Au quotidien-n°33 (Revue de presse du confinement)

Publié le 02 Mai 2020
Au quotidien-n°33 (Revue de presse du confinement) L'Homme Nouveau

Chaque matin, la rédaction de L’Homme Nouveau vous propose une courte revue de presse, principalement axée sur la réflexion (sans dédaigner l’information pure). Nous ne cherchons pas d’abord à faire du clic, pour nourrir des statistiques et l’auto-satisfaction. Notre démarche est plus simple et repose sur une conviction presque simpliste : « demain se prépare aujourd’hui ». Dans ce sens, depuis des années, L’Homme Nouveau propose un regard différent, loin des clivages faciles dans le but d’offrir les outils conceptuels, les habitus de réflexion pour reconstruire une société humaine et chrétienne.

Il y a le virus. Il y a ce qui rend possible sa diffusion. Et, enfin, il y a ce qui rend difficile une lutte efficace. Au cœur de cette dernière difficulté se trouve le culte de l’égalité, issu des Lumières et de la Révolution, dont le développement aigu conduit aux absurdités de la modernité tardive. L’analyse de Philippe d’Iribarne, sociologue et directeur de recherche au CNRS dans le Figaro (29 avril) :

Dans son intervention du 28 avril à l’Assemblée nationale, le premier ministre a constaté que la circulation du virus n’est pas uniforme dans le pays. Les autorités locales, a-t-il affirmé, pourront procéder à quelques adaptations d’une stratégie nationale. Pousser plus loin l’adaptation à la diversité des situations est difficilement possible dans une France qui a le culte de l’égalité. L’extraordinaire hétérogénéité de la sévérité du Covid-19 saute pourtant aux yeux. Même sans considérer une échelle plus fine que celle du département, les écarts sont abyssaux. (…) Mais, pour comprendre la sévérité de son emprise, il faut aussi prendre en compte une dimension humaine, les façons de réagir de ceux qui y sont confrontés. Les comparaisons entre pays le montrent bien. La diversité humaine de notre pays n’est-elle pas un élément crucial de ce que nous vivons? Il est difficile d’évoquer ce sujet. C’est que cela se heurte à une exigence d’égalité, et plus précisément à la manière dont cette exigence a pris forme dans une France postmoderne. (…) Dans un monde postmoderne, l’exigence d’égalité ne conduit plus à vouloir transformer les hommes pour que tous soient dignes d’être traités en égaux, mais à traiter tous les hommes en égaux en détournant le regard de ce qui pourrait dissuader de les voir comme tels. Elle conduit à proclamer l’égalité de dignité de tous les choix de vie, de toutes les cultures, de toutes les religions sans qu’il soit permis de porter sur eux le moindre regard interrogateur susceptible de conduire à mettre en doute leur excellence. Toute entorse en actes à ce précepte est vue comme une discrimination et toute entorse en paroles, comme une stigmatisation. Pour l’épidémie de Covid-19, cette vision de l’égalité, avec le refus de «stigmatiser» certains groupes qui l’accompagne, rend difficile de poser même la question du rôle que peuvent avoir des différences de manière d’agir dans le fait que le virus circule de façon très inégale selon les lieux.

Dans Le Monde diplomatique mai 2020), un article très bien renseigné synthétise la manœuvre pour transformer les alentours de Notre-Dame de Paris en circuit touristique à partir de l’argent de la restauration de l’édifice :

La flèche bascule dans un spectaculaire brasier le 15 avril 2019. Au chevet de Notre-Dame se pressent les grandes fortunes françaises. M. Bernard Arnault et son groupe LVMH, M. François Pinault et Kering, les frères Bouygues et leur holding familiale, Total, L’Oréal… Les promesses de dons affluent : 100 millions d’euros pour l’un; 200 millions pour l’autre. Un an plus tard, sur le milliard promis, un cinquième a été versé, le reste devant arriver progressivement. (…) Il faut attendre le décret d’application du 28 novembre 2019 de la loi du 29 juillet 2019 relatif à la conservation et à la restauration de Notre-Dame de Paris pour obtenir quelques éléments de réponse. On y découvre, à l’article 2, que cet établissement public « peut se voir confier l’aménagement de l’en- vironnement immédiat de la cathédrale, notamment le parvis, la promenade du flanc sud et le square Jean-XXIII [propriétés de la Ville de Paris], dans le cadre d’une convention conclue avec la Ville ». La possibilité d’aménager les environs de la cathédrale fait aussitôt resurgir le projet qu’avait commandé, en décembre 2015, le président de la République François Hollande à Dominique Perrault, l’architecte qui a conçu la Bibliothèque nationale de France lors de la présidence de François Mitterrand, et à M. Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux. Tous deux avaient planché sur l’avenir de l’île de la Cité à l’horizon des vingt- cinq prochaines années. Sur ses vingt-deux hectares, Perrault soulignait que «l’esquisse du projet (…) démontre la possibilité de créer environ cent mille mètres carrés sur l’Île, soit une valeur foncière nouvelledépassantlemilliardd’euros–sanstrans- formation radicale de son paysage ». Un projet ancré autour de Notre-Dame, point de convergence de treize à quatorze millions de visiteurs annuels. Une manne touristique – le monument le plus visité d’Europe – beaucoup trop peu exploitée, selon les auteurs, qui regrettent que la Sainte-Chapelle, distante de quatre cents mètres, ne soit alors visitée que par 500 000 touristes par an. Ils s’émeuvent surtout qu’on puisse prêter aussi peu d’attention aux 30000 à 40000 visiteurs quotidiens de la cathédrale, qui patientent des heures durant au pied de ses tours. Au lieu de pouvoir, moyennant quelques aménagements, déambuler agréablement à distance des intempéries mais à portée de main de toutes les commodités – toilettes, commerces, galeries marchandes, cafés… – qui étayent nos curiosités culturelles. (…) Faisaient seulement défaut à cette exploitation patrimoniale – digne de l’Homo festivus cher à l’écrivain Philippe Muray – les financements et les autorisations que requièrent les codes du patrimoine, de l’urbanisme et de l’environnement pour tous travaux réalisés dans ce périmètre hautement protégé. (… )point d’orgue à cette conjonction d’évé- nements : l’incendie de Notre-Dame, qui remet en selle le projet urbanistique de Perrault grâce à l’article 2 du décret relatif à la restauration de la cathédrale. Celui-ci précise que l’établissement public chargé de celle-ci « peut se voir confier l’aménagement de l’en- vironnement immédiat de la cathédrale »… Rien d’ailleurs ne semble empêcher de faire cet aménagement avec les dons reçus par la cathédrale.

Sur le sujet, et plus largement sur l’histoire et les trésors de Notre-Dame de Paris, voir notre hors série double, Si je t’oublie, Õ Notre-Dame (papier et numérique).

Sur son blog (15 avril), le spécialiste de l’Afrique, Bernard Lugan revient sur la proposition du Président Macron d’annuler la dette africaine :

L’annulation de la dette proposée par le président Macron ne changera donc rien à cet état des lieux. D’autant plus que la Chine, prédatrice souriante, est désormais à la manœuvre. Mue par le seul moteur du profit, elle endette chaque jour un peu plus le continent à travers des prêts généreusement octroyés. Ces derniers font replonger les pays bénéficiaires dans la spirale de l’endettement dont ils commençaient tout juste à sortir après les considérables allègements consentis dans les années 2000 aux PPTE par les Occidentaux. Comme ces prêts ne pourront jamais être remboursés, Pékin va mettre la main sur les grandes infrastructures données en garantie par ses débiteurs. Ainsi en Zambie où le gouvernement, après avoir été contraint de céder à la Chine la ZNBC, la société radio-télévision, s’est vu contraint d’engager des discussions de cession concernant l’aéroport de Lusaka et la ZESCO, la société  nationale d’électricité. Morale de l’histoire : quand la Chine endette l’Afrique, la France propose de renoncer à sa propre créance…

Cette Revue de presse ne se contente pas de proposer des informations éphémères, mais vous offre aussi de découvrir des réflexions. Elle est là pour nous inviter à réfléchir. En ce sens, elle ne perd (presque) rien de son actualité. Elle se lit et se relit.

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