La pause liturgique : Agnus 10, Alme Pater (Fêtes de la Sainte Vierge)

Publié le 03 Mai 2025
gloria grégorien sanctus agnus

Messe Alme Pater 

 

Agnus Dei Partition agnus

 

Commentaire musical

Voici un des Agnus Dei grégoriens les plus simples et les plus syllabiques, les plus mystiques aussi pourtant, grâce à l’emprunt de sa mélodie au 4e mode. On ne possède de lui que trois sources manuscrites toutes en provenance d’Utrecht, entre le XIVe et le XVe siècles, même si une mélodie très proche se trouve également dans un Missel de Salisbury et un autre de Cantorbéry au XIIIe siècle.

Les première et troisième invocations sont identiques et la seconde présente une certaine variante mais qui ne sort pas de l’atmosphère générale de la pièce, très simple, très contemplative aussi.

L’intonation descend du Mi, tonique du 4e mode vers le Ré et vers le Do, puis remonte par le Ré jusqu’au Mi, formant ainsi une belle courbe humble et priante. L’élévation qui suit, sur les mots qui tollis (Mi-Sol-La), est douce et mesurée, même si elle donne un beau mouvement à la pièce. C’est sur le La que culmine cet Agnus Dei plutôt grave et mystérieux.

La mélodie revient ensuite très doucement vers le Mi en s’attardant quelque peu sur le mot peccáta, dont l’accent, manifesté par un seul petit punctum (Sol) est harmonieusement encadré par deux clivis identiques Sol-Fa. Et c’est sur le mot mundi que s’opère le retour à la tonique avec une cadence redondante sur Mi.

La formule de miserére nobis est une variante de celle de l’intonation mais sans le Do et avec le Fa qui met en valeur l’accent de miserére.

Sur les 24 notes de cette courte invocation, on rencontre 11 Mi, 4 Ré, 1 Do grave, 3 Fa, 4 Sol et 1 La.

La troisième invocation, comme on l’a dit, reproduit à l’identique la première.

La seconde invocation, elle, se situe davantage vers les hauteurs puisque sur Agnus Dei on n’entend que le Sol et le La, et qu’il faut attendre la cadence de mundi pour retrouver le Mi. Le quasi syllabisme de cette formule, lui donne un caractère un peu plus aérien, léger, joyeux. Les deux accents au levé de Agnus et de Dei, sont particulièrement légers de ce point de vue. Et dès les mots tollis peccáta mundi, on a retrouvé déjà la mélodie de la première invocation. Seul le qui de la seconde invocation diffère du qui de la première : un Fa au lieu d’un Mi.

Par contre, l’originalité de cette seconde invocation se fait à nouveau sentir sur les mots miserére nobis, beaucoup plus soutenus que le reste de la pièce : chaque syllabe est dotée d’un neume à l’exception de la finale de nobis. La mélodie s’enroule autour du Mi, faisant entendre le Fa et le Sol à l’aigu, le Ré au grave. Ce miserére nobis doit dont être plus intense que le reste, plus ardemment suppliant.

Cet Agnus Dei tout simple est facile à apprendre et il montre bien en même temps la beauté de l’art grégorien.

 

>> à lire également : Marie co-rédemptrice : un colloque pour rappeler une vérité oubliée 

 

Un moine de Triors

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