La pause liturgique : l’antienne Vidi aquam

Publié le 19 Nov 2022
[Grégorien] Alléluia In éxitu Israël L'Homme Nouveau

Traduction :

J’ai vu l’eau qui jaillissait du côté droit du temple, alléluia ! Et tous ceux vers qui arrive le torrent seront sauvés, alléluia !
(Cf. Ézéchiel, 47, 1, 9)

Thème spirituel

L’antienne Vidi aquam qui remplace l’Asperges me pour l’aspersion dominicale durant tout le temps pascal, accentue encore le caractère baptismal et pascal de ce rite qui avait à l’origine un but simplement lustratif, c’est-à-dire de purification. Ici, la mention de l’eau et d’une eau qui donne la vie, évoque clairement le sacrement initial de la vie chrétienne, conféré de préférence et avec un maximum de sens lors de la vigile pascale.

Le contexte de ce chant est la mystérieuse vision du prophète Ézéchiel, insérée dans les chapitres 40 à 48, une section qui se rapporte au temple et à la communauté nouvelle appelée à vivre autour et dans la maison de Dieu. Alors que le prophète est en déportation à Babylone, et il date précisément l’événement qui a lieu quatorze ans tout juste après la chute de Jérusalem. Le Seigneur se présente à lui et l’emporte sur une haute montagne. Là, il voit un homme qui va lui montrer en esprit le temple nouveau et la communauté nouvelle. Cet homme en qui la tradition verra un ange du Seigneur est bien mystérieux :

« Son aspect était comme l’aspect du bronze. Il avait à la main une sorte de cordon de lin ainsi qu’une canne à mesurer. Il se tenait à la porte. L’homme me dit : « Fils d’homme, regarde de tes yeux, écoute de tes oreilles, sois attentif à tout ce que je te ferai voir, car c’est pour que tu puisses voir cela que tu as été amené ici. Tu raconteras à la maison d’Israël tout ce que tu vas voir. »

Et c’est ainsi que la visite commence… Elle va durer 8 chapitres au cours desquels l’ange va détailler toutes les parties intérieures et extérieures de la construction :

– La cour extérieure et ses portes

– La cour intérieure et ses portes

– La Maison

– La construction latérale

– La grande salle

– Les autres salles

Ici (chapitre 43) la description s’arrête et le prophète voit le Seigneur entrer solennellement dans son temple :

« Et voici que la gloire du Dieu d’Israël arrivait de l’orient. Le bruit qu’elle faisait ressemblait au bruit des grandes eaux, et la terre resplendissait de cette gloire… La gloire du Seigneur entra dans la Maison par la porte qui fait face à l’orient. L’esprit m’enleva et me transporta dans la cour intérieure : voici que la gloire du Seigneur remplissait la Maison. » (43, 2, 4, 6)

C’est ici que le prophète reçoit alors sa mission et nous donne le sens de toute cette vision :

« Toi, fils d’homme, décris cette Maison à la maison d’Israël, pour qu’ils soient honteux de leurs fautes en mesurant les dimensions de la Maison. S’ils sont honteux de tout ce qu’ils ont commis, fais-leur connaître le plan de la Maison, sa disposition, ses sorties, ses entrées, tout son plan et toutes les prescriptions qui la concernent, tout son plan et toutes ses lois. Écris-les sous leurs yeux, afin qu’ils gardent tout son plan et toutes ses prescriptions, et qu’ils les appliquent. Telle est la loi de la Maison : au sommet de la montagne, tout son territoire, tout autour, est très saint. Voilà ! Telle est la loi de la Maison. » (43, 10-12)

Puis la visite reprend avec des prescriptions concernant :

– L’autel

– Les Règles d’admission au sanctuaire

– Les lévites et les prêtres

– Les territoires réservés

– Droits et devoirs du prince

– Droits immobiliers du prince

– Les cuisines

– Et enfin la source mystérieuse qui jaillit du temple et qui fait l’objet de notre antienne.

La section et tout le livre d’Ézéchiel s’achèvent avec le tracé des nouvelles frontières du pays et sa répartition entre les différentes tribus.

Retenons que l’eau qui coule du temple est une eau de salut. Les Pères ont vu dans cette eau le baptême et de façon plus générale tout l’ordre sacramentel. Ils ont vu dans le temple le corps du Seigneur Jésus mort et transpercé sur la croix, d’où ont jailli, au témoignage de Jean, l’eau et le sang, symboles de l’Église. Tous ceux qui recevront cette eau seront sauvés. Le thème de l’eau est tellement présent dans l’Évangile johannique, et il se réalise ici, dans l’orientation pascale et baptismale du rite de l’aspersion dominicale, une très belle synthèse, en Jésus et son mystère Rédempteur, entre l’Ancien et le Nouveau Testament.

Vidi aquam

Commentaire musical

L’antienne Vidi aquam est empruntée au 8ème mode. Il s’agit d’une mélodie affirmative. C’est le chant d’un témoin qui a vu et qui certifie solennellement ce qu’il a vu. Le 8ème mode se prête admirablement aux grandes affirmations de foi. Il est solide, campé sur ses intervalles pleins, et de ce fait toujours ferme. La mélodie est contenue à l’intérieur de la quinte Sol-Ré, avec seulement quelques Fa qui jouent le rôle d’appui de la sous-tonique. Trois de ces Fa sont plutôt des notes de passage, mais les deux autres ont un rôle cadentiel important.

L’intonation est sobre, jouant sur deux notes : le Sol et le La, avec juste un Fa de passage. Les deux accents de vidi et aquam sont fermes, pris au posé. Cette intonation doit être bien lancée et chantée de manière très legato. Puis la mélodie monte sur le mot egrediéntem et va rejoindre la dominante Do, avec un accent bien ferme lui aussi. La tonique et la dominante sont ainsi réunies, et on retrouve cette union de façon plus directe encore sur le mot templo qui va en outre nous faire atteindre le premier Ré de toute la pièce. La finale de templo est une simple et jolie broderie qui laisse la mélodie en suspension sur le La, indiquant par là qu’il faut joindre ce membre de phrase au suivant. La formule Sol-Do, si caractéristique, se retrouve sur le mot látere qui reproduit la mélodie de de templo. Dextro est pris au posé et de façon bien ferme. Sa finale en cadence sur le Fa prépare l’alléluia qui conclut cette première phrase et qui est très léger, fin et délicat comme une broderie musicale du mode de Sol, avec néanmoins un accent bien ferme.

La deuxième phrase se charge d’intensité. La montée du Sol au Do se fait par degrés conjoints. Elle est bien appuyée, et lorsque le Do est atteint, on observe un petit passage syllabique sur cette corde dominante, qui apporte de la légèreté. La cadence de pervénit, fixée sur le Si après un accent ferme sur le podatus Si-Do, est elle aussi en tendance vers la suite et nous conduit vers ce qui peut être considéré comme le début du pôle intensif de toute la pièce : la mention de l’eau qui est très soulignée par la mélodie, avec tout d’abord un triple Do, une montée soudaine La-Ré sur la finale de aqua, et un long mélisme de détente sur ista qui procède entièrement par degrés conjoints et nous reconduit vers la tonique Do. Ce passage est très beau et il doit être chanté de façon très intense et en progression constante, même sur la longue descente qui est en tension vers la suite. La suite, c’est la mention du salut : salvi facti sunt. À nouveau l’intervalle direct Sol-Do se retrouve sur salvi, et le sommet de toute la pièce se situe sur facti qui culmine sur le seul et unique Mi. Facti doit donc être chanté très fort et avec enthousiasme. La cadence se pose sur le La, et à partir de et dicent, on retrouve un motif déjà entendu sur látere dextro, plus en détente, même si l’accent de dicent est bien souligné lui aussi.

Le premier des deux alléluias finaux est très léger, mais là encore l’accent est ferme ; quant au second, il conclut la pièce de façon très pleine, et il convient de bien le nombrer pour lui donner toute sa valeur de dernier mot, de point final.

Pour écouter cette antienne :

Une moine de Triors

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