Dans la perspective de la miséricorde

Publié le 14 Jan 2016
Dans la perspective de la miséricorde L'Homme Nouveau

À la lumière de la vérité

Nous sommes entrés depuis le 8 décembre dernier dans l’Année de la Miséricorde comme l’a voulu le Pape François. Cette année jubilaire, année de grâce, de joie et de pénitence, donne le vrai « ton » à 2016 et sa véritable orientation. Il n’est donc pas trop tard pour souhaiter à tous nos lecteurs une sainte année jubilaire, dans ce pèlerinage vers le port du salut, cette éternité que nous avons trop tendance à oublier aujourd’hui.

L’Homme Nouveau a consacré en novembre dernier un numéro hors série aux jubilés, qui aborde dans sa première partie ce qu’est la miséricorde et son rôle dans l’économie du Salut (1). Aussi, ne devrais-je pas revenir plus avant sur ce sujet, pourtant par nature inépuisable tant il invite à plonger dans les mystères de Dieu lui-même et à les méditer.

Il faut cependant parfois constater chez certains catholiques un double mouvement étonnant vis-à-vis de la miséricorde. Certains s’en méfient, la réduisant à une notion vague et floue, propre au sentimentalisme, une sorte d’irénisme moderne, dissolvant de la force et du jugement. Parallèlement, d’autres chrétiens, certainement les plus nombreux, évacuent sous prétexte de miséricorde tout l’ordre moral, toute notion d’efforts, de réparation et jusqu’à l’idée même de justice divine.

Les deux erreurs sont évidemment symétriques et pèchent en raison d’un fondement identique : un dévoiement de ce qu’est réellement la miséricorde. Dans la Catena Aurea, merveilleux recueil de commentaires des évangiles par les Pères et divers auteurs spirituels, saint Thomas d’Aquin rapporte cette sentence dans les pages consacrées aux Béatitudes : « La justice sans la miséricorde n’est que cruauté, et la miséricorde sans justice n’est que faiblesse. » (2)

C’est une indication assez claire de cet équilibre que nous avons perdu, oscillant sans cesse d’une erreur à l’autre, rejetant la miséricorde auquel nous appelle pourtant le Christ (cf. les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles), dans une dénaturation de cette vertu morale (du côté de l’homme) qui finit par atteindre dans notre perception la miséricorde divine elle-même. Saint Augustin nous avertit pourtant à propos de la séparation radicale que notre époque veut introduire entre la miséricorde et la justice divine : « Toutefois, mes frères, gardez-vous de croire que ces deux attributs puissent être séparés en Dieu. Il semble, en effet, qu’ils soient contradictoires, et que la miséricorde ne devrait point se réserver le jugement, comme le jugement devrait se faire sans miséricorde. Dieu est tout-puissant, et dans sa miséricorde Il exerce la justice, comme dans ses jugements il n’oublie point la miséricorde. » (3)

Quel honneur ?

Le déséquilibre est permanent aujourd’hui, la plupart du temps lié à un jugement faussé, sous l’emprise de l’émotion, de l’idéologie ou des modes du moment. Récemment, le Président de la République a cru bon d’attribuer la Légion d’honneur à titre posthume aux morts de Charlie Hebdo. Il ne s’agit pas ici de se lancer dans une défense de cet ordre en lui-même, hors de propos ici. Reste que le code de cette institution prévoit qu’elle est attribuée en « récompense des mérites éminents acquis au service de la nation soit à titre civil, soit sous les armes ». Le fait de mourir sous les coups d’une attaque terroriste, après avoir passé son existence à attaquer et à dénigrer les plus hauts corps constitués (L’Église, l’État, l’armée), suffit-il à élever cette action de subversion permanente au rang de « service de la nation » ?

Force et violence

Un an après les attentats en question, et quelques mois après ceux de novembre 2015, ce n’est pas seulement la confusion qui règne dans les esprits, mais c’est continuellement un renversement idéologique qui est institué par les détenteurs du pouvoir dans une dénégation permanente du bien commun. À ce sujet, que l’on me permette de conseiller la lecture de notre petit livre consacré à l’affaire Charlie Hebdo. Il vient de connaître son deuxième tirage (4). Un an après, la récente décision de François Hollande comme le matraquage médiatique permanent sur ce sujet, il vaut encore la peine de prendre le temps de réfléchir sur le véritable sens de cet évènement et sur sa portée réelle. En complément, on lira également avec profit le dossier du dernier numéro de la revue Sedes Sapientiæ (5), sur les distinctions doctrinales à opérer entre force et violence (juste et injuste).

Un des premiers actes de résistance à poser contre la violence injuste transportée par l’idéologie révolutionnaire ne se trouve-t-il pas justement dans cet effort de formation nécessaire pour y voir clair en ces temps difficiles ? À cette tâche, impérative et urgente, nous entendons, ici, œuvrer plus que jamais.

1. H.-S. n° 21, Jubilés. De 1300 à 2015, 66 p., 7 €.
2. Chaîne d’or sur l’évangile selon saint Matthieu, chap. 5, verset 7, traduction de J.-M. Peronne, Louis Vivès éditeur, 1868.
3. « Deuxième discours sur le Psaume 32 », Œuvres complètes de saint Augustin, traduction sous la direction de M. l’abbé Raulx, tome VI, Bar-le-Duc, 1866.
4. Sous la dir. de Philippe Maxence, Face à la fièvre Charlie, Éd. de L’Homme Nouveau, 126 p., 9 €.
5. www.chemere.org

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