La prescription pénale : un enjeu civilisationnel

Publié le 05 Juin 2023
Prescription pénale

Bien qu’existant aussi en droit civil, c’est surtout en matière pénale que la prescription est débattue sur la place publique. Elle est en effet redevenue, ces dernières années, un enjeu d’actualité, avec la multiplication des révélations à propos de crimes et délits sexuels commis à l’encontre de mineurs.   La prescription est, de manière générale, un mode d’acquisition ou d’extinction d’un droit par l’écoulement d’un certain laps de temps. En matière pénale, elle englobe deux notions : d’une part, la prescription des peines (délai durant lequel la justice peut faire exécuter une sanction non encore appliquée) et, d’autre part, la prescription des poursuites (délai durant lequel le ministère public peut engager une procédure ou une victime porter plainte). La prescription des peines éteint le risque pour la personne condamnée de subir la sanction prononcée. La prescription des poursuites est l’une des causes (avec notamment le décès de l’auteur de l’infraction ou l’abrogation de la loi pénale incriminant un acte) d’extinction de l’action publique. 

 
La détermination du point de départ 

Le délai de prescription des peines court à compter du jour où la décision judiciaire est devenue définitive, autrement dit non susceptible de recours. Quant au délai de prescription des poursuites, il débute, en règle générale, le jour de la commission de l’infraction (et non de la découverte des faits) quand celle-ci est instantanée. Cependant, le point de départ peut être reculé : par exemple, quand la victime est un mineur, le délai ne court qu’à compter du jour de sa majorité.  En outre, pour les infractions qui se prolongent dans le temps, la prescription ne commence à courir que du jour où la violation de la loi a pris fin. Ainsi, pour l’infraction répétée (comme le harcèlement), le point de départ est-il reporté au dernier acte commis. Pour l’infraction « occulte » (c’est-à-dire dont les éléments constitutifs sont demeurés pendant un temps dans l’ignorance de l’autorité judiciaire ou de la victime) et l’infraction « dissimulée » (celle dont l’auteur a volontairement mis en œuvre certaines manœuvres pour éviter leur découverte), leur prescription ne démarre qu’au moment du constat de leur existence.   

La variation de la durée 

Dans les deux types de prescription pénale, sa durée est proportionnée, c’est-à-dire qu’elle varie selon la gravité de l’infraction. Dès lors, la démesure du crime contre l’humanité a rendu ce dernier imprescriptible. Avec la loi du 27 février…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Guillaume Bernard, historien du droit et des idées politiques

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéÉducation

Couvent des Minimes de Tours : un lieu royal pour une école…

Initiatives chrétiennes | Fondé par saint François de Paule au XVᵉ siècle, le couvent des Minimes de Tours renaît de ses cendres pour accueillir des élèves et leur offrir un cadre propice à une éducation enracinée culturellement dans le beau. Présentation par Anne Jaubert, chargée de communication, et Louis-Antoine Roullier, président du groupe scolaire Carlo Acutis.

+

couvent des minimes Carlo acutis
À la uneSociété

Carte blanche : L’avenir de l’agriculture

Carte blanche à Judith Cabaud | Alors que l’agriculture entretient la nature et fait vivre les créatures que nous sommes, un grave mécontentement affecte aujourd’hui les éleveurs et les cultivateurs en France. Un jeune paysan d’Auvergne nous explique un peu le fond du problème et il ne s’agit pas seulement de la vie quotidienne.

+

agriculture
SociétéÉducation

Les Français plébiscitent le chèque scolaire

À l’approche des élections présidentielles, la Fondation pour l’école a rendu public un sondage Ifop sur les attentes des Français en matière d’organisation scolaire, de liberté de choix et d’accompagnement des familles. Son directeur, Michel Valadier, souligne l’importance de porter ces questions dans le débat public.

+

chèque scolaire fondation pour l'école
Société

Commentaires sur Internet : une avancée démocratique ?

Dans un ouvrage récent, l'essayiste Mara Goyet offre le décryptage d'une tendance contemporaine : commenter les produits, services et toutes sortes d'expériences de la vie quotidienne. S'agit-il d'une nouvelle forme de communication, du désir d'aider les autres, d'une volonté de puissance ou d'une thérapie ?

+

commentaire