On ne peut évoquer Racine sans aborder Port-Royal. Nous avons demandé à l’abbé Jean-Robert Armogathe, éminent spécialiste du XVIIe siècle et du jansénisme, de quelle nature étaient les relations du dramaturge avec la communauté qui forma ses jeunes années. Tour à tour attaquant et défenseur, il ne renonça pas pour autant à cet héritage, mais l’assimila à sa façon.
| Quels sont les liens de Jean Racine avec Port-Royal et le jansénisme ?

Jean Racine prit à certains moments la défense de ses amis jansénistes et des religieuses de Port-Royal.
Abbé Jean-Robert Armogathe : Je dirai que
Racine est plus lié au monastère de Port-Royal qu’au jansénisme. Ses liens sont d’abord familiaux : sa grand-tante, une de ses tantes, une grand-mère enfin sont entrées au monastère, et lui-même, orphelin de père et mère, sans ressources, a été recueilli et éduqué, entre 11 et 18 ans, grâce à la générosité des amis du monastère. Des Petites écoles au collège d’Harcourt, il a bénéficié d’une solide culture classique, en latin et en grec, tout à fait unique chez les auteurs contemporains, et c’est ce qui fait son originalité. Ses protecteurs l’orientent vers le droit (il s’en souviendra pour écrire
Les Plaideurs!), mais il préfère une vie mondaine au-dessus de ses moyens : pendant plusieurs mois, en 1661 et 1662, auprès de son oncle, vicaire général du diocèse d’Uzès, il essaie d’obtenir un bénéfice ecclésiastique et étudie la théologie, mais il finit par revenir à Paris et sa fréquentation du monde littéraire lui permet de décrocher à 24 ans, en 1663, une première
pension royale – début d’une belle carrière d’écrivain détaché des débats théologiques.
| Quand Racine rompt avec l’abbaye, en répondant à Pierre Nicole son acerbe Lettre à l’auteur des Hérésies imaginaires et des deux Visionnaires, quel est son état d’esprit ? Cette rupture est-elle une question de fond, une réaction eu égard à une vie personnelle assez relâchée, ou encore un pragmatisme…
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