Heureux les invités aux noces de l’Agneau

Publié le 03 Nov 2017
Heureux les invités aux noces de l’Agneau L'Homme Nouveau

Dans la forme ordinaire la sainte hostie est présentée ainsi aux communiants : « Heureux les invités au repas du Seigneur, voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». La formule s’inspire de toute évidence du texte de l’Apocalypse : « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau » (Apoc. 19,9). Les noces de l’Agneau : l’expression qui fait penser à la parabole des noces du Fils du Roi, donne toute sa densité au moment de la sainte communion : le Fils de Dieu et de Marie est devenu notre Agneau qui, en se laissant manger, devient notre vie et la prend toute entière, mystère d’union, mystère nuptial. Oui, car « le royaume des cieux ressemble » effectivement « à un roi préparant les noces de son fils ». Nos noces d’ici-bas obligent déjà à regarder bien haut, sursum corda. Ce mot, « noces », et ses dérivés reviennent près de dix fois dans la parabole de saint Mathieu (22, 1-14), signe de l’ampleur de l’enjeu.

En 592 saint Grégoire l’a commentée, donnant d’abord une clé de lecture un peu trop haut perché : « Dieu le Père fit des noces pour Dieu son Fils lorsqu’il lui unit la nature humaine dans le sein de la Vierge, et quand il voulut que celui qui était Dieu avant les siècles devînt homme à la fin des siècles ». Les noces seraient alors la divine surprise de l’union hypostatique. Puis, avec un sens précis de l’orthodoxie, le saint pape se reprend : « L’union conjugale se fait normalement entre deux personnes, mais notre Rédempteur, Dieu et homme, n’est pas pour autant le fruit de l’union de deux personnes. Il subsiste en deux natures, et ce serait un blasphème de le croire composé de deux personnes ». Se ravisant donc, il précise la clé de lecture de la parabole ; il s’agit plutôt de l’union du « roi son Fils avec la sainte Église par le mystère de l’Incarnation… Et le sein de la Vierge Mère fut le lit nuptial de cet Époux » (Homélie sur les Évangiles, XXXVIII, 3).

Derrière la difficulté soulignée, je vois en filigrane le mystère de l’union charnelle dans les noces humaines selon de plan de Dieu. La présence de Jésus à Cana en souligne la noblesse, mais l’histoire et la société ne cessent de malmener le mariage par des contrefaçons et désormais par d’affreux contresens : on légifère en vain à ce sujet d’une façon qui discrédite le fondement du droit. Au sujet du mariage humain, saint Paul renvoie à la Genèse : « Les deux ne seront qu’une seule chair » (2, 24), pour orienter vers une union plus intime : « Celui qui s’unit au Seigneur, au contraire, n’est avec lui qu’un seul esprit » (I Cor. 6, 16s). En fait, à partir du mariage humain, puis du mystère de l’Église, le Bon Dieu se dévoile un peu Lui-même : Il a un dessein d’unité pour nous qui nous emmène très loin, sans confusion bien sûr, ni mélange indu. Seule la simplicité de la foi avec un cœur d’enfant nous garde ici contre toute fantasmagorie panthéiste.

Pour cela, on est à bonne école avec le grand moine que fut dom Édouard Roux. Au sujet de cette parabole, il parle comme saint Grégoire du « jour des noces du Verbe et de l’humanité dans le sein de la Vierge… La place (de celle-ci) à côté du Roi était prête pour la grande fête des noces de l’Agneau » (Marie, Mère & Reine, p. 9, 21). Néanmoins le dessein divin relie intimement ensemble l’union hypostatique en Jésus d’une part, et sa grâce capitale d’autre part qui crée son union avec l’Église par la médiation de Marie, « Mystère de la complaisance éternelle de Dieu », dit le Père abbé. « Par un même décret, Dieu a prédestiné le Christ Jésus à la filiation divine naturelle, et la Vierge Marie à être Mère de Dieu, et, par voie de conséquence, à la plénitude de la gloire et de la grâce » (p. 21). Un peu plus loin il synthétise les divers points de vue : « Cette épouse, c’est la nature humaine (de Jésus); cette épouse, c’est l’Église ; cette épouse, c’est chacun d’entre nous » (p. 23).

Pour saint Augustin, « le sein de la Vierge Marie est la chambre nuptiale, c’est de là qu’il s’est avancé comme l’époux de la chambre nuptiale. Le Verbe est en effet l’Époux, l’Épouse est la chair humaine » (in Jn. Tract. 8, 4). La famille humaine, restaurée et regroupée, per ipsum, cum ipso, in ipso, est appelée à entrer dans l’unité de la Sainte Trinité, et cela, c’est l’Église (Cf. Marie Mère & Reine., p. 107).  « Le Père, en unissant son Verbe à une nature créée, allait célébrer les noces de son Fils » (Père de la Broise, La Sainte Vierge, p. 79). Sans fanfare, voilà la grande théologie nourrie des Pères et des meilleurs auteurs.

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