Emmanuel Macron en Afrique : une tournée présidentielle sous tension

Publié le 17 Mar 2023

Les 1er et 2 mars, à Libreville (Gabon), Emmanuel Macron participait à un sommet qui avait l’ambition d’offrir « des solutions concrètes » en matière de conservation des forêts et de dérèglement climatique. C’était le « One Forest Summit », un peu décalé par rapport aux réalités de la région, mais qui va remplir son office de « pompe à fric » sous forme de subventions diverses et de reversements de taxes carbone.  Le malentendu viendra après, au moment de l’utilisation de la manne : les Occidentaux la voient financer le développement de la région, quand d’autres, comme c’est l’usage, préféreront investir dans l’immobilier de la bonne vieille Europe.  Nous n’en sommes pas encore là ! Pour l’heure, le président Macron était jusqu’au 4 mars en opération sauvetage de l’image de la France en Afrique. Une image aux couleurs bien délavées avec la lessive démocratique, offerte comme solution à tous les maux, et le rinçage de la propagande russe.  Au Gabon, c’était mal parti. L’opinion locale lui a reproché de venir quelques mois avant les élections présidentielles, l’accusant « d’ingérence » en faveur d’Ali Bongo, l’actuel président.  Au Congo dit Brazzaville, notre ancienne colonie, la faute du premier Français était plus indiscutable. Le président en exercice, Denis Sassou-Nguesso, est quasi indéboulonnable depuis 1979. À l’Élysée, on n’aime pas ça et Emmanuel Macron a décidé de le montrer : il n’est resté dans le pays que trois heures, dont la moitié dans les jardins de la résidence de l’ambassadeur, à papoter avec la communauté française vivant dans le pays.   Carrément une insulte ! Sassou-Nguesso a lui été impeccable : au programme de discrétion prévu, il a répondu en arrivant à l’aéroport avec tout le gouvernement, fanfare en tête, au milieu d’un déluge de banderoles célébrant l’amitié indestructible entre nos deux pays. C’était ironique et habile. D’autant plus que la pilule était dure à avaler : le président français a repris l’avion pour aller dormir à Kinshasa, de l’autre côté du fleuve qui fait la frontière avec la RDC, le Congo bis, l’ex-belge.  Cette préférence marquée pour la RDC s’est néanmoins illustrée par un propos bien peu diplomatique. Le président a osé dire en conférence de presse : « Depuis 1994, ce n’est pas la faute de la France si vous n’avez jamais été capables de restaurer la souveraineté ni militaire,…

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Alain Chevalérias

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International

Ballon espion : la Chine fait des bulles

rier, un ballon est signalé dans le ciel américain. Il est abattu par l’armée le 4 dans les eaux territoriales. Puis le 10 février, des avions de chasse F22 descendent un objet volant près des côtes de l’Alaska. Le 11, le Canada demande aux États-Unis d’intervenir pour faire feu sur un autre engin au-dessus du Yukon. Enfin, le 12, c’est à la verticale du Michigan (États-Unis) qu’un nouvel engin est abattu.

Le 8, Washington accusait la Chine de lancer « une flotte de ballons destinés à des opérations d’espionnage » à travers le monde. Étions-nous à la veille d’un nouveau conflit diplomatique ?

Très vite, Pékin s’avouait le propriétaire du premier ballon et déclarait que ce dernier transportait des équipements pour recueillir « principalement » des données météorologiques. On retiendra que « principalement » ne veut pas dire exclusivement. Même si les Chinois affirment que leur aérostat était sorti involontairement de sa trajectoire, les Américains s’inquiétaient d’autant plus qu’il était passé au-dessus du Montana où sont implantés leurs missiles nucléaires.

La suite nous en dira sans doute plus puisque l’aéronef a été récupéré pour analyse. Néanmoins, on sait déjà que sa charge était plus importante que celle d’un ballon météorologique normal. D’autre part, la nacelle était équipée d’un système de guidage qui rend peu crédible la thèse d’un écart involontaire de trajectoire.

La Chine n’en a pas moins répliqué avec fermeté : en exprimant « son fort mécontentement, elle proteste contre l’utilisation de la force par les États-Unis ».

Cependant, le mystère reste entier pour les trois autres engins volants non identifiés. Pékin n’en reconnaît pas la paternité et Joe Biden lui-même a déclaré : « Ces trois objets sont vraisemblablement liés à des entreprises privées, à des activités de loisirs ou à des institutions de recherche. » Peut-être, mais personne n’a élevé la voix pour se plaindre ou signaler la destruction de son ou de ses équipements. Ensuite, le président des États-Unis a donné un peu vite une explication logique et possible à ce mystère.

Mieux, il cherche à rassurer, disant qu’il n’y a pas une soudaine augmentation d’objets volants dans le ciel américain mais une meilleure capacité à les détecter avec les radars. Au point que l’on se demande s’il ne couvre pas autre chose. Dans son registre, le général Glen VanHerck, patron des forces aérospatiales américaines, en rajoutait. À une question sur un possible envoi d’OVNI par des extraterrestres, il répondait « n’avoir rien écarté à ce stade ». La Maison Blanche s’est vue obligée de démentir cette hypothèse.

La question se pose : l’armée américaine aurait-elle détruit le matériel d’expériences secrètes plutôt que de les révéler au public ? Ce ne serait pas la première fois, en raison du cloisonnement des informations sur de telles opérations. Un autre détail pourrait aller dans ce sens pour les trois autres aéronefs : alors que les restes du premier ont été retrouvés, l’armée américaine a déclaré ses recherches infructueuses pour les trois autres.

Reste à s’interroger sur la légitimité, en termes de droit, du survol d’un territoire par des ballons d’un pays tiers et, non moins important, de leur destruction par le pays survolé. Chaque État jouit de « la souveraineté complète et exclusive sur l’espace aérien au-dessus de son territoire », selon les règles de l’aviation civile. Les appareils civils sont libres de circuler, mais les appareils militaires peuvent être interceptés. Et s’il s’agit d’un appareil espion qui se donne une apparence civile ?

Néanmoins, et c’est un autre problème, selon Pékin, depuis l’année dernière, « des ballons américains ont survolé la Chine à au moins dix reprises ». Le hiatus est sans doute là : Washington n’accepte pas qu’on lui renvoie la politesse.

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