La Croix (19 mai 2021) donne la parole à deux spécialistes des questions de démographie sur les moyens de relancer la natalité en France. Haut-commissaire au plan, François Bayrou, avance, en effet, l’idée d’un « pacte national pour la démographie », qui aurait deux leviers : « Avoir plus d’enfants ou accueillir des personnes d’autres pays ». Au regard de la situation générale de la France, la réponse semble pourtant évidente.
Pour Marc de Basquiat, Consultant en politiques publiques, « Il faudrait, avant tout, que la politique familiale devienne lisible par les Français, ce qui est aujourd’hui très loin d’être le cas. Si l’on met bout à bout les aides sociales, fiscales et familiales proprement dites, il n’existe pas moins de dix mécanismes d’aide monétaire, tous calculés de manière différente, et sans toujours de cohérence. Qui peut s’y retrouver ? Or ce maquis, en plus d’être peu clair, n’est pas toujours juste. Ainsi, un couple marié avec un enfant n’a droit à aucune aide monétaire, contrairement aux plus pauvres, mais aussi aux plus riches, qui bénéficient des aides fiscales. À l’inverse, il faut que les couples sachent sur quelles aides ils peuvent compter. Qu’on leur donne un chiffre précis. » (…) Quant à l’argument de l’immigration, souvent avancé comme une partie de la solution, il me semble devoir être utilisé avec prudence. Il est vrai, d’un point de vue strictement économique, que quand un pays a les moyens de bien accueillir les immigrés, c’est une chance sur le plan démographique, et que très vite la natalité repart à la hausse. Les immigrés n’ont pas plus d’enfants que les Français d’origine, mais ces naissances supplémentaires viennent mécaniquement s’additionner aux autres, et les chiffres remontent. Cependant, si le pays n’est pas en mesure de bien intégrer ses immigrés, alors des problèmes politiques peuvent se poser. Aussi cette solution, selon moi, ne peut être appréhendée sous un angle technique. il s’agit d’un choix politique. (…)
Démographe, professeur à l’université Paris 4, Gérard-François Dumont souligne : « Pour relancer la natalité, il suffit de revenir à ce qui a fait le succès de notre politique familiale pendant des décennies : son universalité. Il faut cesser de faire des entorses à ce principe et confondre la politique familiale avec une politique sociale redistributive. (…) Ceci dit, tout n’est pas une question d’allocations familiales. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’il ne faut pas, selon moi, les verser dès le premier enfant, mais à partir du deuxième enfant seulement. Car elles ne permettent pas de lever le frein principal lorsqu’on commence à fonder une famille. Les vrais problèmes des jeunes couples, ce sont le coût du logement et la conciliation entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Les deux questions auxquelles il faut donc répondre sont les suivantes : comment vais-je loger ma famille ? Comment vais-je pouvoir continuer à travailler tout en élevant mon enfant ? Et cela ne passe pas par les allocations familiales mais par diverses mesures à l’échelon local.