À l’auteur d’Augustin ou Le Maître est là est enfin consacrée une thèse universitaire de grand relief, celle de Zofia Litwinowicz-Krutnik, Joseph Malègue, entre réalisme intégral et impressionnisme. Les multiples éclats d’une œuvre oubliée, publiée chez Honoré Champion.
Né à La Tour-d’Auvergne d’un père notaire et d’une mère qui était une sainte, Joseph Malègue (1876-1940) resta toute sa vie un semi-universitaire (thèse de sociologie), semi-poète religieux, un contemplatif très marqué par une enfance singulièrement chrétienne. Il a émergé tard en littérature, mais d’emblée au milieu des grands, par un roman et demi, si l’on peut dire, à savoir un roman, Augustin ou Le Maître est là, publié en 1933, et une longue fresque romanesque inachevée, Pierres noires : les classes moyennes du salut, publié en cet état de manière posthume en 1958. En vérité, Augustin ou Le Maître est là eut le très grand succès d’un roman catholique, qui a trouvé sans peine un public réceptif en un temps de « renaissance littéraire catholique » (Cécile Vanderpelen-Diagre), celui de Bernanos (Sous le soleil de Satan, 1926, L’Imposture, 1928), de Mauriac (Thérèse Desqueyroux, 1927), de Julien Green (Adrienne Mesurat, 1927). Sans parler de Proust, dont les références religieuses abondent même si c’est de manière souvent ambiguë, qui brode et rebrode les substitutions analogiques, et auquel l’écriture de Malègue, remarquablement étudiée par Zofia Litwinowicz-Krutnik, fait irrésistiblement penser. Jacques Madaule écrivait d’ailleurs en 1933 qu’il plaçait Augustin immédiatement après À la recherche du Temps perdu. Claudel appréciait dans Augustin la poésie du concret (les saveurs de l’enfance et de la vie estudiantine d’Augustin) jointe à l’intellectualité du propos (la description d’une crise de la raison et de la foi à l’époque moderniste et de son dénouement) : « Vous êtes, écrivait-il à Malègue, un de ces hommes rares qui savent sentir. » Si bien que ses personnages entrent de plain-pied dans l’univers des romans catholiques de son temps de crise moderniste. Par exemple, l’abbé Bourret, le Loisy d’Augustin ou le Maître est là, a des frères avec l’abbé Fauchon du Démon de Midi de Paul Bourget, avec l’abbé Césaire de L’Anathème d’Albert Autin, et avec le colossal abbé Cénabre de L’Imposture de Georges Bernanos.
Une sociologie de la sainteté

Maison natale de Malègue à La Tour-d’Auvergne. © Tonval, CC BY-SA