Cardinal Caffarra, un témoin de l’espérance

Publié le 08 Sep 2017
Cardinal Caffarra, un témoin de l’espérance L'Homme Nouveau

« Il a servi l’Évangile avec joie et a aimé l’Église intensément » a dit de lui le pape François. Le cardinal Carlo Caffarra, archevêque émérite de Bologne, nous a quitté ce mercredi 6 septembre à l’âge de 79 ans. Les voies du Seigneur sont impénétrables. Alors que nombreux sont assaillis par des doutes, notamment dans le champ de la pastorale conjugale et familiale, ce docteur au jugement d’une grande acuité disparaît. Mais ses nombreux écrits restent. Ainsi que les souvenirs de ceux qui l’ont connu et pour lesquels il n’a jamais été avare ni de temps, ni de conseils avisés. Ainsi il demeure un exemple et un guide éclairant ceux qui restent et, soyons-en certains, intercédant pour eux. Thibaud Collin, qui a connu le cardinal Caffarra retrace ici l’itinéraire d’une vie au service de Dieu, l’Église et la famille.

Ordonné prêtre en 1961, docteur en droit canon de l’université Grégorienne (Rome) avec une thèse sur la finalité du mariage, il se spécialise en théologie morale et enseigne dans différents séminaires et devient professeur de morale fondamentale à la faculté de théologie de Milan et d’éthique médicale à la faculté de médecine du Sacré-Cœur à Rome (Il a publié en 1981 un remarquable compendium de la morale chrétienne : Viventi in Christo, réédité en 2006, Edizioni Cantagalli, Siena). En 1974, le bienheureux Paul VI le nomme membre de la Commission théologique internationale. En 1980, il est expert au synode sur le mariage et la famille dont sortira l’exhortation apostolique Familiaris consortio. Saint Jean-Paul II le charge en janvier 1981 de fonder et de présider l’Institut pontifical d’études pour le mariage et la famille auquel le pape polonais donne son nom. En 1995, il est nommé évêque de Ferrare puis archevêque de Bologne fin 2003. Benoit XVI le crée cardinal en 2006. Depuis 2015, il était archevêque émérite et vivait très simplement dans un petit appartement jouxtant le séminaire de Bologne.   

Un proche collaborateur de Jean-Paul II

Avec le cardinal Caffarra s’éteint l’un des plus proches collaborateurs de saint Jean-Paul II ; un de ceux qui a le mieux compris sa philosophie de la personne et l’approfondissement théologique que le saint pape a apporté à la doctrine chrétienne sur la sexualité, le mariage et la famille (Voir son Etica generale della sessualità, Arès, Milano, 1992. Ce livre est lisible ainsi que la plupart de ses articles, conférences et homélies sur le site www.caffarra.it) Développement providentiel et prophétique au vu des bourrasques que notre monde affronte, celles-ci représentant autant de défis que l’Eglise doit relever : l’altération du sens du mariage, la fragmentation des familles, les procréations artificielles et, de là, le transhumanisme, la revendication homosexuelle etc. Proche de Don Giussani, le fondateur de Communion et libération, il partageait son souci d’aller au cœur des débats traversant la culture et la société civile de son temps. Il puisait dans sa grande connaissance de saint Thomas d’Aquin, les outils métaphysiques et moraux pour exercer son discernement sur des questions souvent concrètes et pastorales. Il a ainsi écrit des textes décisifs sur le lien entre conscience et vérité, sur la place du Magistère dans la formation de la conscience morale ou encore sur la juste acception du concept de gradualité dans l’accompagnement pastoral. Lecteur assidu du cardinal Newman mais aussi de Kierkegaard, il avait l’art dans ses écrits et ses conférence (1) de poser clairement le problème et de déployer son argumentation de manière à amener l’intelligence de son auditoire à goûter existentiellement la vérité, à la faire sienne afin qu’elle détermine les choix de vie.

Dimension apocalyptique du combat actuel

Il était aussi profondément marqué par son amitié avec Don Divo Barsotti, théologien et mystique (sur ce prêtre, voir ici). Il vivait avec gravité les débats actuels sur la juste interprétation du chapitre 8 d’Amoris laetitia, d’autant que son cœur paternel de pasteur ressentait intensément le caractère destructeur du péché dans la vie de la personne humaine. Il avait une vive conscience que le combat actuel sur le sens de la sexualité humaine et sur l’indissolubilité du mariage avait une dimension apocalyptique. Il déclarait le 16 février 2008 à l’occasion d’une visite dans le pays de Padre Pio, saint pour lequel il avait une grande vénération :

« Quand j’ai commencé cette œuvre (la direction de l’Institut Jean-Paul II) que m’a confiée le Serviteur de Dieu Jean Paul II, j’ai écrit à Sœur Lucia de Fatima par l’intermédiaire de son évêque (on ne peut pas l’approcher de façon directe). Je ne m’attendais pas à obtenir une réponse de sa part puisque je ne lui demandais que des prières. Cependant, en l’espace de quelques jours, j’ai reçu une très longue lettre de sa main. Elle est maintenant dans les archives de l’Institut. On peut trouver écrit dedans : « La bataille finale entre le Seigneur et le royaume de Satan portera sur le mariage et la famille ». Elle ajoute également : « N’ayez pas peur : tous ceux qui travaillent à la sainteté du mariage et de la famille seront toujours combattus et l’on s’opposera à eux de toutes les façons possibles, parce que ce sont des points décisifs ». Enfin, elle conclut : « Toutefois, Notre Dame lui a déjà écrasé la tête » 

Ces mots prennent un relief saisissant lorsqu’on se souvient que c’est un 13 mai, jour des apparitions de la Vierge à Fatima, que saint Jean-Paul II a failli être assassiné, jour où il venait de fonder l’Académie pontificale pour la vie. Pendant sa convalescence, le pape avait témoigné qu’il offrait ses souffrances pour la famille.   

Fidèle au pape

On peut dire qu’il a pleinement vécu cette gigantesque bataille, au côté et à la suite de saint Jean-Paul II, en ayant toujours le souci d’obéir au pape quel qu’il soit. Il déclarait quand on essayait de l’opposer au pape François qu’il préférait qu’on dise de lui qu’il avait un amant plutôt que de l’accuser d’une telle attitude ! Ce qui ne l’a pas empêché, inspiré par la charité du pasteur attentif à son troupeau, de demander instamment au Saint-Père des éclaircissements sur certains points controversés de l’exhortation apostolique sur le mariage et la famille. Contrairement à ce que certains ont affirmé, le cardinal Caffarra avait entrepris cette démarche avec courage et humilité, pour honorer sa mission de cardinal, collaborateur du pape, et non pas par esprit de division et rigorisme doctrinal.

Jusqu’au bout il a témoigné de son espérance, même s’il souffrait beaucoup de certaines situations ecclésiales actuelles. A un prêtre qui était venu le rencontrer quelques jours avant sa mort, il répondit en larmes : «Le Seigneur n’abandonnera pas son Eglise. Les Apôtres étaient douze et le Seigneur recommencera avec quelques-uns. Imaginez la souffrance de Saint Athanase, qui a été laissé seul pour défendre la vérité par amour du Christ, de l’Eglise et des hommes. Nous devons avoir la foi, l’espoir et le courage».

Oui, n’en doutons pas le cardinal Caffarra est encore plus grand mort que vivant.

Note :

1°) Par exemple, dans L’amore insidiato, recueil d’articles sur des sujets aussi divers que « Le père et la question de l’origine », « La famille, vérité et histoire », « Le sacrement devient drame : la crise dans le mariage », « Le fils, don ou droit ? », « Famille, bioéthique et politique », « Mariage et bien commun », L’euthanasie néonatale : proposition de réflexion éthique » etc. Edizioni Cantagalli, Siena, 2008

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