Comprendre l’Europe avec Jean-Marie Vernier

Publié le 11 Sep 2019
Comprendre l'Europe avec Jean-Marie Vernier L'Homme Nouveau

La rentrée littéraire des Éditions de L’Homme Nouveau est riche en nouveautés. Parmi les différents livres publiés en ce début d’année scolaire, nous vous proposons un éclairage particulier sur L’Héritage européen de Jean-Marie Vernier. Agrégé en Philosophie, auteur – entre autres – d’une thèse sur saint Albert le Grand, le professeur Jean-Marie Vernier s’est penché dans son dernier ouvrage sur les origines de l’Europe. Son essai sur la culture intellectuelle de l’Europe veut contribuer à la prise de conscience de l’Europe par elle-même en montrant aux lecteurs les étapes qui ont permis l’émergence de cette grande civilisation. Par ce petit entretien nous proposons de découvrir une esquisse de la pensée de l’auteur qu’il développe dans son ouvrage de haute volée.

Pour vous qu’est-ce que l’Europe ?

Jean-Marie Vernier : L’Europe a, comme les nations selon Rivarol, ses « ancres dans le ciel » ; en effet elle est d’abord un esprit — Husserl y a insisté dans une conférence célèbre —. L’esprit en question se caractérise par un rapport au monde : la contemplation, un rapport aux autres : la sociabilité politique et un rapport à Dieu se révélant comme créateur et rédempteur d’abord au peuple juif, ensuite, par Jésus-Christ, à toutes les nations.

Les hommes étant des esprits incarnés, l’esprit européen s’incarne lui-même dans un capital culturel au sens large (intellectuel et esthétique) dont les supports matériels sont, d’une part et successivement le papyrus, le parchemin, le papier, d’autre part la pierre, le verre et la toile. Les vecteurs de cet esprit sont les institutions d’abord scolaires et universitaires durablement marquées et organisées par l’Église catholique ; on n’oubliera pas que ce sont les scriptoria — ateliers dédiés aux travaux d’écriture — des monastères qui recopièrent les œuvres de l’Antiquité gréco-latine, permettant ainsi leur transmission jusqu’à nous, et que les Universités apparurent au XIIIe siècle sous l’égide de l’Église catholique.

Peut-on penser l’Europe sans la religion ?

Penser l’Europe sans la religion se heurte à une double impossibilité historique et conceptuelle à la fois. Historiquement, l’Europe naît de la Grèce antique (notamment de l’Athènes des Ve-IVe siècles) dont l’héritage transmis par la médiation de Rome va ensuite rencontrer la Révélation biblique ; or comment pourrait-on saisir l’esprit de l’antiquité gréco-romaine et comprendre quelque chose à la Révélation biblique sans faire appel à la notion de religion, c’est-à-dire à ce qui relie les hommes à ce qui les dépasse et dont ils dépendent ? Conceptuellement ensuite, l’Europe, comme toute aire de civilisation, est animée par une culture renvoyant ultimement à des hommes qui sont, pour reprendre l’expression de Schopenhauer, des « animaux métaphysiques » en raison de leur étonnement face au Cosmos et de leur capacité à remonter de ce dernier à son Principe transcendant. Le dernier ouvrage de Jean Grondin — La Beauté de la métaphysique aux éditions du Cerf — est éclairant sur ce point (le lecteur pourra aussi se reporter pour plus de détails à notre ouvrage De L’homme à Dieu et retour chez l’Harmattan). D’ailleurs, ainsi que le fait remarquer Jean Grondin, l’humanisme laïc est un résidu du christianisme tandis que l’athéisme s’oppose à ce dernier, les deux sont donc relatifs au christianisme.

La culture intellectuelle de l’Europe est-elle réellement unique, n’y a-t-il pas des cultures intellectuelles ?

Au premier regard, il semble, de fait, que la culture européenne soit plurielle : pour faire appel à une époque où précisément son unité semble disparaître, la langue et le monde de Shakespeare ne sont pas ceux de Cervantès qui diffèrent eux-mêmes de la langue et du monde de Rabelais. Et pourtant, outre les constantes littéraires et sociales communes à ces trois auteurs, l’héritage qu’ils reçoivent et partagent est commun : la langue latine, la culture gréco-latine ainsi que le catholicisme (l’influence de la philosophie d’Aristote, par exemple, joue sur ces trois écrivains tandis que Stephen Greenblatt fait apparaître dans son ouvrage Will le magnifique que Shakespeare était très probablement catholique). 

Une enquête plus ample tentant d’embrasser à gros traits l’Europe dans sa longue histoire, comme essaie de la mener notre ouvrage, manifeste que la culture européenne présente bien une unité en raison d’une part, de ses facteurs constitutifs — l’héritage grec et romain ainsi que la Révélation biblique transmise par l’Église catholique assumant elle-même l’héritage antique précédent —, d’autre part, de la diffusion et du partage de ce legs via les Écoles antiques, les monastères, les Écoles et les Universités médiévales, les Académies et, enfin, les Universités modernes et contemporaines.

À qui destinez-vous cet ouvrage ?

Outre que ce livre peut évidemment être lu par tout homme de bonne volonté s’interrogeant sur l’Europe, cet ouvrage s’adresse plus particulièrement à un triple public : d’abord celui des hommes de pensée et de décision qui veulent donner un sens précis à la notion d’Europe afin de mieux en saisir le propre et d’éclairer leurs choix ; ensuite celui des citoyens européens (de souche ou d’adoption) qui, inquiets et désorientés, sont en recherche de repères ; enfin celui des étudiants dont l’admission aux Concours requiert l’acquisition d’une culture générale précise et synthétique à la fois.

L’Héritage européen, de Jean-Marie Vernier, Éditions de L’Homme Nouveau, 338 p., 25 €.

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