« La Croix de Jésus » de Louis Chardon, une leçon de tendresse divine

Publié le 19 Mai 2024
croix de jésus création

La Croix est au cœur de la Création elle-même. © Gemäldegalerie, CC BY-SA 4.0

Le dominicain Louis Chardon, théologien et prédicateur du XVIIe siècle aujourd’hui bien oublié, est l’auteur de La Croix de Jésus dont Les Belles Lettres proposent ces temps-ci une réédition, avec une introduction de l’écrivain et philosophe Romain Debluë. Celui-ci éclaire pour nous le mariage de la théologie et de la mystique, de la souffrance et de l’amour chanté par le religieux. Entretien.

 

| Louis Chardon n’est certes guère connu aujourd’hui, qui fut-il ?

Jean Chardon, qui prit en religion le prénom de Louis, fut l’exact contemporain de Descartes. Il naquit en 1595 à Clermont-de-l’Oise et mourut en 1651, à Paris. Dominicain, traducteur de sainte Catherine de Sienne et de Jean Tauler, excellent connaisseur des Pères de l’Église et de saint Thomas d’Aquin, il eut une vie discrète et secrète. Son génie s’épanouissait dans la pénombre des couvents de son Ordre, où seulement il trouvait le silence nécessaire à l’expression des grâces d’intelligence et d’amour qu’il recevait. Entré au couvent parisien de l’Annonciation à l’âge de 23 ans, il fut ensuite envoyé à Toulouse, en 1632, mais on ignore si le voyage se fit. En 1645, en tout cas, il est à Paris de nouveau, et prépare la publication de son chef-d’œuvre, La Croix de Jésus, qui paraîtra deux ans plus tard. Il mourut en 1651, probablement de la peste. Il était alors prédicateur de son couvent.  

| Quelles sont ses influences intellectuelles et théologiques ? En quoi son œuvre marie-t-elle théologie et mystique ?

Dominicain, Louis Chardon connaissait parfaitement saint Thomas d’Aquin ; mais en outre, il l’aimait ; et lorsqu’il le cite, ce n’est jamais par seul souci de rendre les hommages dus à la figure intellectuelle tutélaire de son Ordre. De même, il ne se contenta pas de lire sainte Catherine de Sienne : il en donna la première traduction en langue française. Et l’on voit déjà dans la rencontre de ces deux œuvres, celle du Docteur commun et celle de l’une des plus grandes mystiques de l’histoire, paraître son goût pour ce que vous avez très bien nommé un « mariage », celui de la science sacrée (théologie) et de la science savoureuse (mystique). Au reste, cela ne doit pas surprendre : rien n’est moins étranger à la tradition dominicaine, qui est celle sur ce point de toute l’Église, que de séparer théologie et mystique. D’où peut-on…

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Élie Collin

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