La Onzième Heure [2/9]

Publié le 18 Août 2018
La Onzième Heure [2/9] L'Homme Nouveau

Leur rejeton était-il aussi « catholico-monarchiste » ? Catholique ? Le dernier des « Antoine » n’avait reçu officiellement que le baptême, ultime concession de son père aux usages anciens, et aux yeux de tous, il n’avait qu’assisté à la messe de Requiem de son bisaïeul dans le rite traditionnel. Monarchiste ? Encore moins, si cela est possible mais il avait passé beaucoup, beaucoup de temps avec son bisaïeul. À sa retraite, celui-ci avait quitté sa commune péri-urbaine pour un petit appartement proche des domiciles de ses descendants. Antoine « le Petit » et sa femme avaient vite trouvé pratique de lui confier l’enfant quand il n’était pas à l’école et qu’ils n’avaient pas le temps de s’en occuper, c’est-à-dire très souvent. Puis, c’est de lui-même que le garçon rechercha la compagnie du vieil homme.

Le retour de classe était souvent l’occasion de confronter les enseignements du jour aux connaissances du « Posthume ». La première de ces confrontations était demeurée vive dans la mémoire de l’enfant. L’institutrice avait donné la formule royale « car tel est notre bon plaisir » comme illustration de l’arbitraire des caprices monarchiques heureusement remplacés à la Révolution par l’expression démocratique du peuple. L’ancien ouvrit son vieux Gaffiot et lui montra que le verbe « placere » signifiait « plaire » mais aussi « agréer », « décider », puis son Littré qui explique que « plaisir » a aussi le sens de « volonté », « consentement » et que cette formule utilisée pour la première fois par François Ier était « une vieille formule de l’aristocratie ». Il lui cita ensuite le titre du roman de Jean d’Ormesson Au plaisir de Dieu qu’on ne pouvait évidemment pas prendre dans le sens de « caprice ». L’enfant comprit alors qu’il fallait faire attention aux mots et demanda à son bisaïeul de lui copier la phrase de Confucius qu’il lui avait citée pour conclure afin de la montrer à sa maîtresse : « La confusion des mots entraîne la confusion des idées ; la confusion des idées entraîne le mensonge et la malversation ». « La professeure des écoles » comme elle disait, se demanda si elle devait porter plainte en lisant la citation. Sa directrice lui conseilla de convoquer d’abord le père de l’élève qui répara, non sans mal, le crime de lèse-majesté professorale. Échaudé par les réprimandes paternelles, l’enfant se dit qu’il garderait dorénavant pour lui des connaissances jugées indésirables. 

Un autre souvenir bien net était celui d’un cours de français au collège et d’un texte de Voltaire contre l’Inquisition espagnole. Le « Posthume » sourit et sortit de sa bibliothèque L’Archipel du Goulag, Soljénitsyne y donne des chiffres : l’Inquisition espagnole à son « apogée » : dix exécutions par mois, le tsarisme de 1837 à 1917 (époque d’agitation révolutionnaire et d’attentats) : dix-sept exécutions par an, la Tchéka de 1918 à 1920 revendiquait plus de mille exécutions par mois, sous la « Grande Terreur » de Staline (1937-1938) : quarante mille exécutions par mois… Puis, citant le grand historien protestant Pierre Chaunu : « La Révolution française a fait plus de morts en un mois au nom de l’athéisme que l’Inquisition pendant tout le Moyen Âge et dans toute l’Europe ». 

À suivre…

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