Au quotidien-n°34 (Revue de presse du confinement)

Publié le 04 Mai 2020
Au quotidien-n°34 (Revue de presse du confinement) L'Homme Nouveau

Chaque matin, la rédaction de L’Homme Nouveau vous propose une courte revue de presse, principalement axée sur la réflexion (sans dédaigner l’information pure). Nous ne cherchons pas d’abord à faire du clic, pour nourrir des statistiques et l’auto-satisfaction. Notre démarche est plus simple et repose sur une conviction presque simpliste : « demain se prépare aujourd’hui ». Dans ce sens, depuis des années, L’Homme Nouveau propose un regard différent, loin des clivages faciles dans le but d’offrir les outils conceptuels, les habitus de réflexion pour reconstruire une société humaine et chrétienne.

Et les banlieues ? Situation explosive, selon Michel Aubouin, ancien préfet, dans un entretien accordé à Valeurs actuelles (du 30 avril au 6 mai). Extraits :

Le lieu commun, véhiculé par les militants d’un embrasement “révolutionnaire” des quartiers, c’est que le confinement serait plus difficile à vivre en immeuble. Ces gens-là oublient que plus de la moitié des Français vivent en appartement et que la dimension moyenne d’un appartement aux normes HLM est plutôt plus grande que celle d’un appartement “classique”. Si la vie dans les quartiers est plus difficile, c’est parce qu’une grande partie des commerces de proximité a été chassée par la délinquance. Pour le reste, les difficultés de la population sont les mêmes partout, sachant que les plus pauvres de nos compatriotes n’ont souvent pas les ressources suffisantes pour prétendre à un logement social. (…) L’attaque de la police ou des pompiers génère une forme d’héroïsation. Le code de valeurs qui règne dans les marges de la société n’est pas le nôtre. C’est pour cela, depuis 2005, que les émeutes sont contagieuses. C’est à qui aura gagné, dans le combat contre l’ennemi, son titre de gloire. C’est d’autant plus facile qu’il est rare qu’un individu soit condamné pour des actes de violence collective, y compris lorsqu’ils se traduisent par des dégâts de plusieurs millions d’euros, non couverts par les assurances. (…) La Police nationale n’a pas les moyens de s’opposer à la résistance violente des quartiers. Le courage des policiers ne suffi t pas. C’est la logistique qui fait défaut. L’armée patrouille dans les centres-villes et personne ne trouve rien à y objecter. Son travail n’est pas de maintenir l’ordre, mais elle pourrait utilement épauler une force civile dépassée par l’ampleur des menaces, dans une période très particulière où toutes les énergies doivent être concentrées sur l’éradication de la pandémie.

La délation, une valeure républicaine ? Un utile rappel de Paulin César dans son billet de la semaine dans le Figaro Magazine (1er mai) :

La délation se porte bien. Elle submerge et engorge le 17. On dénonce à tout-va. Ici, une église, là, un théâtre et, plus généralement, tout ce qui est rétif à la servitude volontaire, quelles qu’en soient les motivations. Longtemps, cette passion fut jugée vile et méprisable. Jusqu’en 1789, quand on entendit le député Delay d’Agier déclarer que « le silence en matière de délation est une vertu sous le despotisme ; c’est un crime, oui, c’en est un, sous l’empire de la liberté ». La délation serait donc un devoir républicain. Et ce qui était vice deviendrait subitement vertu en l’an 0 de l’humanité nouvelle. La cause de ce miracle ? L’irruption en chacun d’une lumière naturelle le transformant en ange de pureté. Désormais animé par le souci du bien commun, l’amour éthéré de la justice et la piété morale, on put et dut dénoncer son prochain en toute sérénité.

Dans le dernier Bulletin célinien (mai 2020), une critique, qui dépasse finalement le cas Céline, d’un article d’Annick Durraffour ( « Sur une formule : “Céline, génie et salaud” » publié dans La Modernité disputée. Textes offerts à Pierre-André Taguieff, CNRS éditions), laquelle élève la démocratie au rang de critère littéraire :

Une de ses consœurs (citée dans son article) ne tombe pas dans ce travers : si elle relève dans Voyage au bout de la nuit une sensibilité fasciste doublée d’un moralisme réactionnaire, cela ne l’empêche nullement d’admirer l’écrivain . Duraffour, elle, a une vision simpliste et manichéenne d’une œuvre dont elle ne perçoit ni l’aspect allégorique ni la profondeur. En revanche elle blâme l’absence d’une « intention ou d’une position démocratiques » mais est-ce cela qu’on demande à un créateur ? a détestation de Céline l’amène aussi à mettre en question la vertu libératrice de son écriture. Nombreux pourtant sont ceux qui, parvenant à surmonter un blocage, se sont révélés par l’écriture grâce à la leçon célinienne. Sans parler des lecteurs qui, à l’instar du regretté Paul Yonnet, ont dit à quel point l’œuvre fut marquante dans leur itinéraire personnel.

Cette Revue de presse ne se contente pas de proposer des informations éphémères, mais vous offre aussi de découvrir des réflexions. Elle est là pour nous inviter à réfléchir. En ce sens, elle ne perd (presque) rien de son actualité. Elle se lit et se relit.

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