Il est urgent de nous reconquérir nous-mêmes

Publié le 07 Déc 2015
Il est urgent de nous reconquérir nous-mêmes L'Homme Nouveau

Sortir de l’émotion

Tout a été dit ou presque sur les attentats qui se sont déroulés le 13 novembre dernier puis sur l’assaut mené par le Raid le lundi suivant. La guerre a été portée au cœur même de la capitale et elle nous a été imposée. Faut-il rajouter du commentaire aux commentaires, notre part au long sillon déjà creusé par des journalistes ou des hom­mes politiques souvent dépassés par un évènement malheureusement prévisible ?

Dans ce numéro, si nous rappelons les faits et tentons de les mettre en perspective, nous avons voulu également nous extraire du choc ressenti pour poser un certain nombre de questions – certes de manière non exhaustive – mais dont nous espérons qu’elles donneront à nos lecteurs des pistes de réflexion. Plus que jamais, en effet, nous pensons qu’il est nécessaire de ne pas se laisser submerger par l’émotion – aussi légitime soit-elle – afin de poser sur les attentats et sur la France le regard le plus lucide possible.

Un moment charnière

S’il y a bien une urgence, c’est que le pays dans son ensemble se ressaisisse et profite de ce drame pour opérer une réforme profonde. L’Histoire nous a appris que les évè­nements de forte amplitude n’arrivent pas par hasard, mais qu’ils répondent souvent à un enchaînement des faits qui finissent, malgré leur disparité ap­parente, par imposer une logique. Nous sommes, aujourd’hui, non au dé­but d’un épisode historique, mais à un de ces moments charnières qui découle de causes antérieures et qui entraînera demain encore bien des effets.

Récemment pour Le Figaro, et dans la suite de son livre, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, Philippe de Villiers a mis directement en cause le « Sarkhollande » qui a produit « une société multiculturelle avec six à dix millions de musulmans en France », « un laïcisme droit-de-l’hommisme qui n’est pas une réponse à la soif d’absolu de notre jeunesse et, enfin, le choix de l’Arabie Saoudite et du Qatar, c’est-à-dire d’al-Nosra qui est une variante sémantique d’al-Qaïda ». (Figaro, 24 novembre). Le fondateur du Puy-du-Fou a raison dans sa remise en cause du personnel politique et dans la dénonciation des causes immédiates de la tragédie actuelle.

On peut cependant compléter celle-ci par le rappel de causes plus lointaines, et d’une certaine manière, plus fondamentales, du retour de l’Histoire dans notre vie quotidienne.

Les Lumières nous paralysent

Car que constatons-nous ? D’abord, l’incapacité de l’État à assurer la sécurité intérieure, élément primordial du bien commun dont il a la charge. Ensuite, l’implosion civilisationnelle de notre pays qui offre ainsi le terreau indispensable à toutes les folies barbares. Ces deux faces d’une même pièce tragique puisent les ressources et la justification de leur existence dans une même origine : la Révolution, traduction politique et institutionnelle de la philosophie des Lumières.

Dans son domaine propre, celle-ci a produit ses effets, du laïcisme militant et obsessionnel du début du XXe siècle jusqu’à l’offensive antiraciste de « Touche pas à mon pote » en passant par la réconciliation ratée de 1945 et les effets dévastateurs de mai 1968.

Les Lumières forment le péché originel de notre civilisation, cette paralysie intellectuelle que nous nous transmettons sans même nous en apercevoir, tant nous baignons dans l’air vicié de cette culture. Elles occupent nos cerveaux, conditionnent nos réflexes, entament nos énergies.

Face à la guerre subversive

La guerre qui nous est menée nécessite bien évidemment une réponse guerrière, avec son lot de frappes et de combats. On parle aujourd’hui de « terrorisme », atténuation sémantique de la réalité. Plus que du terrorisme, qui oblige à se focaliser uniquement sur la réaction proportionnée à des attentats, nous sommes en fait confrontés à une réelle lutte subversive d’ampleur internationale dont les attentats ne sont qu’un élément parmi d’autres. Le plus visible, le plus sanglant, mais peut-être pas, hélas, le plus dangereux. Car cette subversion possède ses réseaux d’influence, ses collaborateurs, conscients ou non, ses relais d’opinion, ses méthodes de déstabilisation, ses territoires conquis, etc.

Nous sommes donc entrés dans un nouvel épisode d’une guerre longue et qui doit avoir pour premier effet de nous faire saisir que celle-ci s’impose à nous pour au moins une génération. Il ne suffira pas de l’État d’urgence, d’une coalition internationale, des frappes depuis notre seul porte-avions, des patrouilles dans les rues de Paris, etc. La guerre subversive exige d’abord la reconquête spirituelle, morale et intellectuelle des élites afin d’être à même de mener une lutte efficace.

Considéré comme l’un des spécialistes de la contre-insurrection, Jacques Hogard expliquait que « C’est l’Homme qu’il faut conquérir et puisque l’Homme est à la fois Esprit et Corps, la lutte sera d’abord psychologique ». Mais, aujourd’hui, avant de conquérir l’adversaire ou le soutien de l’adversaire, il nous faut d’abord nous reconquérir nous-même. Oserai-je le dire ? À sa place, et selon ses possibilités, c’est aussi le rôle de L’Homme Nouveau de permettre cette reconquête.

Ce contenu pourrait vous intéresser

À la uneÉditorial

Notre quinzaine : L’heure des saints vient toujours

Un seul juste est-il sauvé ? Les saints et les anges s’en réjouissent. Tâchons d’en faire autant, en nourrissant ainsi notre espérance. Dans la nuit de Pâques, 21 386 catéchumènes (adultes et adolescents) ont reçu la grâce du baptême. Pâques est la seule vraie nouvelle qui compte.

+

pâques saints
ÉditorialCarême

Pâques : quelle fut l’intention du Sauveur ?

Éditorial du chanoine Alexis d'Abbadie | Jésus, dans sa Résurrection, a rejeté tout triomphalisme. Quelle fut l’intention du Sauveur alors ? Certainement un enseignement profond qui est que le mystère de sa Résurrection doit avant tout se trouver et se vivre dans la profondeur de notre âme. D’où le fait que l’introït du jour de Pâques soit un chant humble, méditatif, rappelant presque le ton du carême.

+

pâques ressuscité
Éditorial

Élections municipales et créatures inférieures : l’égalitarisme en question

Éditorial du chanoine Pol Lecerf | Si quelque chose nous est dû, ce n’est jamais qu’en raison de cette générosité divine, à laquelle nous devons tout. Dieu est maître de ses dons, et il n’a pas voulu d’une monotonie uniforme, d’un nivellement égalitaire. Notre univers, si vaste et si beau, est tout au contraire une immense hiérarchie. Chaque être est unique ; unique aussi est sa place dans cet ordre divin.

+

inférieur création créature dieu
Éditorial

Notre quinzaine : La dernière bataille ?

Éditorial de Philippe Maxence | En 1956, paraît à Londres le dernier tome des Chroniques de Narnia de C.S. Lewis, sous le titre La Dernière Bataille. Derrière ce titre se trouve une raison quasiment théologique : la dernière bataille qui s’ensuivra est l’ultime affrontement entre les armées du Bien et celle du Mal. Sommes-nous entrés dans cette dernière phase ?

+

dernière bataille
ÉditorialCarême

Petit éloge du carême dans un monde augmenté

Éditorial du chanoine Laurent Jestin | Faire un bon carême ! Qu'est-ce à dire ? Parce que la discipline commune a changé depuis quelques décennies et que la coutume, dans nos pays occidentaux, n'en a pas gardé une trace vive, les bons carêmes sont aujourd'hui divers dans leur visée, comme dans leurs moyens.

+

parcours de carême