Je ne sais ce qu’est un père mais je sais qu’il me faut un père

Je ne sais ce qu’est un père mais je sais qu’il me faut un père L'Homme Nouveau

Le point commun entre la question de l’immigration et celle de la famille, ce n’est pas seulement le fait que s’opposer à la dérégulation totale de l’une et au démantèlement de l’autre vous rend tout juste bon à jeter dans la catégorie des gens « pas ouverts ». Cette obsession de l’ouverture – à qui ?, à quoi ? – comme si nous étions une armée d’ouvre-boîtes est désormais un lieu commun. Les réactions sont épidermiques dès que l’on parle immigration ou famille, ç’en est même devenu un fonds de commerce. Parler des frontières fait vendre, que l’on soit pour ou contre, et c’est pour cela qu’il y a encore des défenseurs de l’identité nationale sur les plateaux télés. 

L’impératif de la définition

L’autre point commun, celui sans doute qui précède et permet cette activité lucrative autour de la distribution de brevets d’ouverture, est cet effet de sidération que produit en nous l’impératif de la définition. Sur la question migratoire, le scénario suit toujours à peu près la même trame : M. Gardonlanation explique qu’une immigration massive et incontrôlée opère fatalement un changement culturel et que cela l’ennuie un peu – il est désolé de le dire – parce qu’il tient à l’identité française. Eh bien, M. Sanfrontière serait curieux d’entendre M. Gardonlanation définir l’identité française qui n’est réductible ni à nos cathédrales, ni à nos clochers, ni au saucisson, ni au pinard. On peut être Français de souche sans croire en Dieu ni en diable et, croyez-le si vous voulez, sans se promener au pied de la tour Eiffel une baguette de pain sous le bras. Il en veut pour preuve que la France n’a fait que changer depuis qu’elle est France, ce qui est bien le signe que son identité n’est peut-être que celle d’être mouvante et, par conséquent indéfinissable… 

Sur la question familiale, le procédé est à peu près le même et nous en avons, en ces temps de discussion des lois de bioéthiques, des exemples presque quotidiens. Cela donne toujours à peu près ceci : Mme Multiparentalité ne voit vraiment pas pourquoi Mme Unpèrunemère s’oppose à l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux femmes seules et aux femmes en couple homosexuel. Même au sein des familles homoparentales, les enfants côtoient régulièrement des figures masculines (le grand-père, le prof de sport, l’oncle…), donc il ne faudrait quand même pas exagérer le rôle du père dont on peut finalement tellement bien se passer. Mme Unpèrunemère n’est pas du tout convaincue. Un père, non seulement c’est essentiel sur le seul plan biologique mais c’est aussi important dans la construction de l’enfant parce qu’homme et femme ne sont pas interchangeables, parce qu’un père ce n’est pas comme une mère. C’est là que Mme Multiparentalité hausse le ton. C’est quoi, d’abord, un homme, un père ? Quelqu’un qui a des muscles et qui sort les poubelles ? Quelqu’un qui apprend à l’en­fant à sortir de lui-même et quitter le nid familial ? Eh bien non, raté, parce qu’elle, par exemple, est bien plus musclée que son meilleur ami, même un peu plus poilue pour être honnête, et qu’elle est très ouverte sur le monde et que les pères n’ont pas le monopole de l’apprentissage de la liberté. Mme Multiparentalité n’a pas tort. Un homme, ce n’est pas un taux de pilosité ou un meilleur sens de l’orientation. Un père ce n’est pas une voix plus grave ou un dos plus solide quand, après deux heures de promenade en forêt, il faut porter l’enfant qui n’en peut plus.

Quelle est notre identité ?

Faut-il en conclure que tout ce dont nous peinons à donner une définition précise, que tout ce que l’on ne peut décortiquer en une liste détaillée de caractéristiques, bref, que tout ce qui n’est pas figé et mesurable est forcément inexistant, sans importance, voire carrément mauvais ? Tous ceux qui réclament qu’on leur détaille les contours du rôle du père ou de l’identité masculine seraient-ils capables de dire leur propre identité ? Qu’est-ce qu’être Caroline Mécary ou Aurélien Taché ? C’est pour cela, d’ailleurs, que si cette obsession de la définition est assez agaçante chez les personnes non-croyantes, elle l’est bien plus de la part de ceux qui croient en Dieu… Il est cet être absolu qui nous dépasse infiniment, si bien que nous savons que nos humaines définitions ne disent évidemment pas tout l’être divin. Tout au plus nous permettent-elles de l’approcher dans la mesure de ce que notre intelligence est capable de voir ici-bas. Alors oui, nous ne pouvons peut-être pas expliquer de manière scientifique ce qu’est un père. Mais nous pouvons dire avec certitude qu’il est bon d’en avoir un. 

Couv 1696

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