Centenaire de Gaudí (2/4) : Entre modernité radicale et théologie de la pierre

Publié le 07 Jan 2026
Antoni gaudi
> DOSSIER n° 1846 : « Antoni Gaudí, centenaire d’un bâtisseur de Dieu »
À la lumière des recherches récentes, l’œuvre d’Antoni Gaudí apparaît moins comme une fantaisie isolée que comme une synthèse puissante de la modernité catalane, des avancées techniques de son temps et d’une profonde théologie de la Création.

  Mondialement connu pour sa Sagrada Família qui attire chaque année un tourisme de masse à Barcelone, Antoni Gaudí (1852-1926) a connu une fortune historiographique faite d’appropriations diverses voire contradictoires, « celle de la religion sentimentale, celle du génie excentrique, celle du kitsch, celle du surréalisme, celle de sa mystification moderne » (1).

Violemment contesté

De son vivant déjà, tandis que la presse satirique barcelonaise fait ses choux gras de la construction de la Sagrada Família, de premiers critiques commencent à évoquer la volonté de modernité de son architecture : « il affirme que dès aujourd’hui les nouvelles formes mécaniques créeront un type nouveau d’architecture » (2), tandis que d’autres la contestent violemment, notamment lors de l’exposition d’une partie de son travail à Paris, en 1910. Le critique Charles Merki fustige un éclectisme mal digéré : « Qu’est-ce que la Sagrada Família peut bien vouloir expier avec cette pâtisserie ? (…) l’auteur fait une salade de plusieurs styles, – hindou, gothique – et même utilise le genre rocaille employé généralement pour la construction des aquariums» (3). En France à nouveau, en 1929, Francis Carco s’exclame : « Rien n’est plus laid, plus incohérent, plus absurde que ces gigantesques quenouilles de ciment » (4).

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Vue aérienne du chantier en 1930.

Après la mort tragique de Gaudí, « les fervents admirateurs de l’architecte », ceux qui l’ont côtoyé, regroupent en une première monographie (5) diverses nécrologies parues à l’occasion de son décès. L’ouvrage pour le moins hagiographique sera à l’origine de toute une littérature de la même veine et contribuera à faire de l’architecte, parfois à tort, une sorte de génie mystique fou et solitaire : on loue « l’originalité » de son œuvre et « son génie architectural », sa condition « d’architecte de Dieu » et sa mort « sous le signe de la Passion ».  En 1933, Salvador Dali va commémorer « la beauté terrifiante et comestible de l’architecture Modern Style » (6) et revendiquer…

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Mathilde Tollet

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