L’Église est-elle pour le contrôle des naissances ?

Publié le 14 Jan 2016
L’Église est-elle pour le contrôle des naissances ? L'Homme Nouveau

Représentant du Saint-Siège à la COP21, le cardinal Peter Turkson a évoqué le 9 décembre 2015, dans un entretien à la BBC, le contrôle des naissances comme une solution. L’enseignement de l’Église encourage la « paternité responsable » et la « régulation des naissances ».

Dans un entretien donné en marge de la COP21 à Paris, le cardinal Peter Turkson, président du Conseil pontifical Justice et Paix, a enchanté les grands médias en assurant que le Pape François a « appelé à un certain degré de contrôle des naissances ». Cela cadre avec la logique malthusienne de ceux qui rendent le nombre des hommes sur terre responsable du « réchauffement climatique » et des catastrophes qu’il est censé devoir amener.

Un consensus à préserver

Le thème de la surpopulation s’est fait discret lors des négociations de Paris. Très présente dans le travail sur le terrain des organisations internationales et des grandes fondations, la diffusion de la contraception est moins ouvertement évoquée lors des conférences sur le climat, pour ne pas mettre en péril le consensus entre nations. Il en fut ainsi à la COP21 où le prince Charles donna le coup d’envoi aux travaux en parlant de notre « pauvre planète encombrée » mais où il fut peu question de « contrôle de la population ».

Qu’un haut responsable du Vatican adopte ce langage, c’est pain bénit pour les pourfendeurs de l’« empreinte écologique » humaine. Le cardinal Turkson a déclaré que « l’Égli­se ne s’est jamais opposée au contrôle des naissances et à l’espacement des naissances et tout ça ». Il a toutefois précisé que dans son esprit les mots « contrôle des naissances » renvoient à l’espacement des naissances par les « méthodes naturelles ».

Cela a déclenché une première controverse dans la mesure où les mots anglais employés, « birth control », désignent clairement la contraception. Autant la régulation des naissances peut être légitime – en respectant des limites « bien larges, en vérité », comme l’enseignait Pie XII en 1951 – autant le « contrôle des naissances » n’est pas compatible avec la loi de Dieu.

Tel a été le tollé que le cardinal Turkson a dû faire marche arrière. Interrogé par Diana Montagna d’Aleteia, il a regretté l’emploi de ces termes : « Lorsque j’ai utilisé l’expression “contrôle des naissances”, ce à quoi je pensais, c’était à l’enseignement traditionnel de l’Église sur la paternité responsable. Ainsi, quiconque verra les termes “contrôle des naissances” dans l’interview de la BBC, devra les comprendre comme signifiant “paternité responsable”. » Son intention était de répondre au journaliste sur son propre terrain, en présentant « l’Église comme n’étant pas hostile ni opposée à l’idée d’espacer les naissances ».

La précision dans le langage est une grande vertu des communicants… En l’occurrence ­elle est arrivée trop tard pour la majorité de ceux qui ont pris connaissance des premières déclarations du cardinal Turkson, très écouté dans le domaine de l’écologie et au premier rang des présentations de l’encyclique Laudato si’.

Renversement

Le deuxième objet de controverse est la question de savoir si le Pape a véritablement présenté la régulation des naissances comme un devoir moral dans le cadre de la lutte contre le « réchauffement climatique » et le manque d’eau et de nourriture. Le cardinal Turkson a ainsi déclaré que « la quantité de population qui est critique pour la réalisation de cet objectif reste à découvrir, cependant le Saint-Père a également appelé à un certain degré de contrôle des naissances ».

L’idée est bien là : il y aurait une obligation morale pour les catholiques de pratiquer la régulation des naissances. C’est un évident renversement de perspective : jusqu’ici, la régulation naturelle des naissances est une possibilité offerte aux couples qui pour des raisons graves, notamment dans le domaine économique ou celui de la santé, peuvent pratiquer la continence pendant les périodes fertiles de la femme tout en restant ouverts à la vie.

En faire une sorte de devoir général est plus que douteux sur le plan de la morale catholique – et c’est en outre une pierre apportée à l’édifice des partisans de la lutte mondiale contre le réchauffement climatique par la réduction de la population. Il faut dire que cette lutte globale a elle aussi été présentée comme une obligation morale pour les catholiques par le cardinal Turkson.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéBioéthique

Transgenrisme (3/4) : Soigner à la française les mineurs tourmentés

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | Christian Flavigny, pédopsychiatre français, a vu venir de loin ce mouvement d’embrasement de la théorie du Genre et s’attache, depuis 2012, à en contrer les ravages chez les mineurs. La manifestation de ce qu’on appelle « dysphorie de Genre », chez l’enfant, est un tourment auquel la psychologie, telle qu’elle est pratiquée en France, peut et doit apporter son aide.

+

transgenrisme genre mineur
À la uneSociétéBioéthique

Transgenrisme (2/4) : Les autorités et le corps médical vont-ils enfin ouvrir les yeux ?

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | En France, le droit à l’auto-détermination de genre a fini par s'imposer, que ce soit dans le domaine médical ou juridique. Et la récente note de cadrage de la Haute Autorité de Santé ne laisse pas espérer une meilleure prise en charge des mineurs dits en « questionnement de genre », alors que de nouvelles études internationales prouvent scientifiquement le caractère inutile, voire nocif, des démarches « trans-affirmatives ».

+

transgenrisme médiale
SociétéBioéthique

Transgenrisme (1/4) : Une révolution en marche

DOSSIER n° 1855 « Transgenrisme : quel avenir pour nos enfants ? » | L’idée de changer de sexe ne date pas d’hier, mais sa mise en application sociale, politique, voire anthropologique est une réalité désormais à la portée de tous. À l’école ou en compétition sportive, dans les lois et les cliniques, le mouvement a pris une ampleur inédite, au niveau mondial. Et quoiqu’on perçoive la montée d’une saine opposition, le combat reste prégnant.

+

transgenrisme
ChroniquesSociété

La « Nouvelle France » : concept ou création ?

C’est logique ! de François-Marie Portes | Les récentes élections municipales ont laissé penser qu'émergerait une « Nouvelle France » portée par le parti de Jean-Luc Mélenchon. Que révèle cette notion et surtout quelle logique démontre-t-elle ? En utilisant des termes flous, ne cherche-t-on pas à rassembler autour d'un réel « fabriqué » ?

+

nouvelle france