Huysmans De Degas à Grünewald

Publié le 03 Fév 2020
Huysmans  De Degas à Grünewald L'Homme Nouveau

Le musée d’Orsay met à l’honneur Joris-Karl Huysmans (1848-1907), écrivain et critique d’art. 

À l’entrée de l’exposition, son beau visage dessiné au pastel par son ami Jean-Louis Forain (1852-1931) accueille le visiteur. Dans les premières salles, c’est un critique virulent qui apparaît, face à l’art adulé de son temps. C’est-à-dire face à la peinture académique officielle. Ainsi la « Naissance de Vénus », de William Bouguereau (1825-1905) est pour lui « une baudruche mal gonflée » ; « c’est exécuté comme pour des chromos de boîte à dragées, la main a marché seule faisant l’ondulation du corps machinalement ». Puis, dans la suite du parcours, une évocation de son roman le plus connu, À Rebours, est proposée. Les murs sont couverts d’un papier peint composé de grandes photographies en noir et blanc, rappelant l’atmosphère lourde de l’univers de des Esseintes, héros esthète et décadent de son livre. Des œuvres appréciées par ce personnage sont présentées : d’étranges lithographies et de magnifiques dessins d’Odilon Redon ; des peintures de Gustave Moreau…

Né dans une famille d’artistes, Huysmans est au départ très marqué par Rembrandt et Hals. La découverte de Degas lors de l’exposition impressionniste de 1876, provoque chez lui un choc esthétique, désormais il n’exclut ni les peintres de la vie moderne, ni les artistes portés par le rêve… Il contribua aussi à la redécouverte des artistes primitifs flamands et italiens.

Des lettres, des manuscrits, des portraits des écrivains qu’il admire ou fréquente (Baudelaire, Barbey d’Aurevilly, Mallarmé, Verlaine…) sont aussi montrés. 

La dernière salle noire est « une installation » constituée de trois reproductions identiques de la Crucifixion de Grünewald, tableau qui le bouleversa. Après avoir fréquenté l’abbé Boulan, en rupture avec l’Église, et assisté à ses messes noires, Huysmans se convertit au catholicisme en 1892. Dès lors il fréquente régulièrement différentes abbayes (Saint-Wandrille, Solesmes, Ligugé). La prière de des Esseintes qui conclue sa fiction semble avoir été entendue : « Seigneur, prenez pitié du chrétien qui doute, de l’incrédule qui voudrait croire, du forçat de la vie qui s’embarque seul, dans la nuit, sous un firmament que n’éclairent plus que les consolants fanaux du vieil espoir ! »

Une sensibilité et un œil hors du commun ! 

Jusqu’au 1er mars 2020. Musée d’Orsay, 1 rue de la Légion d’Honneur, 75007 Paris. Tél. : 01 40 49 48 14. Ouvert de 9 h 30 à 18 h mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche, jusqu’à 21 h 45 le jeudi. Fermé le lundi

Catalogue :  Joris-Karl Huysmans, De Degas à Grünewald, collectif, éd. Musée d’Orsay, Gallimard, Musées de la ville de Strasbourg, 229 p., 35 €.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneCultureLectures

Réédition de La Varende : Heureux les humbles

Recensions | Dans notre page culture, les livres choisis vous parlent de la carmélite Élisabeth de la Trinité, du voyage de trois amis à vélo jusqu’en Corée, des rééditions des nouvelles de La Varenne, des cathédrales gothiques françaises, de Georges de La Tour, etc. Paru dans le n° 1861. 

+

témoignage lecture livre école la varende humbles
À la uneCultureHistoire

Un anniversaire américain

Carte blanche de Judith Cabaud | Il y a 250 ans, le 4 juillet 1776, la déclaration d’Indépendance des États-Unis d’Amérique fut signée par les pères fondateurs de la nouvelle nation, en guerre avec la Grande-Bretagne. Pour comprendre cette naissance contradictoire, Alexis de Tocqueville fut un des premiers Européens à analyser le phénomène américain.

+

anniversaire américain Amérique démocratie
À la uneCultureHistoire

Général Pau, un chef « bienveillant »

C’est tout à l’honneur du colonel Rémy Porte d’avoir rendu justice dans son dernier livre au général Pau. Officier brillant, catholique pratiquant et affiché en ces temps de laïcisme et d’anticléricalisme violents, Paul Pau était un modèle pour ses subordonnés.

+

1920 General Paul Pau e1788509732211 duchesse de berry