Centenaire de la mort de Charles d’Autriche : entretien avec Elizabeth Montfort

Publié le 30 Sep 2022
Centenaire de la mort de Charles d'Autriche : entretien avec Elizabeth Montfort L'Homme Nouveau

Entretien avec Elizabeth Montfort, ancien député européen, responsable de la Ligue de Prière pour la canonisation du Bienheureux Charles d’Autriche et secrétaire générale de l’association pour la béatification de l’impératrice et reine Zita.

Nous fêtons cette année le centenaire de la mort du Bienheureux Charles Ier d’Autriche. Qui était-il ?

Charles d’Autriche n’aurait jamais dû être empereur. Il était le petit neveu de François-Joseph dont le fils s’est suicidé. L’empire devait donc revenir, à sa mort, à l’un des frères de François-Joseph, puis à ses fils : François-Ferdinand, mais celui-ci avait dû renoncer à la couronne pour ses descendants afin de contracter un mariage inégal et fut assassiné en 1914, ou Otto, décédé en 1906. Charles était l’aîné d’Otto, et c’est donc lui qui monta sur le trône à la mort de François-Joseph, le 21 novembre 1016. Il avait 28 ans. Il s’était marié à Zita le 21 octobre 1911, avait fait des études d’officier, de sciences politiques, d’histoire et de culture à l’université de Prague. Sa préparation au trône, en tant qu’héritier, fut bien courte. Charles eut avec Zita 8 enfants : son fils aîné Otto en 1912, et une dernière fille Elisabeth née après sa mort.

Il ne régna que de 1916 à 1918, mais il ne cessa de rechercher la paix par des négociations, paix que son allié allemand voulait obtenir par les armes. Même la plupart de ses ministres ne le soutinrent pas. Son autre préoccupation était la justice. Lorsque saint Jean-Paul II l’a proclamé vénérable, il déclara que Charles avait mis en œuvre la Doctrine sociale de l’Eglise dans ses actes de gouvernement. Il avait probablement lu l’encyclique de Léon XIII Rerum Novarum. Il portait attention à tout son peuple, aussi bien sur le front que dans les hôpitaux et les familles qui vivaient loin des combats. Il créa des foyers d’accueil pour les soldats, les blessés, les aveugles. Avec Zita, il s’occupa de fonder une œuvre pour l’enfance, et de trouver des marraines de guerre. Ils firent tout leur possible pour atténuer les souffrances des familles. Charles gracia des prisonniers tchèques injustement condamnés car il ne pouvait tolérer les jugements iniques, malgré les conséquences que cet acte allait engendrer. C’est le premier chef d’État à créer un ministère des affaires sociales et de la santé, pour lequel il fut secondé par Zita.

Charles fut béatifié comme époux, père, chef d’État et ami de la paix. Jean-Paul II résuma ainsi toutes les dimensions de sa vie : la recherche de la paix et la soif de la justice.

Vous êtes responsable de la Ligue de Prière pour la canonisation du Bienheureux Charles. Où en est le procès ?

Sa béatification le 3 octobre 2004 est un signe de la Providence, il s’agit de l’année de la réunification de l’Europe : les pays de l’ex-empire ont rejoint l’Europe occidentale. Son procès de canonisation est toujours en cours, il ne manque plus que la reconnaissance d’un miracle, mais celle-ci est très longue. Une guérison est en cours d’examen.

Zita, l’épouse de Charles, est, elle aussi, en voie de béatification…

Son procès s’est ouvert le 9 décembre 2009 dans le diocèse du Mans, car elle a fait de nombreux séjours à l’abbaye de Solesmes où elle retrouvait sa grand-mère et ses trois sœurs. La première partie, aujourd’hui terminée, fut très intéressante car les personnes interrogées avaient connu l’impératrice : ce sont des membres de sa famille, son médecin, les religieuses de Solesmes et de Kergonan.

Simultanément a lieu le travail de la commission historique. Il s’agit de répertorier tous les écrits de l’impératrice – elle écrivait 200 lettres par semaine –, tous les journaux qui parlent d’elle, afin de trouver ce qu’ils montrent des vertus héroïques de la personne. Ce travail est loin d’être terminé, d’autant que Zita écrivait beaucoup de lettres en allemand qu’il faut traduire.  La commission recense également tous les livres à propos de la servante de Dieu, sans oublier les positions contraires car il est important d’écouter « l’avocat du diable ».

Une commission théologique a également été nommée : deux censeurs théologiques, que nous ne connaissons pas, analysent la conformité de la vie de la personne et de ses écrits avec la doctrine de l’Eglise, pour mettre en lumière ses vertus héroïques. Une fois le travail de ces deux commissions terminé, un secrétaire compilera toutes ces données dans ce qu’on appelle la Positio et le document final sera présenté à Rome à la Congrégation pour la cause les Saints.

Le procès diocésain sera clos par une cérémonie, la malle qui contient tous les documents sera solennellement scellée et envoyée à Rome. Il faudra trouver un autre postulateur à Rome pour faire avancer la cause dans la phase romaine du procès. Il aura pour mission d’examiner tout le travail du procès diocésain, ainsi que les deux guérisons en cours de vérification. Pour Zita, il s’agit d’un jeune qui s’est remis d’un accident de voiture, et d’une petite fille miraculeusement guérie d’une méningite.

Vous avez écrit un livre sur ce couple : Charles et Zita de Habsbourg[1]. En quoi peuvent-ils être des exemples pour les couples d’aujourd’hui, eux qui ont vécu un mariage si court ?

Leur mariage n’a duré que 10 ans et demie, mais deux phrases extraordinaires l’encadrent. La première, le matin de leur mariage : Charles dit à Zita « Maintenant, nous devons nous aider mutuellement à aller au Ciel », et elle lui répondit par le « Oui » du sacrement de mariage. Puis, les dernières paroles de Charles, le matin de sa mort, à Zita qui s’inquiétait de rester toute seule : « Je t’aime infiniment, dans le cœur de Jésus nous nous retrouverons ». Ce fut pour l’impératrice une consolation et un viatique tout au long de sa vie. Elle accepta, certes douloureusement, l’offrande que fit Charles de sa vie pour la réconciliation de ses peuples. Chaque jour, elle retrouvait son bien-aimé à la messe. Elle y resta fidèle, ainsi qu’à l’adoration, alors qu’il était humainement impossible de tenir face à toutes les difficultés qu’elle affrontait. Les époux étaient présents l’un à l’autre en Sa Présence, dans l’Eucharistie, sève de leur mariage. Zita fut fidèle à son mari toute sa vie, en élevant ses enfants selon ses conseils, en restant fidèle à leurs peuples. Ce que Charles n’a pas pu continuer, Zita l’a fait, dans une parfaite fidélité au oui du mariage et aux paroles du couronnement. C’est Charles qui l’a attirée vers le Ciel, leur amour conjugal ayant été plongé dès son commencement dans le saint sacrifice de la messe et dans la foi.

Vous êtes non seulement responsable de la Ligue de prière pour la canonisation de Charles mais aussi secrétaire générale de l’association pour la béatification de l’impératrice et reine Zita. Outre ce couple, c’est le chemin jusqu’à la canonisation qui vous touche…

Oui, une cause de béatification est toujours une œuvre d’évangélisation ! Ces procès prennent du temps, mais c’est justement le temps qui nous est demandé pour notre propre conversion, temps qui nous est donné pour connaître la vie de Charles et Zita et développer la fama sanctitatis (la réputation de sainteté). Ils nous montrent le chemin pour notre propre sainteté. Nous ne serons jamais empereurs, mais ils nous rejoignent dans notre quotidien par la sanctification de leur mariage, l’éducation de leurs enfants et la confiance dans la Providence, alors que nous vivons dans un monde chaotique.

De même dans la reconnaissance des miracles, ce n’est pas tant la guérison qui compte. Je prends l’exemple de la petite Sigolène qui a eu une méningite. Ce qui est incroyable, c’est la chaîne de prière qui s’est développée autour de cette demande de guérison, l’étonnement des soignants qui se sont eux-mêmes mis à prier. L’évangélisation ne se fait plus sous les projecteurs, mais dans les petites initiatives qui touchent les cœurs. Par l’intercession des saints, nous obtenons de nombreuses petites grâces qui sont comme des lumières d’espérance. Charles et Zita sont spécialisés dans les grâces liées à la famille…

Le centenaire de la mort de Charles sera commémoré le 15 octobre prochain à Paris. Quel est le programme de la journée ?

Le matin aura lieu la messe à Saint-Sulpice, célébrée par Mgr de Germiny, évêque émérite de Blois. Ce sera la messe votive du bienheureux Charles, en mémoire de sa béatification.

L’après-midi se tiendra un forum à l’Institut Catholique de Paris, sous la Présidence d’honneur de SE Monsieur Georg Habsburg-Lothringen, ambassadeur de Hongrie en France et petit-fils de Charles et Zita, avec divers intervenants : Jean Sévillia, président de l’association pour la béatification de l’impératrice et reine Zita, tracera l’histoire de ce couple, le Professeur Nuss reviendra sur la béatification de Charles, et le Professeur Chaline sur ses tentatives de paix. Je parlerai de Charles et Zita comme icônes du mariage chrétien, et la journée se terminera par une intervention de l’arrière-petit-fils du couple, l’archiduc Imre, qui transmettra le message de Charles et Zita pour notre temps.

 


[1] Charles et Zita de Habsbourg, Elizabeth Montfort, Artège, 2021.

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