Marie Noël, une jeune fille triste ?

Publié le 16 Jan 2012
Marie Noël, une jeune fille triste ? L'Homme Nouveau

Comme Chénier ou Jean-Baptiste Rousseau jadis, dans le ciel d’un siècle déserté par la poésie brille une étoile d’autant plus vive qu’elle est presque seule. Marie Noël serait sans doute la première surprise de ces comparaisons, elle qui était si humble et pour ainsi dire invisible. Et pourtant ! De son temps déjà Anna de Noailles reconnaissait sa supériorité. Quant à Montherlant, il dit à son sujet qu’elle était le plus grand poète vivant. Sa vie n’eut aucun intérêt : née Marie Rouget en 1883 à Auxerre pour n’en point sortir, elle s’éteignit vieille fille en 1967. Sa famille, peu portée à la religion mais cultivée, lui donna le goût des lettres, et ce fut son parrain qui l’encouragea à écrire. Dès 1910, la Revue des Deux Mondes lui fait l’honneur de publier quelques poèmes, suivis quelques années plus tard par Les Chansons et les Heures. Elle égrainera encore d’autres œuvres, en vers comme en prose, dont les Notes intimes en 1959. Précisons aussi qu’elle reçut en 1962 le Grand Prix de poésie de l’Académie française. Extérieurement, elle passa une existence aussi banale que possible d’habitante d’une ville de province, entièrement dévouée à sa paroisse, à ses amis, à sa famille…

Marie Noel

C’est au cours d’une maladie qu’elle écrivit le curieux ouvrage qu’est l’Almanach d’une jeune fille triste

. Destiné à redonner la joie à une jeune fille dont on comprend rapidement qu’elle se confond avec l’auteur, cet almanach de l’année 1922 forme un ensemble assez hétéroclite de tex­tes de multiples provenances. La Bible y côtoie Maeterlinck, Marc-Aurèle et Pythagore, Péguy fraye avec Wagner, Bossuet avec Fénelon et Schopenhauer. On y trouve encore Chateaubriand, Lamartine, Ruskin, Goethe, Nietszche, Jammes et même Lang-Tseu. Quelques saints et des dictons populaires y figurent également. Ses propres textes ne manquent pas non plus, notamment des extraits de son recueil paru peu avant. Le tout est organisé selon une méditation progressive : à chaque mois correspond une vertu qui s’accorde le plus souvent au temps liturgique. Que le lecteur décide de suivre le rythme que ce livre suggère, ou qu’il préfère l’avaler d’une traite, il y trouvera matière à amusement et réflexion. D’autre part, ce livre fonctionnant comme une anthologie, on pourra trouver intéressant de rechercher l’œuvre de laquelle tel passage est tiré. À cet usage, l’éditeur a prévu de faire paraître une édition scientifique qui donnerait toutes les références. Après tout, en ces temps de morosité, ce livre, original par sa forme, ne l’est pas moins par son contenu.

<

>

Pour lire la suite de ce portrait, vous pouvez soit commander le numéro (à L’Homme Nouveau, 10 rue Rosenwald, 75015 Paris. Tél. : 01 53 68 99 77, au prix de 4 euros), soit le commander directement sur ce site en cliquant sur le lien ci-dessous.

Ce contenu pourrait vous intéresser

CultureArt et Patrimoine

Spectacles, Histoire et mémoire (3/4) | Les Nuits d’Aldéarde : un projet collectif à Airvault

DOSSIER « Été 2026 : Le spectacle au service de l’Histoire et de la mémoire » | Une famille, des racines locales, le souci de la transmission et le goût du défi. Voilà ce qui a poussé Béatrice et Maximilien Gindre à donner naissance aux Nuits d’Aldéarde, au cœur des Deux-Sèvres, dans la « Petite Cité de caractère » d’Airvault. Un projet culturel qui, à travers son spectacle estival en particulier, veut redonner vie à l’histoire trop souvent oubliée de cette vieille terre de France. Entretien avec Béatrice Gindre.

+

nuits d'aldéarde
CultureArt et Patrimoine

Spectacles, Histoire et mémoire (2/4) : La mémoire en scène : un signe des temps ?

DOSSIER « Été 2026 : Le spectacle au service de l’Histoire et de la mémoire » | Si la notion de « spectacle historique » fait prendre à la science le prisme audacieux de l'art, il est intéressant de se pencher sur cette conjonction efficace. Pourquoi ce « braconnage », comme certains se plaisent à le considérer, a-t-il du succès ? Cherche-t-on à réenchanter le quotidien d'un creux émerveillement ou plutôt à comprendre un présent devenu vide ?

+

spectacle mémoire
CultureArt et Patrimoine

Spectacles, Histoire et mémoire (1/4) : La fièvre et la joie du spectacle

DOSSIER « Été 2026 : Le spectacle au service de l’Histoire et de la mémoire » | Faire du beau et le partager. Tel est le mot d'ordre de Bernard Lapeze-Charlier, jeune directeur artistique à la tête de plusieurs spectacles historiques. De l'écriture à la mise en scène, il se sert de l'Histoire, mais la sert aussi, joignant la dimension commémorative à la vision artistique. Entretien.

+

spectacle histoire