Au quotidien n° 260 : les classiques sont-ils fascistes ?

Publié le 01 Oct 2021
Au quotidien n° 260 : les classiques sont-ils fascistes ? L'Homme Nouveau

Dans le dernier numéro de La Revue des Deux mondes (octobre 2021), Xavier Darcos s’interroge sur la mise en question idéologique des classiques, menée conjointement par des militants « woke » et des universitaires de plus hautes institutions académiques américaines.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la remise en cause de l’enseignement de l’histoire gréco-romaine n’est pas la soudaine lubie d’activistes obtus ou de groupuscules incultes. Ce sont des universitaires eux-mêmes, souvent connus et respectés, qui, aux États-Unis, se sont lancés dans cette étrange autorépudiation. (…) À Stanford même, où professent une vingtaine de Prix Nobel (et qui accueillit des maîtres comme Michel Serres ou René Girard), le professeur Danel Padilla Peralta enseigne la République romaine et le début de l’Empire, ainsi que la réception classique dans les cultures contemporaines. D’origine dominicaine, il a étudié à Princeton et en sortit major de sa promotion en 2006. C’est alors qu’il s’est reproché de trahir ses origines et qu’il s’est lancé dans une « décolonisation de son esprit », en se retournant contre son propre savoir. Dans un article récent du New York Times (1), il exprime sa volonté de « sauver les classiques de la blancheur ». (…) On pourrait imaginer que cette phobie subite est liée à la destinée personnelle de cet universitaire qui dut se battre contre la pauvreté et les préjugés raciaux pour s’imposer, grâce à ses capacités intellectuelles exceptionnelles (2). Il n’en est rien. Ses positions sont confortées par d’autres spécialistes des lettres classiques, sans qu’ils aient le même passé que lui, telle Donna Zuckerberg, la fondatrice du site Eidolon. Elle y affirme la toxicité du monde antique, en particulier sa misogynie : « C’était une époque où il n’y avait pas de mot pour le viol, le féminisme n’existait pas et les actions des femmes étaient déterminées par des parents masculins. (3) » Si bien qu’elle en arrive, elle aussi, à poser la question du maintien de la matière qu’elle enseigne car cette discipline « a été historiquement impliquée dans le fascisme et le colonialisme, et continue d’être liée à la suprématie blanche et à la misogynie ». Au passage, ces procureurs confondent les fictions mythologiques (qui narrent en effet des violences sexuelles et des abus de toute nature) avec la réalité d’une société à qui de telles mœurs font horreur. La mythologie est une banque d’images et de structures narratives que personne ne prenait au premier degré, pas plus que nous ne croyons aux citrouilles changées en carrosses. Nous nous étions habitués à la rengaine selon laquelle les langues anciennes seraient surannées et inutiles, comme en témoigne leur quasi-disparition dans la formation des élèves d’aujourd’hui. Mais l’argument de leur dangerosité morale nous avait été jusqu’ici épargné. Que reproche-t-on à l’étude de l’Antiquité classique ? En gros, d’avoir illustré, magnifié et justifié toutes les oppressions. Pêle-mêle : l’esclavage, la colonisation, le racisme, le fascisme, le nazisme, la misogynie, la pédophilie, la croyance en une supériorité de la race blanche.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociété

L’ultra gauche, levier politique de l’extrême gauche ?

Depuis les premiers blocages lycéens en septembre jusqu’aux importantes manifestations de ces dernières semaines, l’ultra gauche s’est emparée du mouvement par la violence. Associée à l’extrême gauche, elle s'en distingue pourtant fondamentalement, parson opposition au système, aux institutions et à toute autorité. Malgré son refus de participer à la lutte républicaine menée par l’extrême gauche, ne joue-t-elle pas le jeu de cette dernière ?

+

ultra gauche extrême gauche
À la uneSociétéÉducation

François-Xavier Clément : Il faut retrouver l’élan missionnaire et catholique de l’école… catholique

Entretien | Dans L’Enseignement catholique hors-la-loi ?, un petit ouvrage percutant, François-Xavier Clément, fondateur de Saint-Joseph Éducation et directeur du Centre de formation de l’éducation intégrale, dresse l’historique de la soumission de l’école catholique à l’État et appelle à revenir à l’origine surnaturelle de la mission éducative de l’Église.

+

enseignement catholique éducation école
SociétéBioéthiqueÉducation

La santé, cache-sexe de l’idéologie progressiste

La mainmise de l’État sur tous les domaines de la vie est particulièrement flagrante dans ce qu’il est convenu d’appeler la « santé sexuelle ». Sous le prétexte sanitaire se dissimule une nouvelle « morale » qui risque de condamner à terme toute résistance à une idéologie encourageant les comportements les plus déviants et toute référence à l’Évangile.

+

santé sexuelle gouvernement
Société

Mettre le feu

L’Essentiel de Joël Hautebert | Deux événements de ces derniers jours font ressortir le contraste brutal entre la jeunesse chrétienne et celle des lycéens en colère. Mais quoi d’étonnant pour celui qui sait ce qui enflamme les uns et les autres ? Une feuille de route a été donnée par Léon XIV à ceux qui recherchent la vie éternelle, laquelle ne leur sera offerte qu’au bout d’un engagement spirituel enraciné dans le charnel.

+

feu jeune jeunesse pape manifestations
SociétéLectures

Comment je suis devenu petit !

Carte blanche à Yves Chiron | Anthony Aubé a 42 ans et mesure 1,15 m. Il est atteint d’une pathologie désormais bien identifiée : la DSEC (dysplasie spondylo-épiphysaire congénitale), une des formes de ce que l’on appelait jadis le « nanisme ». Dans Comment je suis devenu petit !, il s’exprime sur ses difficultés de santé, ses défis scolaires et professionnels mais aussi sur le droit à la vie.

+

Anthony Aubé nain petit livre
Société

Avis d’épidémie en année électorale

C’est logique ! de François-Marie Portes | Les débats en vue de l'élection présidentielle abondent. Un peu de logique... et d'humour peuvent aider à appréhender sereinement ces élections et y voir clair dans les divers discours.

+

élection présidentielle électoral épidémie