Journée pour la vie le 30 mai : célébrons la maternité !

Journée pour la vie le 30 mai : célébrons la maternité ! L'Homme Nouveau

Comment donner à la fête des mères une dimensions véritablement humaine et spirituelle ? Comment porter aujourd’hui un regard d’espérance sur une maternité et une famille très fragilisées par l’évolution des lois et des mœurs ? C’est tout le sens de la mobilisation menée par un collectif d’associations à l’occasion de la Journée pour la vie du 30 mai 2021, dans l’élan donné par saint Jean-Paul II 

Entretien avec Odile Guinnepain, présidente de « Choisir la vie »
Propos recueillis par Adélaïde Pouchol

Comme chaque année, Choisir la vie se mobilise au moment de la fête des Mères. Quel est le sens de cette mobilisation ?

Il s’agit d’abord de répondre à l’appel de saint Jean-Paul II au consistoire de 1991, repris au n° 85 de l’encyclique Evangelium Vitae en 1995. Cette invitation consiste à « susciter, dans les consciences, dans les familles, dans l’Église et dans la société civile, la reconnaissance du sens et de la valeur de la vie humaine à toutes ses étapes et dans toutes ses conditions, attirant spécialement l’attention sur la gravité de l’avortement et de l’euthanasie… » (saint Jean-Paul II, EV chap. 4-1995).

En l’an 2000, le Conseil permanent des évêques de France a fait le choix de définir une journée nationale pour la vie, le jour de la fête des Mères ; l’idée était d’abord de prier particulièrement pour  la vie à naître ce jour-là et de sensibiliser le public et toutes les personnes de bonne volonté à ce souci du respect de la vie de toute personne dès le moment de sa conception.

A ce sujet, les premiers à sensibiliser et à « convertir » aujourd’hui, ne sont-ils pas les catholiques ?  De fait, combien de catholiques ne sont pas convaincus de la valeur inaliénable de toute vie humaine ? Sans porter de jugement sur les personnes mais bien sur l’acte, il s’agit là de tenter de réveiller les consciences de ceux et celles qui  acceptent le compromis relativiste de l’avortement dans certaines circonstances en fermant la porte aux moyens à développer afin que ces circonstances ne se multiplient pas. Les catholiques doivent connaître le message du magistère de l’Église à ce sujet, témoigner de sa beauté et de sa vérité et se mettre à son service en ce sens. C’est peut-être cela le sens de cette mobilisation ; susciter chez les chrétiens un véritablement engagement au service de la vie humaine.

Que proposez-vous, concrètement, à ceux qui veulent se mobiliser cette année ?

Nous avons fait une campagne de sensibilisation par des visuels (tracts, affiches) en lien, comme chaque année, avec les AFC, les « Veillées pour la vie » et la « Famille missionnaire l’Évangile de la vie ». Nous incitons également le public, les paroisses, les communautés religieuses, à porter une intention particulière pour le respect de la vie au cœur de la prière universelle du dimanche 30 mai. Par ailleurs, comme chaque année depuis 2000, les AFC organisent une quête nationale au profit des maisons d’accueil de femmes enceintes en détresse. Les paroisses peuvent également organiser des temps de prière pour la vie etc., etc.

En fait, nous proposons des visuels comme support à toute initiative locale de prière ou de sensibilisation. Nous complétons ces propositions par une campagne de communication sur les réseaux sociaux afin aussi, de toucher les plus jeunes ; plusieurs petites vidéos incitent ceux qui les visualisent à s’interroger sur l’alternative à l’avortement. Nous en sommes-là aujourd’hui ; il s’agit de témoigner que l’avortement n’est pas « LA » solution à une grossesse non désirée ou plutôt « l’unique solution ». En témoigner reste délicat mais, pour autant, il est vital que cela soit entendu et diffusé.

Paradoxalement, alors qu’on s’évertue à faciliter et étendre le droit à l’avortement, l’un des maux grandissants de ce siècle est l’infertilité qui touche de plus en plus de couples. Comment, alors que cette journée pour la vie est précisément le jour de la fête des Mères, intégrer toutes celles qui pleurent de ne pas l’être ?

Il est vrai qu’il y a de quoi s’inquiéter sur cette croissance des couples infertiles ; c’est une  véritable souffrance qui nous invite avant tout au silence compatissant devant celles qui pleurent de ne pas pouvoir donner la vie. Cela nous convie à une supplication plus ardente pour elles. L’un de ceux qui l’a le mieux compris, c’est saint Jean-Paul II ; il explique merveilleusement cette vocation à la maternité charnelle de la femme dans la lettre apostolique Mulieris Dignitatem du 15 août 1988. Au chapitre VI, il explique combien « la maternité est liée à la structure personnelle de l’être féminin et à la dimension personnelle du don ». On peut ainsi mesurer toute la profondeur de la douleur d’une femme qui ne peut donner la vie.

Je précise celles qui pleurent de ne pas pouvoir donner la vie car justement, peut-être que cette Journée nationale pour la vie (JNV) est aussi l’occasion de nous apprendre à avoir un autre regard sur la maternité. La maternité charnelle, merveilleux cadeau donné par Dieu, source première de la fécondité des époux, n’est pas toujours possible ; pour autant, il existe une autre forme de maternité donnée par Dieu, c’est la maternité spirituelle ; la JNV est l’occasion pour toute femme de s’accueillir profondément mère, même sans enfant. Regardons les religieuses ; elles ont pleinement choisi de renoncer à donner la vie, mais elle n’ont pas renoncé à devenir mères pour autant. Elle le sont spirituellement et profondément dans leur vocation propre. Peut-être est-ce là la réflexion à mener ; comment une femme mariée, qui ne peut donner la vie, décide malgré tout de se donner à travers sa maternité spirituelle ? Comment peut-elle la découvrir ? Quel enseignement l’Église transmet-elle pour ces femmes ?

Il y a quelques années, alors que j’étais infirmière dans une institution, j’avais une directrice qui, chaque année, offrait personnellement un bouquet de muguet à l’ensemble des personnels de la structure le 1er mai et une rose à toutes les soignantes et résidentes le jour de la fête des Mères ;

la première année où j’ai travaillé dans ce service, alors que je préparais des soins ce matin de la fête des Mères, la directrice s’est dirigée vers moi afin de m’offrir cette rose et m’expliquer l’objet de ce cadeau : « Je vous l’offre pour la fête des Mères », me dit-elle. A la fois touchée mais un peu g?née de recevoir cette rose, je lui dis que cela n’était pas pour moi car je n’avais pas d’enfant. Ce à quoi elle m’a répondu du tac au tac : « Odile, vous savez, pour moi, toute femme est mère par essence ;  et puis, lorsque j’observe la façon dont vous soignez les résidents avec certaines de vos collègues, je vois bien qu’il n’y a pas besoin d’être mère pour être maternelle. » En une phrase, elle avait résumé avec une grande délicatesse, la maternité spirituelle.

Peut-être est-ce donc cela que nous devons permettre de découvrir et d’exercer  aux femmes qui ne peuvent donner la vie, leur maternité spirituelle avec toutes les formes qu’elle peut prendre : dans la vie professionnelle, dans les engagements associatifs, dans les engagements au service de l’Église ou au service de la vie, dans la capacité à avoir une maison toujours accueillante…

Jean-Paul II nous rappelle que « la dignité de la femme est intimement liée à l’amour qu’elle reçoit en raison même de sa féminitié et, d’autre part, à l’amour qu’elle donne à son tour… La femme ne peut se trouver elle-même si ce n’est en donnant son amour aux autres… C’est le véritable ordre de l’amour qui définit la vocation de la femme elle-même » (MD chap. VI-30). Cet amour substantiel de la femme (et non distantiel comme on veut nous le faire croire depuis quelque temps) se manifeste par sa maternité, quelle que soit l’expression que prend celle-ci. N’est-ce pas ce témoignage que nous pouvons donner aux femmes le jour de la fête des Mères ? Et particulièrement à celles que ne peuvent donner la vie.

Ces derniers mois ont été éprouvants au plan bioéthique. Quels sont pour vous les signes d’espérance au milieu de la tempête ?

visuelJNPLV maternité

Cela fait maintenant plus de deux ans et demi que la proposition de loi a été soumise au vote de l’Assemblée nationale (15 novembre 2019), et elle est toujours en suspens. Les sénateurs ont rejeté en bloc le texte en seconde lecture le 17 février dernier. Il leur sera de nouveau soumis à réflexion le 24 juin prochain. Il me semble qu’un premier signe d’espérance est une certaine difficulté à faire passer ce texte ; la « PMA pour toutes » que le gouvernement et certains lobbies croyaient acquise, ne l’est pas aussi facilement.

En effet, il y a une résistance croissante et maintenant ancrée dans notre pays qui « donne du fil à retordre » à nos parlementaires ; résistance farouche à tous les niveaux : politique, associative, médiatique, sociale, familiale, médicale, religieuse… C’est une très bonne nouvelle car, même si en apparence, elle paraît très minoritaire, elle est malgré tout très éclectique, mais aussi disséminée, très bien organisée et persévérante.

Cette résistance à toutes ces dérives éthiques et scientifiques a pour finalité unique la quête du Bien commun. En cela, elle est libre car elle ne cherche pas à imposer une opinion mais à convaincre par le témoignage et la transmission de la vérité. De plus, elle est altruiste car elle n’attend rien en retour ; cette liberté la rend persévérante, fidèle, endurante et confiante…. Ce sont des qualités dont elle a le plus besoin actuellement.

Une autre réalité signe d’espérance est la présence d’une jeunesse croissante, ferme, toujours prompte à se mobiliser pour le respect de la vie et de la dignité humaine. Elle étonne car, dans la pensée commune, il est inimaginable que des jeunes (et notamment des jeunes filles) soient opposées à l’avortement, et à tous ces « progrès » bioéthiques. Comme saint Jean-Paul II le disait, elle est « sel de la terre » ; cette jeunesse, nous devons la soutenir, l’encourager et la former car et pour qu’elle dérange…

L’espérance aussi réside dans la fermeté de l’Église qui « garde le cap » ; l’appel de la Conférence des évêques de France à prier et jeûner pour demander la grâce que ce texte sur la révision de la loi de bioéthique « ne passe pas », est une force pour les chrétiens et les hommes de bonne volonté. Il s’agit là, à la fois d’une invitation à ne pas céder au « relativisme éthique », comme le demande Benoît XVI, mais aussi à mesurer que ce combat ne nous appartient pas ; il est entre les mains de Dieu ; c’est un combat spirituel que nous devons mener avec les armes de l’intelligence mais que nous ne gagnerons pas sans celle de la foi. Le coeur de notre espérance, c’est notre foi dans la Victoire du Christ dans ce combat. « La victoire qui triomphe du monde, c’est notre foi… » (1 Jean 5, 4-5)

Si vous pouviez rencontrer Simone Veil aujourd’hui, que voudriez-vous lui dire ?

Je lui demanderais si le vote de la loi sur l’IVG n’est-il pas avant tout un vote émotionnel plus que de raison ?

Je l’interrogerais sur ce qu’elle pense des suites de « sa » loi, 46 ans après et si elle s’était imaginée les conséquences d’aujourd’hui : d’une dépénalisation, sa loi est passée à la légalisation puis au droit fondamental.

Je lui demanderais pourquoi n’avoir pas fait preuve d’honnêteté intellectuelle à l’époque ; s’agissant du véritable nombre de femmes mortes lors d’avortements clandestins dont on sait aujourd’hui qu’il était faussé.

Je lui demanderais si elle a eu l’honnêteté un jour, d’aller voir comment se passe concrètement un avortement par aspiration.

Je lui demanderais comment, intellectuellement, elle a pu libéraliser l’organisation médicalisée l’assassinat d’embryons ou de fœtus dans le sein de leur mère tout en reconnaissant (par la clause de conscience des médecins) qu’il s’agit de vies humaines, donc de personnes ? Je lui dirais combien un tel raisonnement reste un mystère pour moi !

Je lui demanderais pourquoi les aides promises aux femmes comme alternatives à l’avortement n’ont en réalité jamais été proposées par le Planning familial ?

Je lui demanderais ce qu’elle proposerait aujourd’hui pour venir réellement en aide aux femmes, sachant qu’avec l’aura politique, médiatique et populaire dont elle bénéficie, elle serait probablement entendue.

Je lui demanderais de penser à l’enfant et plus seulement à la mère.

Je lui demanderais pourquoi la France bat le record mondial du nombre l’IVG avec 230000 IVG par an sans compter les IVG médicamenteuses ?

Je lui demanderais s’il ne serait pas intéressant de faire une enquête publique sur le lien potentiel entre IVG et croissance des dépressions chez la femme ainsi qu’un lien entre croissance  des cancers gynécologiques depuis ces 30 dernières années et IVG.

Je lui demanderais s’il ne serait pas intéressant de faire une enquête sur la reconnaissance du syndrome post-IVG chez la femme et du syndrome du survivant chez les enfants nés après une IVG.

Je lui dirais que depuis longtemps je prie pour elle afin qu’elle se laisse toucher par la Miséricorde de Dieu lorsqu’elle sera aux portes de la mort.

Enfin, je lui demanderais, après sa mort, de passer son Ciel à « réparer » ce qu’elle a contribué à détruire en portant le vote de cette loi.

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