La pause liturgie | « Alléluia Laudáte Dóminum » du 5ème dimanche ordinaire

La pause liturgie | "Alléluia Laudáte Dóminum" du 5ème dimanche ordinaire L'Homme Nouveau

Alléluia ! Louez Dieu, toutes les nations, louez-le ensemble, tous les peuples.
(Psaume 116, 1)

Thème spirituel : la miséricorde et la louange

Difficile de trouver un alléluia plus bref que celui-ci, comme aussi d’ailleurs il n’existe pas de psaume plus court que le psaume 116 (117 selon l’hébreu) auquel il est emprunté. Ce psaume de deux versets est une invitation à la louange, une hymne universaliste qui convie tous les peuples à louer, à glorifier le Seigneur, à le remercier aussi pour tous ses bienfaits, bienfaits qui se résument en deux mots : miséricorde et fidélité. Notre Dieu est un Dieu qui pardonne et un Dieu qui ne se dédie pas. Parce qu’il est, il sera toujours ce qu’il a toujours été. Et parce qu’il est Amour, cet Amour ne cessera jamais de se répandre, en lui et en dehors de lui. Cette vérité couvre la création tout entière d’un grand manteau paix. Si Dieu a créé l’univers, la terre et tous ses habitants, l’homme en particulier, c’est par amour. Et c’est aussi dans son amour qu’il conserve toutes choses dans l’être. Les promesses de Dieu sont irrévocables. Et la plus belle promesse de Dieu, de son amour, c’est la création tout entière, c’est notre être, notre vie, preuve tangible de sa complaisance éternelle.

Le fait que l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ait désobéi à l’Amour de Dieu ; le fait que le péché puis la mort soient entrés dans le monde contre la volonté de Dieu, ne remettent pas en cause ni l’amour de Dieu ni sa providence créatrice et conservatrice de tous les êtres. Nous sommes toujours les bien-aimés de Dieu, et d’autant plus que nous sommes en danger de le perdre. Dieu a retroussé ses manches, il a voulu peiner, suer, saigner, mourir, pour nous reconquérir. La Rédemption par l’Incarnation est une preuve supplémentaire, surabondante de l’amour que Dieu est et éprouve. Par notre faute, son Amour a acquis un nom nouveau : il est devenu miséricorde, amour qui pardonne, amour qui se penche sur la misère. Nous balbutions avec nos pauvres mots humains des vérités qui sont éternelles : en réalité, la miséricorde de Dieu est aussi vieille (ou aussi jeune!) que son Amour, et c’est cette miséricorde qui a présidé à la création elle-même. Le plan de Dieu est transcendant, éternel, il n’a pas été prévenu ni déconcerté par le péché, il l’a au contraire englobé dans le grand mystère de l’Amour.

C’est cet Amour fidèle au-delà de toutes nos trahisons personnelles ou sociales, que le psaume 116 et notre alléluia invitent à célébrer, à proclamer. Tous les peuples sont concernés, même ceux qui n’ont pas reçu comme Israël, la grâce de représenter historiquement le peuple de Dieu. Israël, au-delà de son histoire, est une préfiguration de l’Église universelle, un signe de la vocation de tous les peuples à devenir l’unique peuple de Dieu, héritier de ses promesses, enfant de son Amour.

La louange est un devoir de reconnaissance pour l’homme individuel. Elle l’est aussi pour l’homme social. Que penser d’une nation qui refuse ou qui oublie de louer son Dieu, son Créateur ? Elles sont pourtant nombreuses dans ce cas, et notamment la nôtre qui, après avoir appartenu au Seigneur, s’est émancipée progressivement de son joug jusqu’à l’apostasie et même, ce qui est presque pire, jusqu’à l’indifférence que nous constatons aujourd’hui avec douleur. Alors, raison de plus, pour nous chrétiens, de chanter cet alléluia, de se laisser convaincre par l’invitation à la louange qu’il contient, de la mettre en œuvre dans notre vie de tous les jours et de préparer par là le grand concert social d’une nation redevenue chrétienne, fille aînée de l’Église, apôtre de la louange divine.

Commentaire musical

Cet alléluia est emprunté au 2ème mode. C’est dire d’emblée qu’il n’a rien d’éclatant. Mais cela ne doit pas nous surprendre : l’alléluia grégorien s’inscrit dans la liturgie de la parole, il a une dimension méditative, il nous fait ruminer la parole de Dieu, il prépare nos âmes à recevoir la Parole faite chair à travers la proclamation de l’Évangile.

Cette mélodie est donc sobre, douce, paisible mais aussi pénétrante par son clame et sa sérénité. Le jubilus est bref et les deux phrases qui constituent le verset sont brèves également. L’ambitus mélodique est restreint : l’essentiel de la pièce se situe à l’intérieur de la tierce Ré-Fa, avec de fréquents appuis sur le Do grave et quelques montées mélodiques jusqu’au Sol. C’est tout. Bien sûr un tel texte pourrait s’envelopper dans des mélismes beaucoup plus ornés, beaucoup plus enthousiastes sans pour autant faire perdre au chant son caractère méditatif. Mais le message de cet alléluia est encourageant : justement, dans un contexte historique de silence glacial qui apporte un démenti cruel à l’invitation universelle de l’Église et de sa liturgie à la louange, cette mélodie humble et paisible nous invite aussi à la force de résistance incluse dans la louange divine. La louange intérieure ou même en petit comité, dans les catacombes ou dans une église un peu vide, est toujours une louange qui rend gloire à Dieu au nom de toute  l’humanité. Le chrétien qui prie est le porte parole des nations. Notre belle vocation chrétienne consiste à être l’âme du monde, à le pénétrer de l’intérieur, à faire lever la pâte en étant levain de louange et d’amour. Et puis, la louange divine n’est pas forcément celle qui sort de nos lèvres, c’est aussi, c’est d’abord celle qui jaillit de notre vie. Il y a donc dans cet alléluia un message d’intériorisation qu’il est important de bien reconnaître. L’Évangile qui va être proclamé est une semence qui doit s’insérer dans la bonne terre de notre âme, jour après jour. Nous sommes donc à bonne école en obéissant aux intuitions du chant grégorien.

L’intonation de l’alléluia part du La grave, s’appuie sur le Do et monte vers le Fa, au terme d’une quadruple répétition mélodique de l’intervalle Do-Ré, répétition qui doit évidemment s’accompagner d’un crescendo progressif. Le Fa du sommet est atteint en douceur, au bénéfice de ce crescendo, et la cadence qui suit, bien préparée par le pressus sur le Fa, puis bien appuyée sur le Do, se pose paisiblement sur le Ré. La montée mélodique continue après le quart de barre pour atteindre le Sol qui sera le sommet (tout relatif) de la pièce, sommet que l’on retrouvera à quelques reprises dans le verset. La finale du jubilus est très calme : la descente par degrés conjoints du Sol jusqu’au Do grave, est régulière et bien liée. On mettra en valeur le levé de ce dernier Do qui permet de prendre en douceur l’intervalle de quarte et la déposition du Fa, dominante du mode sur laquelle la mélodie se pose délicatement avant de redescendre vers le Ré de la cadence finale. Tout est calme et tranquille.

Le verset ne s’émancipera à aucun moment de cette atmosphère de paix. Il commence d’ailleurs exactement comme le jubilus, par un La grave suivi d’un podatus d’accent Do-Ré, un petit syllabique sur le Ré, tonique du mode, et un simple ornement mélodique sur la finale de Dóminum. La cadence en Do ne nuit pas à la modalité de Ré, puisque le Do, sous-tonique, ne fait ici que servir d’appui. Un petit élan traduit par l’intervalle de quarte Do-Fa permet de bien prendre au levé l’accent de omnes. Là encore, c’est la finale du mot qui est ornée de façon très simple. Sur cette syllabe finale, on atteint à nouveau le Sol. Mais tout demeure calme et le mot gentes, entièrement traité par degrés conjoints et situé tout entier à l’intérieur de la tierce Ré-Fa, conclut cette première phrase de façon on ne peut plus simple.

La seconde phrase pourrait donner l’impression de décoller enfin : l’attaque ne se fait plus sur le Do mais sur le Ré. Très vite un intervalle de quarte hisse la mélodie du Ré jusqu’au Sol, alors on se dit que peut-être cet élan va provoquer l’envol de la mélodie. Mais non : après un bel accent au levé sur collaudáte, la syllabe finale de ce verbe et la formule de eum ramènent sagement la mélodie entre le Fa et le Ré, d’où elle ne s’échappera plus (sur les mots omnes pópuli) jusqu’à ce qu’elle retrouve la vocalise finale du jubilus de l’alléluia.

Cet alléluia très humble doit être chantée avec légèreté, beaucoup de legato, sans éclat de voix, mais aussi de façon vivante, en ménageant bien les petits crescendos et decrescendos, les courts passages syllabiques, les accents au levé, les jolies petites formules finales de certains mots. C’est une invitation tout aimable et confiante à la louange divine.

Alléluia à écouter ICI.

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