Alep en Syrie, une guerre préparée depuis la Turquie

Publié le 13 Mar 2017
Alep en Syrie, une guerre préparée depuis la Turquie L'Homme Nouveau

À la demande de Paris, le 22 novembre 2011, une résolution fut adoptée par l’Assemblée générale de l’Onu condamnant « la répression sanglante » commise par le régime de Bachar Al-Assad. Ce vote, se félicita Alain Juppé, démontrait la « forte mobilisation de la communauté internationale qui proscrivait ainsi les graves violations des droits de l’homme commises par le régime syrien ». Ce qu’Alain Juppé ne disait pas, c’est que les services français (la Direction générale de la Sécurité extérieure [DGSE], le Commandement des Opérations spéciales [COS], et peut-être la Directions du Renseignement militaire [DRM]) étaient déjà sur place. De concert avec les Britanniques, les Français organisaient la rébellion dans le but de faire chuter Assad. Deux moyens étaient mis en œuvre. Premièrement, l’entraînement et la formation des combattants déserteurs syriens depuis la Turquie et le Liban (une partie de l’Armée syrienne libre, ASL). Secondement, alimenter le conflit de l’extérieur par le trafic d’armes aux frontières de la Syrie. Ces étapes étaient assurées par les Services de renseignement français. Par la suite, ce qui était prévu, c’est que l’Otan prenne la relève (Reprise d’une information du Canard Enchaîné du 23 novembre 2011).

En Syrie même, l’insurrection débuta à Deraa puis se propagea au nord par les villes de Damas, Homs, Lattaquié. En 2011, et jusqu’au mois de mai 2012, Alep, capitale économique de la Syrie, se tenait à distance des émeutes.

Le martyre d’Alep

En mai 2012, l’intervention des services de sécurité syriens sur un campus étudiant annonça le soulèvement d’Alep. Cependant, ce fut seulement en juillet 2012 qu’une « coalition fit mouvement depuis la Turquie » (Conférence de Jean-Pierre Filiu, ancien diplomate, professeur en histoire contemporaine à Sciences politiques). Apparemment, les déserteurs syriens formés par la DGSE n’étaient pas encore suffisamment préparés en mai 2012. D’ailleurs, les trois mois qui séparent la brutale répression des étudiants de la prise d’Alep Est par la coalition armée, résonnent comme un attentisme sans fondement, sorte de drôle de guerre sans justification dans une guerre civile.

Pourquoi Alep ? L’intention est évidente. Alep était ciblée car, en tant que capitale économique, la perte de celle-ci devait engendrer la chute du régime syrien. D’après l’Occident qui souhaitait sa disparition le régime syrien était condamné. Il fallait juste accélérer le calendrier. Dès 2011, les gouvernements français et britanniques et ceux du monde arabe envisageaient d’en finir. En 2011, la Ligue arabe évince la Syrie de son organisation. En février 2012, les ambassadeurs américains quittent le territoire syrien. Un mois plus tard, en mars, les Français les suivent. Autrement dit, on ne discute plus, on agit. Et on dit, comme Laurent Fabius, succédant à Alain Juppé, « le régime syrien doit être abattu et rapidement (…). M. Bachar Al-Assad ne mériterait pas d’être sur la terre ».

La Turquie

Tout au long du conflit, la Turquie sera le principal siège de cette guerre civile syrienne soutenue de l’extérieur. Si, après l’utilisation des armes chimiques du 20 août 2013, le Conseil Militaire Suprême (CMS) fut contesté (En décembre 2012, la conférence d’Antalya, en Turquie, in­stitua le Conseil Militaire Suprême afin de centraliser les actions de l’ASL. Cette conférence fit du CMS l’interlocuteur unique de la résistance syrienne auprès de ses soutiens extérieurs. D’après Charles Lister, analyste du Middle East Institute, expert notamment des affaires syriennes), il n’en demeura pas moins que la Turquie conserva une forte influence dans le front du Nord, en recevant le MOM, tout comme le MOC (cf. « The Free Syrian Army : a decentralized insurgent brand » par Charles Lister, novembre 2016. Le MOM, comme le MOC, sont les abréviations que Charles Lister emploie pour désigner les commandements établis en Turquie et Jordanie, et qui se substituèrent au CMS après 2013) s’établit en Jordanie, chacun de ces commandements militaires accueillant des officiers de plus d’une douzaine de pays. Il faut constater, cependant, un traitement médiatique différencié des utilisations de gaz sarin. Car en effet, lorsque la coalition rebelle Fatah Halab dite modérée, formée en 2015, en fit usage contre le bastion kurde d’Alep, cela ne souleva pas une réprobation massive des médias occidentaux (cf.).

La politique française de soutien aux groupes armés a échoué suite à la capitulation « des rebelles » d’Alep en novembre 2016. La conférence d’Astana, au Kazakhstan, entérina un règlement iranien, et russo-turc du conflit qui reléguait les Occidentaux aux rôles d’observateurs. Si la guerre n’est pas terminée, elle aura contribué à la montée en puissance d’une armée djihadiste internationale. Désormais, 45 000 hommes (Frédéric Pichon, Syrie : pourquoi l’Occident s’est trompé, p. 79, Éd. du Rocher, 132 p., 13,50 €)  sont aux portes de l’Europe, et entre eux et nous, il n’y a plus qu’un régime alaouite épuisé, une Turquie divisée et la base russe de Tartous.     

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