu es ! –, elle semble être devenue aussi celui du désenchantement. Si les Allemands conduits par Angela Merkel la font marcher au pas, les Britanniques ont tenté de la fuir à toutes jambes. Pour leur part, les Français sont surtout désillusionnés. Pour eux, l’Europe est surtout le prétexte rêvé de relancer les vieilles chamailleries nationales. C’est plus que jamais le moment de pasticher l’anglais Chesterton en évoquant une vieille idée chrétienne devenue folle.

Au commencement : Athènes, Rome et Jérusalem

Au commencement était un héritage qui puisait aux sources d’Athènes, de Rome et de Jérusalem, unies par le christianisme. Venait ensuite une expérience, longue et douloureuse. Malgré cette civilisation commune, les nations européennes s’étaient au long des siècles fait la guerre. Avec l’apparition de l’idéologie et de la modernité technologique, ces guerres avaient franchi un seuil critique. On savait désormais non seulement que les civilisations étaient mortelles, mais que l’humanité pouvait s’autodétruire. Belle avancée, en vérité !

Dès lors, l’Europe pouvait constituer une solution. À l’apport – décisif – de la civilisation commune, il suffisait, pensait-on, d’apporter des modes d’organisation sociales puisés dans la doctrine sociale de l’Église : respect de la dignité de la personne, application du principe de subsidiarité ordonné à la fois au respect des nations et à la primauté du bien commun.

Le rêve européen de la papauté

Européen convaincu, certainement en raison des échecs rencontrés pendant la Première Guerre mondiale et plus encore par le constat des destructions engendrées par le second conflit mondial, Pie XII n’a cessé d’encourager à l’union européenne. Dans ses diverses interventions à ce sujet, il a souligné à plusieurs reprises la somme de sacrifices que nécessitait un tel projet. Mais constamment, il a prévenu également : l’Europe ne pourra se bâtir que sur le socle de la civilisation chrétienne. « Si donc l’Europe veut en sortir [de ses déchirements], s’exclame-t-il ainsi en 1948, ne lui faut-il pas rétablir, chez elle, le lien entre la religion et la civilisation ? » S’il insiste à nouveau en 1957 sur le patrimoine chrétien du continent, il rappelle aussi que pour parvenir à une Europe unie « il ne s’agit pas d’abolir les patries […] ».

On dira que, faute d’avoir écouté la voix des papes, l’Europe s’est fourvoyée dans un projet constructiviste, essentiellement techno-économique, loin, en tout cas, de l’idéal de Pie XII. Peut-être que l’Église n’a pas pris suffisamment en compte la « weltanschauung » moderne?(1). Était-il vraiment possible d’espérer des États modernes issus de la Révolution française ce que l’on avait pu entreprendre avec les vieux États chrétiens ? Avec le recul que ne pouvait avoir Pie XII, il semble que la réponse à cette question soit négative.

La jonction du Ciel et de la terre

Au fond, l’Europe se trouve aujourd’hui comme Notre-Dame de Paris. Si les fondements semblent encore tenir, la flèche a été emportée par les flammes. Les projets de reconstruction sont nombreux et suscitent l’inquiétude des hommes de l’art (voir à ce sujet la tribune publiée dans Le Figaro par 1 170 conservateurs et professionnels du patrimoine, qui demandent le respect de la loi en la matière). 

Toutes proportions gardées et dans les limites de l’analogie, il en va de même de l’Europe. Elle est emportée dans un emballement qui la détourne de sa vocation et de sa mission. Il faudra certes reconstruire, et Notre-Dame de Paris et la cathédrale européenne. Pas n’importe comment, bien sûr ! Beaucoup de leviers nous échappent, comme beaucoup de leviers manquaient aux douze hommes qui, au lendemain de la Pentecôte, partirent conquérir le monde pour le Christ. 

On pourra au moins commencer par prendre des forces spirituelles. Par exemple, en allant de Paris à Chartres avec Notre-Dame de Chrétienté lors de la Pentecôte. À l’heure où le point de départ de ce grand pèlerinage (Notre-Dame de Paris) est inaccessible, il est plus que jamais nécessaire de témoigner de la finalité spirituelle de cet édifice qui résume à lui seul la jonction du Ciel et de la terre dont l’Europe fut longtemps la plus belle des incarnations. En route !

1. C’est-à-dire la conception du monde, la vision totale.

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