Des BD pour l’Histoire : entretien avec Reynald Secher

Publié le 18 Nov 2014
Des BD pour l'Histoire : entretien avec Reynald Secher L'Homme Nouveau

Reynald Secher vient de faire paraître le tome 5 de son Histoire de France en BD. Historien scientifique connu pour ses travaux sur la résistance face au totalitarisme et notamment pour ceux du génocide et du mémoricide vendéen, il explique ici l’intérêt de la BD historique.

Vous êtes l’auteur d’une trentaine de BD à caractère historique dont certaines ont connu un grand succès. Qu’est ce qui vous a amené à vous intéresser à ce support ?

Reynald Secher : La raison est simple. Professeur dans l’enseignement secondaire dans les années 1980, j’avais constaté le désamour des élèves de l’enseignement notamment de l’Histoire. Au-delà de ce constat, j’ai essayé d’en comprendre les raisons. J’en suis arrivé à cette conclusion que ce n’était pas l’objet qui était en cause mais les méthodes.

C’est-à-dire ?

François-Xavier Bellamy a écrit un très bon livre sur cette question : Les déshérités. L’école ne veut plus transmettre un savoir et une méthode mais libérer l’enfant de toute contrainte en lui permettant de s’épanouir par lui-même. C’est absurde mais c’est ainsi. L’Éducation nationale a donc créé des méthodes en ce sens dont la méthode globale. C’est vrai dans toutes les matières notamment en Français et en Histoire. L’enseignement traditionnel de l’Histoire reposait sur quatre acquis : la chronologie, la cartographie, l’évènement et l’homme. On les a supprimés pour la thématique. Les dégâts sur l’esprit des élèves sont les mêmes qu’en Français et se traduisent par un désintérêt total et pour cause.

Et la solution pour vous a été la BD ?

Je ne pouvais pas accepter ce constat d’échec et j’ai beaucoup réfléchi avec mes élèves sur cette question. La solution est venue d’une mère de famille, Joëlle Vallier. J’ai d’abord mis en images mon livre sur le génocide des Vendéens et ai travaillé avec des élèves en cours particuliers pour affiner le contenu. Je me suis rendu compte que la BD faisait le tour de la famille et des amis. J’ai fait faire une enquête à l’occasion d’un stage de communication : les conclusions ont été surprenantes. Une BD historique était lue en moyenne par onze personnes et souvent relues. Fort de ce constat, je me suis lancé dans cette aventure et comme aucun éditeur n’était intéressé j’ai créé ma propre maison d’édition.

Concrètement, comment se présente une BD ?

Elle est décomposée en quatre parties pour la BD profane et en cinq pour la BD religieuse. On a, comme pour un livre, un sommaire, puis une présentation chronologique comparative entre l’histoire racontée et l’histoire globale, une introduction et l’histoire racontée en images. Pour les BD religieuses, j’ajoute un documentaire sur le saint concerné à partir de photos, de prières le concernant et de documents.

Comment sont-elles accueillies ?

Il faut distinguer le libraire du lecteur. Le libraire, en règle générale, est perdu face à un tel produit car il ne sait ni positionner ni vendre la BD. C’est particulièrement vrai dans les grandes surfaces. Par contre, certains, parce qu’ils en ont compris l’intérêt, la mettent en avant et ont su capter un public fidèle. Quant au public, en règle générale, j’ai à faire à des passionnés, certains ayant découvert l’Histoire et son intérêt grâce à elles. J’ai des lecteurs de tous les âges dont une lectrice de 92 ans qui m’écrit systématiquement ses remarques. Phénomène nouveau, on me sollicite maintenant pour des conférences sur la manière d’enseigner l’Histoire notamment à partir de l’image. Il faudra d’ailleurs qu’un jour j’écrive un livre sur cette question.

Pourquoi une Histoire de France ?

Depuis quelques années, et c’est une bonne chose, les Français s’interrogent sur leur avenir. Il faut d’abord se poser la question de notre identité et la définir. Pour moi, cette définition est simple : il faut savoir d’où l’on vient, qui l’on est et ce que l’on veut devenir ensemble. Pour savoir d’où l’on vient, il faut s’informer et c’est la finalité première de l’Histoire, d’où l’intérêt de la connaître. Comme l’école et les médias ne jouent pas leur rôle, j’ai créé cette collection. À ce jour cinq tomes sont publiés. Nous en ferons 12.

Histoire de France T5

Histoire de France, tome 5, Les Carolingiens de Pépin le Bref à Hugues Capet (751-987),
48 p.,12 €.
Les 5 tomes : 50 €, éditions Reynald Secher.

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