Au quotidien n°235 : une critique de l’économie moderne

Publié le 24 Juin 2021
Au quotidien n°235 : une critique de l’économie moderne L'Homme Nouveau

La critique du système économique moderne peut être juste sans pour autant être suffisant. Si la solution chrétienne (de gauche ?) consiste à revenir à Kant, comme Marianne (18 juin 2021) le fait dire au père Gaël Giraud, nous ne sommes certainement pas au bout de nos peines. Quant au « Grand Djihad »…

L’un est directeur de recherche au CNRS et prêtre jésuite. L’autre est économiste, écrivain et musicien sénégalais. Ensemble, ils publient “l’Économie à venir”. (…)
Pour l’essentiel, Gaël Giraud et Felwine Sarr partagent un même constat. Celui d’une époque contaminée par l’économie, devenue une fin en soi alors qu’elle devrait n’être qu’un instrument au service de l’humain. Qu’il s’agisse du rapport au temps, des relations au vivant, de nos propres représentations anthropologiques (à travers la figure de l’ homo œconomicus ), l’économie occupe désormais une position de « toute-puissance ». Et ce, alors que l’économie néoclassique, qui conduit à des politiques aux conséquences dramatiques pour les populations, repose sur des fondements scientifiques discutables. Ainsi du mythe de la « monnaie neutre », présupposé brandi par l’économie néoclassique « en dépit de tout bon sens » pour Gaël Giraud. D’où la nécessité, pour les auteurs, de repenser les fondements et les présupposés de la science économique, de décloisonner les disciplines, de réécrire les manuels d’économie et de s’ouvrir aux idées humanistes issues d’autres cultures. Par-dessus tout, il s’agit pour les auteurs de remettre l’économie à sa place. L’Économie à venir ne saurait se réduire à un ouvrage d’économie critique. La conversation s’engage en effet autour de l’héritage de la « modernité occidentale » et sur la centralité que cette dernière octroie à la raison, désormais unique boussole des gouvernements. La finalité du rapport aux autres, elle, ne serait aujourd’hui plus questionnée : « Nous manquons d’un grand projet », relève Felwine Sarr, regrettant que seuls « un futur technologique ou un posthumanisme » continuent d’enthousiasmer. Les auteurs proposent alors une réflexion plus large sur la crise de sens traversée par l’Occident. Pour remédier aux maux contemporains, ils puisent dans leurs répertoires respectifs. Figure en vue des « chrétiens de gauche », Gaël Giraud invite à renouer avec l’ « hospitalité kantienne », c’est-à-dire avec la discussion entre égaux, ou encore avec le « geste primordial de la communauté chrétienne » contenu dans les Actes des Apôtres, celui de tout mettre en commun. De culture musulmane, Felwine Sarr invite pour sa part à redécouvrir le concept de « grand djihad », cet effort pour lutter contre soi-même. Rien à voir avec la lutte contre les ennemis de l’islam, mais, au contraire, une ouverture à « une capacité beaucoup plus grande de perception » . Afin, pour reprendre le mot de Rainer Rilke, de « devenir un monde ».

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneSociétéÉducation

Exclure les enfants, c’est exclure l’avenir ! 

Entretien | Présidente de la Confédération des Associations familiales catholiques, Pascale Morinière, médecin et mère de famille, réagit au choix de la SNCF de mettre en place des wagons sans enfants et analyse sa signification pour la société française  pourtant confrontée à un effondrement démographique.

+

enfants sncf
À la uneSociété

À propos d’une rumeur…

L’Essentiel de Joël Hautebert | La rumeur de la création d'un Haut-Commissariat à la diversité a soulevé des réactions hostiles mais aussi démontré la volonté toujours affirmée de dissoudre la France. Heureusement, une conception française de la diversité est possible et s'enracine dans notre histoire, notre géographie et notre culture.

+

multiculturalisme rumeur
Société

« Nous entrons dans une phase de dépopulation »

Entretien | Pour la première fois depuis 1945, la population française atteint un solde négatif, avec 651 000 décès pour 645 000 naissances, et un indice conjoncturel de fécondité (ICF) à 1,56 enfant par femme. Économiste et spécialiste des questions familiales, le professeur Jean-Didier Lecaillon décrit les causes de cette situation et indique les moyens d’en sortir. 

+

dépopulation démographie natalité famille
SociétéBioéthique

Vers une révision des lois de bioéthique

Le 21 janvier dernier se sont ouverts les États généraux de la Bioéthique en France. Cette vaste « réflexion collective », menée par le Comité consultatif national d’Éthique (CCNE) en métropole et en outre-mer, doit permettre d’éclairer les législateurs pour une révision prochaine de la loi de bioéthique, à l'horizon 2028. 

+

bioéthique