Le don d’organes (2/3) : Du don compassionnel au droit cannibale

Publié le 14 Nov 2024
don d'organes

Un « donneur » consent, de son vivant, ou est présumé avoir consenti au prélèvement post mortem de ses organes.

> DOSSIER | Le don d’organes : Jusqu’où peut-on aller ?
Conçu comme un acte d’altruisme et de générosité, le don d’organe est très encadré par la loi. Cependant l’évolution de la médecine et des mentalités multiplie les problématiques éthiques et la législation tend à considérer le corps comme une propriété, entièrement soumise de ce fait à la volonté humaine.

  Alors que l’avortement est devenu une liberté protégée par la censure des oppositions de principe et que l’euthanasie rampe sous le voile du suicide assisté lui-même camouflé derrière l’aide à mourir, l’usage du corps humain au profit d’hommes souffrants se poursuit au nom d’une vaste fraternité ne semblant plus soulever des débats de principe mais qui pose des « questions de société », du moins s’agissant des dons d’organes dans un cadre thérapeutique (art. 16.3 du Code civil), « priorité nationale » (art. L. 1231-1-A du Code de la Santé publique ou CSP).

Pas de don du corps entier

Nous entendons : des organes. Cette précision exclut les éléments se reproduisant naturellement et pour lesquels des règles particulières existent [1]. Elle exclut le don du corps en son entier après décès, qui ne peut être réalisé que dans les limites tracées par l’article L. 1261-1 du CSP, et R. 1261-1 et s. (don de corps à des fins d’enseignement médical et de recherche), imposant notamment le contrôle par un comité d’éthique. Bien entendu, elle exclut le don du corps. Sous ces réserves, la loi retient le terme de « don » portant sur des organes humains. On cite l’ANSM (Agence nationale de Sécurité du Médicament) : partie du corps humain qui remplit une fonction utile à la vie [2].

Don consenti

En premier lieu, il y a « don », et les articles L. 1231-1, 1231-2, 1231-4 du CSP le confirment. Un « donneur » y consent, de son vivant, ou est présumé y avoir consenti en cas de prélèvement post mortem, s’il ne s’est fait inscrire sur un registre des refus (art. L. 1232-1). On eût pu écrire « donateur », qui effectue une « donation ». Mais celle-ci est un contrat par lequel le donateur transmet la propriété d’un bien à un donataire, qui l’accepte. Or, il n’y a pas de contrat entre le « donneur » et le receveur qui bénéficie de la greffe de l’organe prélevé. C’est pourquoi les mots des libéralités sont impropres, même si nous avions naguère adopté la lecture civiliste de ce « don bioéthique ». Une doctrine…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Gérard Mémeteau, Professeur émérite à la Faculté de Droit de Poitiers

Ce contenu pourrait vous intéresser

SociétéArt et Patrimoine

Le sens de la pente

Carte blanche à Marie Piloquet | Le Beau n’advient pas seul. Il lui faut, pour le faire éclore, une tension certaine, le choix de la persévérance, le goût de l’ascèse et la transmission. Le chemin n’est pas lisse et la pente a un sens.

+

musique classique pente Ephata
Société

Les menaces de LFI : Insoumission, désobéissance civile et révolution

L’Essentiel de Joël Hautebert | Les appels à la désobéissance civile et à la violence se multiplient avec l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Une logique révolutionnaire qui invoque le chaos et la destruction comme armes et comme unique horizon de l'action politique face à la victoire annoncée de Marine Le Pen. Un danger pour la paix civile et des moyens illégitimes qui ne peuvent servir la loi supérieure dont nous nous réclamons.

+

Mélenchon désobéissance civile
SociétéLectures

L’islam des Lumières existe-t-il ?

Dans son dernier ouvrage paru, L’Islam des Lumières. Histoire de l’humanisme musulman (VIIe-XXIe siècle), Olivier Hanne brosse un vaste panorama de l'islam, en montrant que comme religion et comme civilisation il recouvre des courants de pensée nombreux et variés. Mais sa démonstration quand à la possibilité d'un islam libéral semble échouer devant l'Histoire.

+

islam des lumières coran
SociétéBioéthique

La GPA éthique : quand l’adjectif remplace la question

C’est logique ! de François-Marie Portes | En jouant avec les mots, on peut en venir à occulter leur sens réel et leurs conséquences. En s'appuyant sur une distinction des circonstances, on nous propose une GPA « éthique », oubliant que dissocier la maternité de la gestation est contre nature, divisant ce qui était uni.

+

gpa éthique
SociétéFin de vie

De la situation faite à la mort en temps nihiliste

L’Essentiel de Thibaud Collin | Dans notre société libérale, la mort est devenue incompréhensible. Échec impossible à envisager pour ceux qui divinisent la liberté et croient à l'autonomie complète de l'homme, elle est donc invisibilisée et l'euthanasie et le suicide assisté ne représentent que les tentatives illusoires de contrôler sa destinée jusqu'au bout.

+

mort nihilisme fin de vie euthanasie suicide assisté