La Visitation ou le « tressaillement de la foi »

Publié le 04 Oct 2023
Visitation tressaillement de la foi homélie pape

La Visitation de la Vierge (Le Magnificat), par Jean-Baptiste Jouvenet (1644–1717)

Dans son homélie pour la messe à Marseille, le 23 septembre dernier, le Pape part de l’épisode du roi David, quand il fit transporter l’Arche d’Alliance à Jérusalem. Après avoir convoqué le peuple, il se leva et partit pour aller la prendre. Sur le trajet, il dansait devant elle avec le peuple, exultant de joie à la présence de son Seigneur.

Le Pape fait alors le rapprochement avec la visitation de Marie à sa cousine Élisabeth : Marie pareillement se lève en hâte pour aller en Judée. On connaît bien la suite. Or Marie, Fille de Sion, allant à la rencontre de sa vieille cousine stérile devient, en raison de l’Incarnation du Verbe de Dieu dans son sein, le signe de la visite de Dieu vainqueur de toute stérilité. Marie monte en hâte, comme pour nous dire que Dieu se met en route vers nous, pour nous chercher avec son amour et nous faire exulter de joie. 

Chez Marie et chez Élisabeth, la visite de Dieu se dévoile au monde que Jésus est venu sauver, « car Dieu a tant aimé le monde, qu’il lui a envoyé son Fils unique, non pour le perdre mais pour le sauver ». Deux femmes donc sont visitées par Dieu : l’une jeune et vierge, l’autre âgée et stérile. De plus, elles sont toutes deux enceintes alors que c’est « impossible ». Telle est l’œuvre de Dieu dans notre vie : il rend possible même ce qui semble impossible humainement.

Et il en va toujours ainsi. Dieu est maître de l’impossible, engendrant la vie, même dans la stérilité. Alors, le Pape nous pose une question, à laquelle nous devons répondre en toute franchise : croyons-nous vraiment que Dieu est à l’œuvre dans notre vie, qu’il est le « maître du cosmos » et de l’histoire, accomplissant encore des merveilles, même dans notre société sécularisée et mondaine ? 

Le Pape analyse ensuite le verbe clé du récit de la Visitation : tressaillir. Celui qui croit, qui prie, qui accueille le Seigneur tressaille dans l’Esprit. Il commente alors longuement « ce tressaillement de la foi ». Tressaillir c’est être touché de l’intérieur, c’est sentir que quelque chose bouge dans notre cœur. C’est le contraire d’un cœur froid ou installé dans une vie tranquille, blindée et imperméable, s’endurcissant à tout et à tous.

Une telle attitude est anti vie et elle la refuse pour les autres, migrants, enfants tués dans le sein de leur mère, personnes âgées abandonnées ou euthanasiées. Un cœur froid agit mécaniquement et sans désir. L’Europe suit cette mauvaise voie, avec cynisme et désenchantement engendrant résignation et tristesse. L’Europe vit une vie sans tressaillement. 

 

« Dans le mystère de la Visitation, la visite de Dieu n’a pas lieu à travers des événements célestes extraordinaires, mais dans la simplicité d’une rencontre. »

 

Le vrai chrétien, même au milieu des difficultés et des souffrances, perçoit quotidiennement la visite de son Dieu, se sentant soutenu par lui. Face au mystère de la vie personnelle et aux défis de la société, celui qui croit connaît un vrai tressaillement, qui lui permettra de témoigner de l’Évangile pour édifier avec douceur un monde nouveau. Mais en plus du « tressaillement devant la vie », le vrai chrétien connaîtra le « tressaillement devant le prochain ».

Dans le mystère de la Visitation, la visite de Dieu n’a pas lieu à travers des événements célestes extraordinaires, mais dans la simplicité d’une rencontre. Dieu vient sur le seuil d’une maison de famille, dans la tendre étreinte entre deux femmes, dans le croisement de deux grossesses pleines d’émerveillement et d’espérance. Et, dans cette rencontre, il y a la sollicitude de Marie, l’émerveillement d’Élisabeth, la joie du partage. 

Même dans l’Église, Dieu est relation et il nous rend visite à travers des rencontres humaines, quand nous savons nous ouvrir à l’autre. Nos villes sont un grand défi contre les exacerbations de l’individualisme, contre les égoïsmes et les fermetures qui produisent solitudes et souffrances. Tournons-nous vers Marie, en récitant avec elle, la prière de Claudel à la Vierge de midi citée par le Pape. 

 

Il est midi. Je vois l’église ouverte. Il faut entrer.

Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.

Je n’ai rien à offrir et rien à demander.

Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.

Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela

Que je suis votre fils et que vous êtes là.

Rien que pour un moment pendant que tout s’arrête.

Midi !

Etre avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.

Ne rien dire, mais seulement chanter

Parce qu’on a le coeur trop plein,

Comme le merle qui suit son idée

En ces espèces de couplets soudains.

Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,

La femme dans la Grâce enfin restituée,

La créature dans son honneur premier

Et dans son épanouissement final,

Telle qu’elle est sortie de Dieu au matin

De sa splendeur originale.

Intacte ineffablement parce que vous êtes

La Mère de Jésus-Christ,

Qui est la vérité entre vos bras, et la seule espérance

Et le seul fruit.

Parce que vous êtes la femme,

L’Eden de l’ancienne tendresse oubliée,

Dont le regard trouve le cœur tout à coup et fait jaillir

Les larmes accumulées,

Parce qu’il est midi,

Parce que nous sommes en ce jour d’aujourd’hui,

Parce que vous êtes là pour toujours,

Simplement parce que vous êtes Marie,

Simplement parce que vous existez,

Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !

 

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Un moine de Triors

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