Au quotidien n°220 : l’aggiornamento danois

Publié le 03 Juin 2021
Au quotidien n°220 : l’aggiornamento danois L'Homme Nouveau

Au Danemark, le gouvernement de gauche, social-démocrate, poursuit une politique restrictive en matière d’immigration que décrit Valeurs actuelles (3 juin 2021).

Devant un Parlement d’abord indifférent, le Premier ministre présente le rachat par l’État d’animaux d’un cirque. En l’occurrence, quatre éléphants, mais aussi un chameau qui s’était manifestement lié d’amitié avec les pachydermes et qu’il était trop cruel de séparer du lot. Décrivant les détails de l’opération et dans un fou rire général qui balaie les clivages politiques entre les bancs, elle remercie au passage les élus de la droite radicale du Parti populaire danois qui ne se sont pas opposés au sauvetage du chameau pourtant prénommé… Ali. Nous étions en 2019 et Mette Frederiksen venait d’être élue avec un programme déjà destiné à couper l’herbe sous le pied de la droite, sur un dossier bien plus central que l’utilisation des animaux sauvages dans les cirques, celui de l’immigration.

Pourtant issue de la gauche, la chef de file des sociaux-démocrates (SD) danois a fait son aggiornamento : « Pour moi, il devient de plus en plus clair que le prix de la mondialisation incontrôlée, de l’immigration massive et de la libre circulation des travailleurs est payé par les classes populaires. » Un constat que les communistes français de Georges Marchais avaient établi au tournant des années 1980, mais qui a été occulté par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, qui s’est ainsi aliéné les classes populaires en question. Mette Frederiksen a donc décidé de sauver le modèle d’État providence déjà menacé chez son voisin suédois, de tradition sociale-démocrate lui aussi et confronté à une immigration nettement plus importante. (…)

insi, la nouvelle Première ministre n’a pas renié ses promesses de campagne en disant qu’elle serait à gauche pour le social et qu’elle poursuivrait la politique de son prédécesseur pour la sécurité et l’immigration. Dès octobre 2019, le Danemark a signifié à ses partenaires européens qu’il ne rejoindrait pas l’accord temporaire de l’Union européenne de répartition des migrants, signé à La Valette trois semaines plus tôt. Sur le plan intérieur, tout demandeur d’asile réussissant à entrer au Danemark fera l’objet d’une procédure inédite entérinée dans un nouveau texte de loi, promulgué ce 3 juin. Une empreinte digitale sera prise et le candidat sera envoyé dans un centre à l’extérieur du Danemark, selon une procédure déjà employée par l’Australie. Copenhague négocie ainsi avec plusieurs pays qui pourraient les accueillir. Il s’agit du Rwanda, mais aussi de la Tunisie, de l’Égypte ou encore de l’Érythrée. Pour les Danois, la compensation pourra s’effectuer en investissements dans l’économie locale, notamment dans le domaine du développement et de la transition écologique. Un réfugié coûte aujourd’hui quelque 40 000 euros par an au contribuable. Ces mesures s’accompagnent d’expulsions de plus en plus nombreuses, notamment de Syriens : 248 d’entre eux viennent de perdre leur titre de séjour. Copenhague (suivi tout récemment par Stockholm) considère en effet que la Syrie offre désormais suffisamment de garanties pour ne plus bénéficier d’un statut de réfugié de guerre. Il reste que pour certains Syriens, considérés chez eux comme déserteurs, le retour peut s’avérer plus que problématique… Pas de quoi choquer les Danois, qui sont de plus en plus hostiles à la présence même de l’islam dans leur pays. Selon une étude de l’université d’Aalborg d’octobre 2019, 39 % d’entre eux sont pour leur expulsion si les immigrés musulmans ne travaillent pas, et 28 % même s’ils travaillent.

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