L’exégèse poétique de Claudel

Publié le 01 Juil 2025
L’exégèse poétique de Claudel
> L’Essentiel de Thibaud Collin
À partir de sa conversion, Paul Claudel a consacré une part croissante de son œuvre à l’interprétation des Écritures. S’inscrivant dans la tradition spirituelle et théologique de l’exégèse chrétienne, il s’est efforcé de dépasser les limites de la méthode historico-critique, pour faire émerger le sens spirituel du texte biblique.

  À l’orée des vacances estivales, notre âme aspire au loisir véritable. Celui-ci n’est pas le divertissement, synonyme de dispersion et d’agitation. Le loisir est le temps où l’esprit peut enfin se déployer dans sa liberté et se consacrer plus résolument à ses objets propres que sont le vrai – l’être en tant qu’il est connu par l’intelligence – et le bien – l’être en tant qu’il est aimé par la volonté. Or ce qui par excellence nourrit l’esprit dans cette double quête est la Parole de Dieu accessible dans la Bible. Telle est l’expérience que fit Paul Claudel et à laquelle il nous invite dans ses nombreux textes (1) relevant de ce que l’on peut nommer « l’exégèse poétique ». Il peut être pour nous le médiateur d’une lecture amoureuse de la Parole de Dieu, dans la continuité de la grande tradition patristique et médiévale.

Écrire sur les écritures

Claudel après sa conversion ne cesse de méditer la Bible. Mais ce n’est que progressivement, et de plus en plus dans la dernière partie de sa vie, qu’il se consacre à l’écriture sur les Écritures. En cela, il fait d’une pierre deux coups. D’une part il remet la Bible au centre de la haute culture pour répondre au nihilisme désespéré, dont le héraut est Mallarmé. D’autre part, il manifeste en pleine crise moderniste la fécondité d’une manducation de la Parole contre toutes les réductions desséchantes dues à un excès de la méthode historico-critique. Non pas qu’il récuse le sens littéral du texte biblique. « Il ne s’agit pas d’un roman, dit-il, ou de spéculations imaginaires, voilà ce qui a vraiment eu lieu, voilà ce qui s’est inséré dans l’histoire, voilà la chose solide que le chrétien doit tout d’abord appréhender pour comprendre. » (2) Et Claudel de faire l’éloge du père Lagrange, pionnier de l’exégèse catholique au temps de Léon XIII. Mais il critique vertement « l’attention prédominante portée à la lettre » provenant « de cette attitude vicieuse des hommes du XIXe siècle, qui font tout venir d’en bas, d’une…

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Thibaud Collin

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