> DOSSIER n° 1846 : « Antoni Gaudí, centenaire d’un bâtisseur de Dieu »
À la lumière des recherches récentes, l’œuvre d’Antoni Gaudí apparaît moins comme une fantaisie isolée que comme une synthèse puissante de la modernité catalane, des avancées techniques de son temps et d’une profonde théologie de la Création.
Mondialement connu pour sa Sagrada Família qui attire chaque année un tourisme de masse à Barcelone, Antoni Gaudí (1852-1926) a connu une fortune historiographique faite d’appropriations diverses voire contradictoires, « celle de la religion sentimentale, celle du génie excentrique, celle du kitsch, celle du surréalisme, celle de sa mystification moderne » (1).
Violemment contesté
De son vivant déjà, tandis que la presse satirique barcelonaise fait ses choux gras de la construction de la Sagrada Família, de premiers critiques commencent à évoquer la volonté de modernité de son architecture : « il affirme que dès aujourd’hui les nouvelles formes mécaniques créeront un type nouveau d’architecture » (2), tandis que d’autres la contestent violemment, notamment lors de l’exposition d’une partie de son travail à Paris, en 1910. Le critique Charles Merki fustige un éclectisme mal digéré : « Qu’est-ce que la Sagrada Família peut bien vouloir expier avec cette pâtisserie ? (…) l’auteur fait une salade de plusieurs styles, – hindou, gothique – et même utilise le genre rocaille employé généralement pour la construction des aquariums» (3). En France à nouveau, en 1929, Francis Carco s’exclame : « Rien n’est plus laid, plus incohérent, plus absurde que ces gigantesques quenouilles de ciment » (4).

Vue aérienne du chantier en 1930.







