Jubilé de saint François (1/3) : Découverte d’un témoignage direct sur François et ses frères

Publié le 21 Oct 2026
Saint François jubilé franciscain

Innocent III confirmant la Règle franciscaine, Giotto, église supérieure de la basilique Saint-François d’Assise.

> DOSSIER « Un jubilé pour méditer saint François »
Un minuscule manuscrit du XIIIᵉ siècle livre un témoignage exceptionnel sur saint François d’Assise et les premiers frères franciscains. Redécouvert récemment, il recèle des textes oubliés et son flagrant dépouillement nous replonge dans les origines de l’ordre.

  De François d’Assise, on retient surtout aujourd’hui la conversion exceptionnelle de ce fils de marchand, bouleversé par l’appel à vivre radicalement le message de l’Évangile. On se laisse surprendre par la joie qui a surgi, paradoxalement, de l’extrême pauvreté embrassée à la suite du Christ. On tend aussi à insister sur ce qui croise fortement les préoccupations de notre temps, que ce soit l’exigence de bâtir la paix dans un monde qui se déchire au quotidien, ou le regard bienveillant sur tout ce dont le monde est fait. Luca Giordano the ecstasy of Francis of Assisi françoisCette fraternité étendue à tout l’univers, qui s’exprime dans le merveilleux Cantique des créatures, est perçue en connivence avec le refus, brandi par l’écologie, de contenir le monde animal et végétal dans une position subsidiaire de simple fournisseur de ressources. Ces points de vue, cependant, ne sont que des facettes parmi d’autres de la figure de François, complexe comme celle de tout être humain.

Une découverte

L’intense investissement des chercheurs qui ont écumé les écrits et observé les représentations figurées pourrait laisser croire que tout ce qui est demeuré accessible pour approcher son expérience a du moins été repéré, inventorié et interprété. Pourtant, la récente publication, par Sylvain Piron, d’une « biographie collective » (1) démontre la pertinence et la fécondité d’une démarche optant pour une analyse méticuleuse des témoignages écrits laissés par les plus proches compagnons de François dans les années 1240. Disparates, mais immédiatement nourris des liens interpersonnels noués avec le saint, ils introduisent au cœur de l’expérience de François la dimension essentielle d’un projet collectif et la dynamique de la fraternité qui perdure bien au-delà du moment de sa disparition du monde visible. La mémoire de François qu’ils entretiennent nous invite à lire autrement le devenir de l’ordre religieux qui se réclame de lui. Indéniablement, la construction institutionnelle au cours du XIIIᵉ siècle a tendu à donner une place de choix aux frères lettrés et formés à l’activité pastorale. Un autre processus, simultané et imbriqué dans cette évolution, se devine dans ces témoignages des premiers compagnons où chaque frère…

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Nicole Bériou | Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

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