En lisant La Cité de Dieu

Publié le 27 Oct 2024
la cité de dieu

© BnF

> Carte blanche d’Yves Chiron

  Les Confessions, l’ouvrage le plus connu de saint Augustin, ont été lues de génération en génération, à travers les siècles. Ce n’est pas une autobiographie ou une introspection, mais le dialogue d’une âme avec Dieu, l’histoire d’une conversion, « le Dieu qui m’a formé m’a réformé », écrit saint Augustin. La Cité de Dieu, autre grand livre de saint Augustin, est connu par son titre et par la théologie politique que certains en ont tirée, mais par son ampleur – plus de mille pages dans l’édition de la Pléiade –, il est beaucoup plus difficile de le lire intégralement. À moins d’être moine ou passionné par l’Antiquité chrétienne, il faut des circonstances particulières pour se plonger dans ce vaste traité d’apologétique. En août 410, Alaric, roi wisigoth arien, et ses troupes s’emparent de Rome et la pillent. C’était une nouvelle étape dans la désagrégation de l’Empire romain d’Occident. L’événement eut un retentissement considérable. Beaucoup furent stupéfaits. Saint Augustin dira bientôt : « Vous vous étonnez que le monde périsse ; mais c’est comme si vous vous scandalisiez que le monde vieillisse. Il est comme l’homme : il naît, il grandit, il meurt. » Certains accusèrent les chrétiens d’être responsables du désastre, parce que les empereurs chrétiens avaient banni les dieux protecteurs de Rome et de l’Empire. En 412, saint Augustin commença la rédaction de La Cité de Dieu, qui ne sera achevée qu’en 426. C’est un vaste traité d’apologétique en 22 livres. Les dix premiers livres réfutent le paganisme, ses incongruités, ses cruautés, le ridicule et l’invraisemblance de la mythologie. La traduction de Lucien Jerphagnon des livres I à III ose certains termes familiers (« cocu », « dégobiller » et d’autres). Le culte des faux dieux est responsable de la décadence des mœurs de Rome. Le dernier livre de cette première partie est une critique des thèses de Platon, de Plotin et de Porphyre sur la religion. La deuxième partie – les livres XI à XXII – montre le christianisme comme la seule véritable religion. La « Cité de Dieu » c’est la maison du Salut. Saint Augustin expose l’histoire du Salut à travers les événements historiques, depuis la création d’Adam et le péché originel jusqu’au salut apporté par Jésus-Christ et son Église et au Jugement dernier (sujet du livre XX).  Ce serait un contresens que d’opposer la « cité terrestre » et la « Cité de Dieu » qui serait une sorte d’idéal à…

Pour continuer à lire cet article
et de nombreux autres

Abonnez-vous dès à présent

Yves Chiron

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneCultureHistoire

Saint Louis (7/8) : Un héritage à part entière

DOSSIER n° 1859 « Saint Louis : un immense héritage spirituel, moral et politique » | C’est très symboliquement que le saint roi a marqué la dynastie capétienne. Sa mort constitue en effet un point de départ pour ses descendants qui confèrent à l’appartenance à son lignage et à son sang un caractère exceptionnel. Ils aspirent à construire une beata stirps, une lignée bienheureuse, dont le prestige rejaillit sur ses descendants. La perpétuation de la mémoire de saint Louis transparaît aussi dans les arts et l’architecture.

+

saint louis héritage
À la uneCultureHistoire

Saint Louis (6/8) : À la chapelle royale de l’École militaire

DOSSIER n° 1859 « Saint Louis : un immense héritage spirituel, moral et politique » | Méconnue du grand public, en raison de sa moindre accessibilité, la chapelle Saint-Louis de l’École militaire est pourtant un témoignage exceptionnel de l’art sacré sous Louis XV et de la place qu’occupait la figure de saint Louis dans l’imaginaire religieux et politique du royaume.

+

chapelle royale École Militaire Saint louis
À la uneCultureHistoire

Saint Louis (5/8) : Un roi au service du bien commun

DOSSIER n° 1859 « Saint Louis : un immense héritage spirituel, moral et politique » | Saint Louis aurait pu être un homme pieux mais médiocre souverain, un excellent chef doublé d’un triste mécréant. Il ne fut ni l’un ni l’autre. En travaillant à l’héroïcité de ses vertus, il a magnifié ses dispositions profanes, transcendant ses qualités de dirigeant. Entretien avec François-Régis Legrier, professeur de géopolitique, auteur de Saint Louis, modèle des chefs d'État (Via Romana).

+

saint louis bien commun justice chef
CultureArt et Patrimoine

Une petite-fille de Velázquez ?

Analyse d’œuvre | L'exposition en cours au musée Jacquemart-André propose au public des chefs-d’œuvre de la peinture baroque espagnole, parmi lesquels un portrait d'enfant dans un style qui tranche avec les ceux qui rendirent si célèbre Velázquez, le maître du Siglo de Oro, auprès des cours européennes.

+

Velázquez