Démon : l’empire du bien contre-attaque

Publié le 14 Juin 2017
Démon : l'empire du bien contre-attaque L'Homme Nouveau

Alors que le 31 mai dernier dans un journal espagnol, le nouveau supérieur général des jésuites, le père Arturo Sosa, considérait que le diable n’est qu’un symbole, le père Jean-Régis Fropo, exorciste et familier de la réalité du Malin, propose à travers son ouvrage sur le combat spirituel, un moyen pour vaincre le démon et son empire du mal.

Comment est-il possible de reconnaître les tentations du démon ?

Souvent, le démon ne part pas de rien. Nous avons des mouvements affectifs ; les passions, la joie, la colère, le désir, l’espérance, le découragement ou l’inquiétude. Des états intérieurs provoqués par des événements, des personnes que l’on rencontre, une situation que l’on découvre. Tout cela retentit en nous. Quand ces mouvements intérieurs vont dans le mauvais sens, le démon s’en rend compte et il est là pour amplifier les mauvaises pensées, les rancunes. Par exemple, un après-midi de carême, j’ai faim, je passe devant une pâtisserie. Je vois des gâteaux, je veux m’en priver. Et là, une petite voix m’y incite : « Pourquoi pas ? ». Ou bien, je suis sur internet pour un renseignement, une image plutôt trouble s’affiche et m’invite à aller sur un site pornographique. Il faut être prudent sur ce qui vient du démon ou des passions, parce que nous sommes très capables par nous-même d’avoir de mauvais désirs, des mouvements d’égoïsme, de paresse. Il peut arriver que nous nous laissions aller à ce mauvais fond qui est en nous. Le démon est aux aguets, il est parmi nous, « il rôde comme un lion rugissant, cherchant qui prendre, qui dévorer » (1 Pierre 5, 7), il peut repérer assez vite quand nous sommes en difficulté spirituelle pour en rajouter. Par exemple dans un couple marié, le ton commence à monter et l’un rappel le : « Ah oui et tu te souviens quand nous étions fiancés, et il y a des années quand… ». Le démon me pousse à garder une certaine rancune.

Comment savoir si c’est une passion ou le démon ?

C’est ce que j’essaye de préciser dans mon livre. D’abord, je tente de définir ce qu’est l’homme en tant qu’homme et comment repérer rapidement les mouvements intérieurs, affectifs. Si nous n’apprenons pas à les percevoir, on s’y laisse entraîner et on risque de tomber dans le péché. D’après saint Jean de la Croix, les premiers mouvements ne sont pas des péchés. Mais ma volonté risque d’être engagée si je me laisse aller à ce premier mouvement. Des mouvements de désir, d’amour, d’impatience, de colère montrent que nous sommes vivants, que nous réagissons devant un évènement. Le problème, c’est d’arriver à gérer ces émotions. Il y a des tas de petits bouquins pour apprendre à gérer ses mouvements affectifs. Il y a des choses qui sont bonnes, mais ça ne va pas suffisamment loin. Si nous voulons suffisamment maîtriser ces mouvements intérieurs, il faut faire appel à la Vierge Marie ou à Jésus : « Jésus, sauve-moi ! »  « Vierge Marie, venez à mon secours ! »

Pensez-vous qu’un suivi psychologique puisse aider pour le combat spirituel ?

Oui, comme une prise de conscience. Cela peut participer à comprendre comment nous fonctionnons et réagissons. Mais la grande limite du psychologue, c’est qu’il reste sur un terrain naturel alors qu’on ne peut sortir de ces problèmes qu’en se plaçant sur le terrain de la grâce et du surnaturel. Les psychologues découvrent des blessures, cela peut être utile, mais malheureusement, ils n’apportent pas de remède. Car ce dernier est de la grâce de Dieu, de la prière, des sacrements, de la confiance en Dieu, qui peuvent libérer, guérir notre cœur.

Que pensez-vous de la citation de Baudelaire qui voit la souffrance comme un moyen de salut ?

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Dans Romain 8, 28 il est écrit : « Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. » Même un mal objectif peut devenir un bien avec l’aide et la grâce de Dieu. Si un évènement pour une situation ou une maladie me fait souffrir, il y a deux solutions. Ou je reste dans ma souffrance, ou je fais un acte d’acceptation de la volonté du Père. Car si elle arrive, elle est d’une certaine manière dans la volonté du Père et je peux aller jusqu’à une offrande de cette situation. Il faut être prudent, il y a des personnes qui sont tellement écorchées vives et blessées, que parler d’accepter les souffrances ne passe pas ! Elles se révoltent, « Pourquoi moi ? Je n’ai rien fait au bon Dieu… Je ne suis pas coupable… » C’est le mystère du Mal qui est partagé entre les hommes d’une manière qui peut nous paraître parfois injuste. Dans la première aux Corinthiens Chapitre, 10 versets 13, il est dit : « Aucune tentation ne vous est survenue, qui dépasse la mesure humaine ; et Dieu, qui est fidèle, ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces ; mais, avec la tentation, il ménagera aussi une heureuse issue en vous donnant le pouvoir de la supporter. » Même si l’épreuve est très grande, la fidélité de Dieu fait que, si nous faisons un acte de confiance et d’abandon, Il nous donnera la grâce de porter cette épreuve. Et Il en tirera un plus grand bien qui est notre chemin de sainteté. La finalité du Seigneur est de nous faire grandir dans l’union à Lui et dans la sainteté.

Comment peut-on savoir que l’on est possédé ? Est-ce que cela peut être provoqué par une grande souffrance, ou faut-il avoir nécessairement joué avec le mal pour cela ?

Les cas de possession que j’ai eus sont les personnes qui ont été victimes de violences, d’abus sexuels répétés. Notamment des jeunes femmes, jeunes filles. J’ai eu le cas d’une personne qui a subi des abus de son père depuis l’âge de 10 ans jusqu’à 18 ans. Cela a fait l’objet d’un procès aux assises, les démons impurs qui poussaient cet homme à provoquer des abus sont passés progressivement sur la petite fille en question et elle s’est retrouvée elle-même possédée. Ou sinon, ce sont des personnes victimes d’un maléfice, une personne de leur entourage utilise la magie pour leur faire du mal. Il ne faut pas croire que cela n’existait qu’au Moyen Âge. Il y a beaucoup de gens aujourd’hui qui trafiquent avec la magie ou la sorcellerie, parfois pour réussir dans le monde, pour dominer les autres ou pour envoyer quelque chose de mauvais à une personne ennemie. Je n’ai pas fait de théories, ce sont des cas que j’ai observés et que j’ai bien été obligé de constater.

Si vous deviez donner un conseil au lecteur pour lutter contre le mal, lequel serait-il ?

Le combat spirituel

La prière, la prière du cœur, avoir vraiment une prière qui soit un dialogue personnel intime avec Jésus. La prière du chapelet aussi, la Vierge Marie est très puissante contre le mal. Avoir une forme de prière qui s’oriente vers l’oraison. Et puis prier saint Michel Archange, l’ange gardien. Aussi, l’eau et les médailles bénites pour combattre les assauts du démon.

Pour aller plus loin : Jean-Régis Fropo, Le combat spirituel, Édition Peuple Libre, 154 p., 13 €.

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