Au quotidien n°241 : le Nouvel ordre polonais

Publié le 02 Juil 2021
Au quotidien n°241 : le Nouvel ordre polonais L'Homme Nouveau

L’Opinion a publié le 25 juin dernier un dossier consacré à la Pologne, dans lequel le premier ministre de ce pays, Mateusz Morawiecki,  expose la nouvelle politique mise en place, « le Nouvel ordre polonais ».

Une crise dont on ne tire pas de leçons tourne vite à la catastrophe. À l’inverse, une crise qui est correctement lue et comprise est non seulement une chance mais aussi un accélérateur de changements – telle est l’idée à la base du « Nouvel ordre polonais », si on devait la résumer en deux phrases. (…)

Englobant, certes, la reconstruction après la pandémie, les objectifs du « Nouvel ordre polonais » visent surtout le remodelage du système économique et social afin de le rendre plus résistant aux crises futures, plus juste, capable de hisser la Pologne à un niveau supérieur de développement.

Le diagnostic des maux pandémiques devait commencer par un état des lieux de notre système de santé. Partout, y compris dans les pays les plus riches, la Covid-19 a conduit ce secteur au bord du gouffre. Sans la politique résolue de restrictions et de mise en place d’hôpitaux d’urgence, la situation de notre pays aurait tourné, elle aussi, à la catastrophe épidémique. Son échelle et le chaos qu’elle aurait pu provoquer seraient difficilement imaginables, si nous n’avions pas entamé auparavant la numérisation du secteur. Durant les cinq dernières années, le financement du système de santé a dépassé 22 milliards d’euros, mais malgré cela, la qualité du service rendu reste toujours en décalage par rapport aux attentes des Polonais. C’est un signal fort que le système de financement des soins médicaux a atteint ses limites. Il est temps d’en finir avec la philosophie de la réorganisation. Si on veut faire un bond qualitatif qui hissera la Pologne au niveau de l’Occident, nous devons accélérer sensiblement la cadence, en consacrant 7 % du PIB à la santé.

Paradoxe fiscal. Jusqu’à présent, la Pologne a été le seul pays où une part de l’assurance-maladie était déductible des revenus imposables. Pour ceux qui gagnaient le plus, c’était donc la voie la plus courte vers l’optimisation fiscale. Bien que, nominalement, le système des impôts soit progressif en Pologne, il est devenu de fait régressif : les personnes aux bas revenus payent des impôts proportionnellement plus élevés que les personnes aux hauts revenus.

Le désordre fiscal polonais allait non seulement à l’encontre du sentiment de justice et constituait une entrave à la construction de la cohésion sociale, mais surtout favorisait l’accroissement des inégalités. Des études récentes montrent bien que la crise de l’année 2020 a creusé encore davantage ces disparités entre les plus riches et les plus pauvres.

Solidarité. « Le Nouvel ordre polonais » est la réponse à ces défis. Il puise dans l’esprit de la solidarité, une solidarité authentique, qu’il faut comprendre dans son acception la plus large. Il s’agit d’une solidarité dans sa dimension horizontale, d’une justice sociale qui nivelle les inégalités de revenus et qui soutient les plus pauvres. Ainsi, nous avons proposé que les revenus allant jusqu’à 30 000 zlotys (environ 6 670 euros) soient exempts d’impôts. C’est un seuil comparable à ceux en vigueur dans d’autres pays d’Europe. Mais le « Nouvel ordre polonais », c’est aussi la solidarité dans sa dimension verticale, qu’on peut qualifier d’intergénérationnelle. D’un côté, on se tourne vers le passé pour soutenir davantage les seniors (retraites exonérées d’impôts, retour aux valeurs sans lesquelles il est difficile de s’imaginer l’avenir de la société polonaise et de l’Europe dans son ensemble). De l’autre, il s’agit de nous donner des moyens afin de mieux prendre soin des générations futures, de poser des fondations d’un développement durable qui permettra à nos enfants de gagner plus et de travailler dans de meilleures conditions et – last but not least – de vivre dans un environnement où on pourra respirer l’air pur et pas seulement en parler comme quelque chose de réglementé, disponible à quelques privilégiés.

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