Quels films et lectures pour méditer le Mystère Pascal ?

Quels films et lectures pour méditer le Mystère Pascal ? L'Homme Nouveau

Le triduum pascal rappelle chaque année le cœur du message chrétien : Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné Son Fils unique pour que le monde soit sauvé.

Dans la démesure de l’amour divin, ce don s’est opéré d’abord dans l’abaissement abyssal de l’Incarnation, puis dans le sacrifice de la Croix. À vues humaines, lorsque Jésus rend l’âme à la neuvième heure, l’aventure qui avait suscité tant d’espoirs se termine par un désastre irréparable. Jusqu’à l’aube du dimanche où les femmes trouveront le tombeau vide.

Rien de plus rassurant, au demeurant, que l’incompréhension de ces malheureuses. Aucune d’entre elles, pas même Marie de Magdala, ne songe à la résurrection. Elles ont beau avoir vu les miracles accomplis par le Maître, maintenant qu’il est mort sous leurs yeux, nul prodige ne se produira plus et, si le corps de Jésus n’est plus là, c’est tout simplement que des profanateurs l’ont dérobé, mettant un comble à la détresse des derniers fidèles. Cette explication, Madeleine s’y accroche, et il faut l’apparition du Ressuscité qui l’appelle par son nom pour qu’elle admette que l’impossible, l’inespéré, s’est produit, que rien ne sera jamais plus comme avant, évidence que les apôtres peineront, eux aussi, à admettre, parce que, et c’est tant mieux, ces hommes taciturnes ne sont pas des exaltés prêts à tout gober. Qu’ils aient ensuite accepté de mourir dans les supplices afin d’affirmer la réalité de l’événement constitue la meilleure preuve qu’il s’est vraiment passé quelque chose d’incroyable le matin de Pâques. « Si le Christ n’est pas ressuscité d’entre les morts, vaine est notre foi, vaine notre espérance et nous sommes les plus malheureux de tous les hommes.» affirme saint Paul.

Pour bien faire, il faudrait s’en tenir à cette nouvelle au-delà de notre compréhension qui, sans bruit, mais pour de bon, a définitivement changé la face du monde : « Christ est ressuscité ! » « Oui, Il est vraiment ressuscité ! »

Reste que, depuis bientôt deux mille ans, on glose, avec génie sous l’inspiration de l’Esprit, besogneusement et sans talent souvent, haineusement parfois, autour de l’événement qui transcende le temps et l’histoire.

Chaque carême voit ainsi de nouvelles publications qui pensent apporter un éclairage neuf à un mystère si lumineux qu’il éblouit ou aveugle nos intelligences étroites. Certaines sont cependant de valeur.

Une passion

Bibliste, Camille Focant propose, avec Une passion, trois récits (Le Cerf, 270 p., 24 €) un commentaire de la Passion à travers les évangiles synoptiques. Il montre comment, à partir d’un récit oral primitif, Marc, tenu pour le premier évangéliste, a élaboré une version écrite de la vie de Jésus, probablement sous la conduite de Pierre dont les souvenirs, même les moins glorieux, sont prégnants dans ces pages. Matthieu et Luc proposeront à leur tour, pour des publics différents, leurs propres récits, marqués par leur personnalité, et leur auditoire particulier.

Entre ces textes, d’un parallélisme évident, existent des divergences. Que disent-elles des faits narrés par les évangélistes, de la sensibilité de ceux-ci ?

L’exercice a déjà été pratiqué et le commentaire des rapprochements, convergences, différences est un exercice laborieux et peu exaltant. Tel quel, il s’agit d’un outil de travail, pas d’un livre grand public ni d’un ouvrage de spiritualité.

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En 1985, le Père Raniero Cantalamessa, aujourd’hui cardinal, a l’honneur de prêcher le carême devant Jean-Paul II et la Curie. L’exercice réclame de la pratique, du talent, des connaissances, un certain élan mystique, quelques dons d’orateur. Le capucin prend pour thème de sa prédication Le mystère pascal dans l’histoire, dans la liturgie, dans la vie (Salvator, 200 p., 18 €). Ce titre donne le ton d’un travail qui ne recherche pas la facilité et s’adresse à des théologiens parfaits connaisseurs, en principe, de thèmes qu’il faudra renouveler pour ne pas les décevoir. L’habileté du Père Cantalamessa est de reste à un niveau élevé, maniant des notions et un vocabulaire que le fidèle de base ne possède certes pas, tout en exposant avec cœur des vérités de la foi à même de toucher chaque croyant.

Cette première édition française offre donc des sermons mêlant le cœur et l’intellect, de sorte que chacun devrait y trouver, en fonction de ses goûts et de sa formation, de quoi nourrir sa méditation. Le lecteur de base n’accrochera peut-être pas à l’étude de l’évolution de la nuit pascale et de la liturgie, ni à la question de savoir ce qui importait davantage, de la commémoration de la mort du Seigneur ou de Sa Résurrection, à l’Église primitive. En revanche, les développements sur « l’heureuse faute » ont de beaux accents.

Le samedi saint

Le Père Daniel-Ange, les années passant, n’a rien perdu de sa fougue et de sa flamme missionnaire. Samedi Saint, nous y sommes (Salvator, 270 p., 20 €) est, comme toujours avec lui, un livre qui secoue. S’y rencontre une pluralité de thèmes, donc de lectures possibles, très intéressante.

Pourquoi, dans l’Église latine, le Samedi Saint est-il le jour vide et désolant de la Semaine Sainte, quand l’Église d’Orient le célèbre comme l’ultime accomplissement de la Rédemption, avec la descente du Christ aux enfers afin de leur arracher les âmes des justes ? Quelle est la portée de ce mystère, qui figure dans le symbole des Apôtres mais fait rarement l’objet de commentaires ? Alors que le silence s’est fait autour du tombeau et de Celui qui semble endormi à jamais dans la mort, Dieu ne cesse d’agir. Quelle place tient Marie, à laquelle le samedi est dédié, dans cette longue veille que l’espérance paraît avoir déserté ? Dieu s’est-il détourné de son Fils et de l’homme ? Ce silence est-il condamnation, réprobation ou attente ? Vivons-nous aujourd’hui le Samedi Saint de l’Église, dans un monde moderne d’où Dieu semble pareillement s’être retiré, laissant l’humanité à ses idoles et sa recherche d’une liberté dévoyée ? Dieu peut-Il abandonner les Siens ou, et le Père Daniel-Ange s’appuie là sur les bouleversantes histoires d’enfants et d’adolescents morts dans des circonstances terribles, victimes d’accident affreux ou d’assassins sadiques, demeure-t-Il présent près de ceux qui souffrent et dont Il soutient l’agonie et l’angoisse ? Sommes-nous à un tournant de l’Histoire, avant-goût ignoré de la Parousie ?

Vous trouverez dans ces pages inspirées de quoi soutenir votre foi au long des jours, et pas seulement de la Semaine Sainte. Un choix de très beaux textes empruntés aux Pères et à l’orthodoxie chantant le mystère du Samedi Saint complète l’ouvrage. Indispensable.

Et si un dessin animé était capable, mieux que tous les discours savants ou fervents, de rendre compte de l’espérance et de la gloire pascales ?

Voyage seraphina

En pleine terreur stalinienne, la milice fait irruption en pleine messe des Rameaux dans une église de campagne et abat le jeune pope à l’autel. Les fidèles sont arrêtés et emprisonnés. Parmi eux, l’épouse du prêtre martyr, aussitôt séparée de leur fillette, Seraphima, que le régime juge « récupérable ».

Conduite dans un orphelinat, l’enfant y est rééduquée afin d’en faire une bonne communiste matérialiste et athée. Bien qu’elle ait presque tout oublié de ses parents, sa foi et son enfance, Seraphima cache précieusement son plus grand trésor, sa croix de baptême, et le signe du salut la préserve sans qu’elle le sache du lavage de cerveau dont elle fait l’objet.

Une seule personne connaît son passé : la femme de charge de l’orphelinat, aristocrate dépossédée de sa demeure et autorisée à rester chez elle comme domestique. Elle décide de sauver l’âme de la petite, pour que le sacrifice de ses parents n’ait pas été vain. À ses risques et périls, elle lui enseigne le catéchisme. Mais, tandis que la foi vient irradier le quotidien sinistre de l’enfant, les forces de l’enfer, usant de tous les moyens dont elles disposent, et d’abord de la jalousie, la mesquinerie, la lâcheté et la bassesse humaines, vont s’acharner sur elle. Soumise aux pires menaces, Seraphima reniera-t-elle le Christ ?

Dire que le film de Serguei Antonov, Le voyage extraordinaire de Seraphima (Saje Distribution, 72 minutes, 19,99 €) est une merveille ne suffit pas à rendre justice à cette réussite. Les dessinateurs font alterner en teintes sombres les malheurs de l’enfant au sein de l’orphelinat, et, dans des couleurs éclatantes servies par un dessin d’une beauté inspirée, l’incursion de Seraphima, guidée par son saint patron, Seraphim de Sarov, vers le Ciel où son père et le Père l’attendent. Rien de kitch, rien de ridicule. Il faut le génie des peintres d’icônes pour représenter si admirablement le Tétramorphe, la cour angélique, la sainte Trinité, et en dire plus, en quelques images, qu’un long discours.

Revenue des portes de la mort, Seraphima témoignera du miracle de la Résurrection et de la compassion du Christ pour l’humanité.

Il est de mauvais ton, actuellement, de dire du bien de ce qui vient de Russie, mais quel miracle, en soi, que, trente ans après la chute du communisme, puisse être réalisé dans l’ex-URSS un film chrétien d’une telle splendeur !

Enfin, mais pas pour les enfants, cette fois, il ne faut surtout pas oublier La Passion du Christ, de Mel Gibson, là encore rééditée par Saje Distribution, vingt ans bientôt après sa sortie si violemment controversée sur les écrans.

Faut-il encore présenter ce film qui, en 2004, valut tant d’ennemis à Gibson, alors à l’apogée d’une carrière qu’il mit sciemment en danger pour réaliser ce projet jugé invraisemblable et qui devait faire tant de bien aux âmes ? C’est un chef-d’œuvre et ceux qui n’y ont vu qu’une violence insoutenable, éreintant une flagellation sanglante et longue de plus de vingt minutes, en oubliant de signaler qu’elle est entrecoupée de flash-back, feignent de ne pas comprendre, ou comprennent trop bien, la portée des mystères douloureux mis en scène ici avec un réalisme presque insupportable, certes, mais qui nous rappelle ce que nous avons coûté au Rédempteur.

Il faut l’avoir vu sur grand écran, dans une salle plongée dans le noir, ce qui permettait de pleurer à chaudes larmes sans se cacher, et constaté le silence estomaqué, le bouleversement du public, musulmans compris, pour saisir exactement la valeur d’un film qui restera comme le plus grand film chrétien de l’histoire du cinéma.

Signalons, pour tous ceux qui n’ont jamais eu cette chance, qu’il reste possible d’assister aux séances organisées avec le concours de Saje, ou de contacter le diffuseur pour en organiser une soi-même au sein de sa paroisse ou de toute autre structure. Personne n’en sort indemne.

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