> DOSSIER n° 1846 : « Antoni Gaudí, centenaire d’un bâtisseur de Dieu »
L’œuvre de Gaudí ne surgit pas ex nihilo : elle s’enracine dans un catholicisme catalan plusieurs fois séculaire, façonné par la Reconquête, nourri par Montserrat et défendu jusqu’à l’époque moderne. Comprendre ce terreau spirituel éclaire l’inspiration profonde de la Sagrada Família et la cohérence théologique de son architecture.
Le génie gaudinien n’est pas né du vide, mais d’un humus spirituel fécondé par des siècles de foi : un substrat catholique catalan vivant et militant. C’est seulement en pénétrant ce sillage spirituel que l’on peut comprendre son affirmation : « Je n’invente rien, je me contente de copier la nature. Pourquoi inventer si elle possède toutes les réponses ? » C’est pourquoi l’on a écrit :
« Pour Gaudí, la nature était l’œuvre de Dieu et, par conséquent, parfaite dans ses formes et ses fonctions. L’architecte croyait que sa mission n’était pas de rivaliser avec la création, mais d’en comprendre la logique divine et de l’appliquer. “L’originalité consiste en un retour à l’origine, qui est la nature créée par Dieu”, répétait-il souvent » (1).
Le substrat spirituel
Selon la tradition, la diffusion du christianisme en Catalogne remonte aux temps apostoliques. Ainsi, saint Paul aurait visité Tarraco – aujourd’hui Tarragone –, la porte naturelle d’entrée dans l’Hispanie, selon l’historiographie (2). Et saint Jacques le Majeur aurait évangélisé Barcino (aujourd’hui Barcelone), ce que, selon la bulle Deus omnipotens du pape Léon XIII (1884), confirmant le patronage de l’apôtre sur l’Espagne, soutiennent « l’ancienneté et la solidité de son culte » ainsi que l’absence de preuves contraires. Au milieu du IIIᵉ siècle existaient déjà des communautés chrétiennes bien consolidées, comprenant même des soldats romains, des serviteurs du préteur et d’autres citoyens illustres (3). À partir des édits de tolérance religieuse de Constantin (édit de Milan, 313) et d’officialité de Théodose (édit de Thessalonique, 380), le christianisme s’étendit de manière extraordinaire sur le territoire de l’actuelle Catalogne (4), jusqu’à être arrêté en 414 par l’invasion des Wisigoths (adeptes de l’hérésie arienne, ce qui entraîna des conflits avec l’Église hispano-romaine) et, surtout, par l’invasion mahométane de 711 (qui détruisit Tarraco, siège métropolitain de l’Église hispanique).
Une armée chrétienne
La menace arabe sur la Gaule incita Louis le…







