Le Cœur sacré est-il dangereux ?

Publié le 17 Oct 2022

Aussi ancienne que la foi chrétienne, puisqu’elle s’enracine dans le témoignage de l’apôtre Jean, la dévotion au cœur sacré de Jésus n’a cependant trouvé son plein épanouissement qu’après les apparitions à Marguerite-Marie Alacoque, débutées en 1673. Elle a pris par la suite une dimension contre-révolutionnaire, tant en France où l’emblème cordicole reste associé au soulèvement de l’Ouest qu’en Espagne, autre nation élue du Sacré par l’intermédiaire du bienheureux Bernardo de Hoyos, où, des guerres carlistes à la guerre civile, il symbolisa la résistance catholique à la déchristianisation. Cela explique le refus actuel des élus de gauche d’élever la basilique montmartroise, abusivement associée à la répression de la Commune, au rang de monument historique. Alors, faut-il reléguer le Sacré-Cœur parmi les dévotions oubliées ?

Les communautés charismatiques se sont très vite opposées à cette dérive post-conciliaire et elles travaillent, depuis des décennies déjà, à donner un coup de jeune au Cœur sacré. Il faut les en remercier. C’est dans cette optique que l’abbé Benoît de Baenst publie, aux éditions Emmanuel, Le cœur de Jésus, cœur de notre foi (170 p ; 15 €.)

Dans ce petit livre d’accès très simple, qui s’adresse à ceux qui ignorent tout, ou à peu près, de l’histoire de la piété cordicole, l’abbé de Baenst présente, de façon très pédagogique les révélations reçues par la sainte visitandine et s’applique à démontrer qu’elles ne sont pas les fruits de l’imagination d’une âme mystique mais s’enracinent dans l’Ancien et le Nouveau Testaments, une tradition de piété catholique très ancienne et qu’en rappelant aux hommes, à temps et à contre-temps l’immensité de l’amour de Dieu pour l’humanité, le Sacré Cœur comble comme nul autre la soif d’aimer et d’être aimé qui nous taraude tous.

Cette volonté de dépoussiérage donne parfois des résultats surprenants. Ainsi en est-il du très étonnant essai de Clémentine Beauvais, Sainte Marguerite-Marie et moi (Quasar. 245 p.)

Clémentine Beauvais, romancière de tendance gauche libertaire anti-catholique, féministe acharnée, attend son premier enfant. Rien d’extraordinaire à cela si le père n’était l’un de ces « très cathos » que les gens « normaux ne fréquentent pas, car « ils ne sont pas comme nous » et s’avèrent dangereux pour la société.

Cette maternité prochaine, et le déclin intellectuel de sa grand-mère, pousse la jeune femme à s’interroger sur ses racines. Ainsi découvre-t-elle des ascendances charolaises qui la font cousiner avec Marguerite-Marie Alacoque. Eh oui, votre famille peut vous jouer des tours !

Et, quand une éditrice « très catholique » de l’Emmanuel lui propose comme un défi d’écrire une vie de la visitandine, Clémentine accepte, à ses risques et périls.

Ne vous faites pas d’illusions. Vous n’apprendrez pas grand-chose sur sainte Marguerite-Marie, pour l’excellente raison que sa parente éloignée ne voit là que névroses alarmantes auxquelles elle ne comprend pas grand-chose, et ne s’en cache pas. Les états d’âme de « l’écrivaine » confrontée au monde définitivement bizarre des croyants, tiennent ici toute la place, ou presque.

L’intérêt essentiel de tout cela, c’est le regard que porte sur nous une certaine intelligentsia gauchiste tendance wokisme chez qui la haine du catholicisme, nourrie d’ignorances, de partis pris et de fantasmes, tient une place prépondérante, aux yeux de laquelle nus sommes, tout simplement, un « danger » pour la liberté, celle des femmes en particulier, et la société … Mieux vaut le savoir.

Un film sur le Sacré Cœur, est-ce jouable ? En tout cas, tel est le pari d’Andrès Garrigo et Antonio Cuadri, réalisateurs de Cœur brûlant (Saje diffusion. 1h20.)

Romancière célèbre, Lupe Vualdès est, depuis quelques mois, incapable d’écrire. Son éditeur, qui lui a consenti un gros à valoir, s’impatiente et, dans l’espoir de lui rendre l’inspiration, lui conseille d’aller voir l’une de ses amies, Maria, productrice à la télévision espagnole, responsable d’une émission consacrée au paranormal.

La jeune femme lui parle d’un reportage qui l’a beaucoup frappée, consacré aux apparitions du Christ à Paray-le-Monial et des révélations du Sacré Cœur à une jeune visitandine, Marguerite-Marie Alacoque. Selon elle, la question mérite d’être approfondie.

Peu convaincue, Lupe, qui ne pratique plus depuis longtemps, accepte le projet, le couteau sous la gorge. Or, ce qu’elle découvre sur le message cordicole et ses suites dans l’histoire universelle la trouble bien plus qu’elle le pensait. C’est alors que son père, qui les a abandonnées, sa mère et elle, quand elle était enfant, reparaît. Il est mourant. Une réconciliation est-elle encore possible ?

On ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments, peut-on faire de bons films ? S’il faut saluer les excellentes intentions des deux auteurs, le mélange des genres est ici maladroit. Entre intrigue un peu niaise, – les ennuis professionnels de Lupe, sa redécouverte de la foi, sa réconciliation tardive avec son père – et reportage consacré aux apparitions de Paray et de Valladolid, semé d’entretiens avec des dévots du Sacré Cœur qui propagent son culte à travers le monde, il y a pas mal de naïvetés dans l’ensemble. Reste le message qui sous-tend tout le film : « une force invincible aspire à sauver le monde » et des passages sur les mystères eucharistiques soumis aux investigations de la science, passionnants, qui auraient mérité d’être vraiment développés.

Anne Bernet

Ce contenu pourrait vous intéresser

A la uneSociétéBioéthique

« La loi sur la fin de vie ne fait qu’aggraver le sentiment de culpabilité de certains handicapés. »

Entretien | La proposition de loi sur la fin de vie ayant été adoptée par les députés jeudi 16 mai, elle sera débattue au Sénat à partir du 26. Afin d'alerter sur les enjeux et conséquences de cette loi, l'Office Chrétien des personnes Handicapées (OCH) a publié lundi 13 mai, un communiqué intitulé « Fin de vie : Et les plus fragiles dans tout ça ? » et signé par une quinzaine d'associations et d'organismes du domaine de la santé engagés pour la vie des plus fragiles. Emmanuel Belluteau, président de l'OCH, nous éclaire sur les raisons de cette tribune et les enjeux de la proposition de loi.

+

old patient suffering from parkinson fin de vie
SociétéBioéthique

L’IA générative : rivale ou alliée de l’homme ?

Entretien | Devant les progrès fulgurants de l’intelligence artificielle (IA), la question qui vient d’abord à l’esprit est celle de sa capacité à remplacer l’être humain. Mais au-delà des performances de plus en plus sidérantes des machines, la question reste celle de leur utilisation vertueuse et surtout de la puissance unique de l’intelligence humaine, seule ordonnée à la vérité. Analyse du Doyen de l’IPC, Emmanuel Brochier.

+

IA intelligence artificielle
SociétéLectures

Faire grandir les enfants avec Honoré, l’écureuil et Marceline, l’hirondelle

Recension jeunesse | La rédaction de L’Homme Nouveau vous propose une page recension de lectures jeunesse pour ce mois de mai, avec un choix éclairé de quelques histoires à lire ou faire lire, et autres activités. Avec les albums Honoré, l’écureuil qui refusait d’aider et Marceline, l’hirondelle qui voulait faire confiance, les enfants retiendront une belle leçon de vie à la lumière de l’Évangile. Paru dans le n°1807.

+

enfant lecture
SociétéBioéthiqueDoctrine sociale

La dimension « politique » de la défense de la loi naturelle

L’avalanche de lois « sociétales » en France depuis plus d’un demi-siècle, toutes étant des atteintes directes à la loi naturelle, a provoqué dans une partie du monde catholique une délégitimation diffuse ou expresse des institutions politiques les ayant édictées, cela au sein du déferlement individualiste de l’après-68 et de cette sorte d’explosion en plein vol de l’Église en état de Concile. Le « mariage » homosexuel et la constitutionnalisation de l’avortement ont porté chez ces mêmes catholiques le climat à l’incandescence. D’où la question : que faire ?

+

loi naturelle